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«Dreamer»

Un réseau familial, des complicités présumées à la NCG, un capitaine aux ordres de «Klat»

2 novembre 2026, 14:00

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Un réseau familial, des complicités présumées à la NCG, un capitaine aux ordres de «Klat»

Derrière l’importation présumée d’une importante cargaison de cannabis entre la Thaïlande et Maurice, les enquêteurs cherchent désormais à comprendre les ramifications d’une organisation qui aurait mobilisé plusieurs relais à terre, des embarcations rapides et des contacts au sein de la National Coast Guard (NCG). L’exploitation du téléphone du capitaine thaïlandais, Suriya Samanboot, pourrait apporter un éclairage déterminant sur les circuits de communication, les instructions reçues et le rôle présumé de certains policiers dans cette opération maritime.

Palmar, le centre névralgique présumé d’un réseau organisé

Après l’épisode de Peroumal Veeren, une nouvelle organisation présumée de trafic de drogue semble émerger dans le paysage criminel mauricien. Plus jeune dans sa composition, mais potentiellement mieux structurée dans son fonctionnement, elle serait organisée autour d’un réseau familial implanté à Palmar, dans l’est de l’île. Les enquêteurs cherchent à déterminer si cette organisation constitue une nouvelle force dans le trafic de cannabis et de cocaïne à Maurice. Selon les renseignements obtenus dans le cadre de ce dossier, ce réseau contrôlerait jusqu’à 80 % du marché local de cannabis et de cocaïne. Une proportion considérable qui, si elle était confirmée par l’enquête, témoignerait de l’étendue de ses ramifications et de sa capacité à organiser l’approvisionnement, la distribution et la collecte des recettes.

À Palmar, le fonctionnement p résumé reposerait sur une répartition précise des responsabilités. À la tête de cette structure figurerait un ressortissant mauricien installé en Thaïlande, présenté comme le donneur d’ordres. Il aurait conservé des contacts avec ses relais à Maurice, auxquels il transmettrait les instructions relatives aux opérations et à la gestion du trafic. Sur le terrain, un premier cercle serait chargé de superviser les activités quotidiennes. Un proche collaborateur du dirigeant présumé aurait notamment pour mission de coordonner la collecte de l’argent auprès des revendeurs. Il agirait comme intermédiaire entre les distributeurs et la direction du réseau, veillant à ce que les recettes remontent vers les responsables.

D’autres membres présumés auraient des fonctions complémentaires : surveillance des déplacements dans la région de Flacq, transmission d’informations sur les contrôles policiers, gestion des fonds et mise à disposition de moyens nautiques. Un propriétaire de bateau rapide, présenté comme skipper, aurait ainsi pu constituer un relais logistique important dans les opérations maritimes. Un autre individu serait chargé de conserver des fonds pour le compte du principal dirigeant présumé. Cette organisation, si elle se confirmait, révélerait un système dans lequel l’argent, les informations et les moyens de transport seraient répartis entre plusieurs personnes, afin de limiter la concentration des responsabilités.

Express.mu (620 x 330) (30) ■ Capture d’écran d’une vidéo retrouvée sur le portable du capitaine montrant que les colis sont arrivés à bon port.

Mais l’élément le plus préoccupant concerne la présence alléguée d’un policier dans cet environnement. Celui-ci aurait été en mesure de transmettre des renseignements sur d’éventuels barrages et contrôles dans la région de Flacq. Une telle assistance, si elle est établie, aurait pu permettre aux membres du réseau d’adapter leurs déplacements et de réduire les risques d’interception. Les enquêteurs devront notamment déterminer la fréquence de ces communications, leur contenu et la nature exacte des informations transmises. Il reste également à établir si ce policier intervenait directement dans les opérations ou s’il se limitait à fournir des renseignements.

Cette dimension terrestre pourrait expliquer comment une organisation implantée à Palmar aurait été en mesure de préparer la réception d’une cargaison en mer. Le trafic ne dépendrait alors pas uniquement des personnes présentes à bord du yacht, mais d’une chaîne de coordination allant du commanditaire à l’étranger jusqu’aux relais chargés de récupérer et de distribuer la marchandise.

Échanges avec la Thaïlande et les informations sensibles de la NCG

L’exploitation du téléphone portable du capitaine du Dreamer, Suriya Samanboot, constitue désormais un axe central de l’enquête. Les enquêteurs s’intéressent particulièrement aux échanges entre le navigateur thaïlandais et un contact identifié sous le nom de «Klat». Les conversations extraites de l’appareil semblent révéler un système de communication dans lequel le capitaine recevait des instructions de son interlocuteur. Certains messages, rédigés en anglais et en thaï, évoquent notamment la conduite à adopter en cas d’interrogatoire et les informations à utiliser pour justifier la présence du yacht dans certaines zones.

Un message en anglais est particulièrement intéressant : «In case you’re being interrogated by someone, I will tell you which yacht you should act like. I will give you all info about another yacht in case you’re being interrogated.» Cet échange soulève une question majeure : le capitaine disposait-il d’un dispositif de couverture destiné à lui permettre de répondre aux contrôles en utilisant les informations relatives à d’autres navires ? Un document partagé dans cette conversation renforce les interrogations. Intitulé List of yachts in harbour, il porte la date du 18 octobre 2026 et est présenté comme un document officiel émanant de l’Officer-in-charge de la Harbour Security de la NCG, à destination de la NCG Operations Room. Le document mentionne notamment des zones d’amarrage telles que la Caudan Marina et le bassin du Caudan. Le nom d’un policier apparaît également parmi les informations relatives à sa transmission.

Express.mu (620 x 330) (31) ■ Capture d’écran des instructions reçues par le capitaine du bateau.

La présence de ce document dans les échanges avec «Klat» mérite une attention particulière. Elle pose la question de savoir comment ces informations relatives aux yachts présents dans le port ont pu se retrouver dans une conversation privée avec le capitaine. Les enquêteurs devront établir leur provenance, les circonstances de leur transmission et déterminer si des informations issues des circuits opérationnels de la NCG ont été utilisées pour préparer une éventuelle stratégie de couverture. Les messages en thaï comportent également des références à des directions, à des déplacements entre îles, à la vitesse et à une quantité de 400 litres de carburant.

La question du rôle des membres de la NCG dans cette affaire prend ainsi une dimension particulière. Kevin Rungilal, constable affecté à l’Operations Room de la NCG, figure parmi les personnes arrêtées dans le cadre de l’enquête. Il est soupçonné d’avoir entretenu des liens avec des individus impliqués dans l’importation présumée de cannabis entre la Thaïlande et Maurice. Deux autres policiers de la NCG, comptant respectivement environ trois et cinq années de service, auraient également été interpellés. Ils étaient affectés au Squadron No. 1, au sein du Patrol Vessel Squadron, l’un comme membre de cette unité et l’autre comme radar plotter.

Ces affectations soulèvent une interrogation essentielle : leur connaissance des procédures maritimes, des mouvements des navires et des dispositifs de surveillance aurait-elle constitué un avantage recherché par les trafiquants présumés ? Ont-ils été approchés en raison de leurs fonctions spécifiques ou pour leur connaissance du fonctionnement interne de la NCG ? Il faudra aussi déterminer si leur participation présumée résulte d’une sollicitation ponctuelle ou s’inscrit dans un système de collaboration plus ancien. Rien ne permet, à ce stade, d’affirmer que ces policiers avaient déjà participé à d’autres opérations similaires.

Arrestations

L’arrestation de huit ressortissants thaïlandais et de plusieurs Mauriciens, dont des pêcheurs soupçonnés d’avoir participé à la réception des sacs de drogue en mer, montre en revanche que les enquêteurs s’intéressent à plusieurs niveaux de la chaîne logistique. Le capitaine Suriya Samanboot, Sirisak Rohamman, Kridsada Gingyod, Wenit Yodyingyot, Cahannaron Arsa, Takool Paitoon Panupong, Nowsiri Teerapan et Teerayat Yokrat ont été maintenus en détention préventive jusqu’au 5 novembre. Ils font l’objet d’une accusation provisoire de conspiracy to import dangerous drugs. Deux autres ressortissants thaïlandais avaient été interceptés à l’aéroport alors qu’ils s’apprêtaient à quitter Maurice. Ils seraient soupçonnés d’avoir assuré la coordination entre l’équipage du Dreamer et les occupants des vedettes rapides.

Les enquêteurs ont également réquisitionné deux hors-bords. L’un d’eux, évalué à Rs 1,6 million et signalé comme manquant à Merville, Grand-Gaube, a été retrouvé dans le lagon de Baie-du-Rosnay, à Poudre d’Or. Des prélèvements ont été effectués par les techniciens du Scene of Crime Office.

Par ailleurs, une autre arrestation au sein de la NCG mérite d’être signalée, sans qu’un lien avec le dossier Dreamer soit établi à ce stade. Le jeudi 29 octobre, l’Anti Drug and Smuggling Unit de Mahébourg a arrêté le constable Gerald Steven Bagboot, âgé de 34 ans et affecté à la NCG de Bois-des-Amourettes. Il a été identifié par un autre policier qui l’accuse de lui avoir vendu cinq grammes de cannabis le 27 octobre. Une perquisition à son domicile s’est révélée négative. Il fait face à une accusation provisoire de drug dealing with aggravating circumstances (selling cannabis).

L’enjeu dépasse désormais la seule cargaison du Dreamer. Il s’agit de déterminer qui donnait les ordres, qui transmettait les informations, qui assurait le transport et qui récupérait l’argent. Tant que ces différentes responsabilités n’auront pas été clairement établies, le démantèlement du réseau restera incomplet.

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