Publicité

Madagascar

Les trésors des pirates refont surface après trois siècles

1 novembre 2026, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Les trésors des pirates refont surface après trois siècles

Lot de 14 pièces de monnaie en or provenant de l’épave, le 12 juillet 2025. (J. Bagnolini/ADLP)

Les trésors des pirates ne relèvent pas uniquement de la légende. À Nosy Boraha, également appelée île Sainte-Marie, au nord-est de Madagascar, une équipe franco-malgache a mis au jour des objets exceptionnels lors de fouilles archéologiques menées en 2024 et 2025, au large et sur les côtes de l’île. Parmi les découvertes figurent 14 pièces d’or frappées entre 1659 et 1718, des porcelaines chinoises, une pipe ottomane, des bouteilles en céramique, une statuette indo-portugaise en ivoire représentant saint Jean, fabriquée à Goa au XVIIᵉ siècle, ainsi que des vestiges d’habitations. Ces trouvailles apportent un nouvel éclairage sur la piraterie dans l’océan Indien aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Au-delà des pillages, elles révèlent l’existence de réseaux commerciaux, de comptoirs de contrebande et de relations étroites avec les populations locales.

Au total, quelque 1 500 objets ont été collectés sur une épave située à seulement sept mètres de profondeur, à une quarantaine de mètres du rivage. Le site figure parmi les huit épaves de navires pirates connues et authentifiées dans le monde.

Pour Jean Soulat, archéologue à la tête des expéditions, ces découvertes permettent de dépasser l’image traditionnelle des pirates, souvent associés uniquement aux attaques de navires et aux trésors cachés. Elles mettent également en évidence les échanges commerciaux, les pratiques culturelles et les relations entre les pirates et les populations malgaches.

Refuge stratégique des pirates

À la fin du XVIIᵉ siècle, Madagascar devient une base importante pour les pirates opérant dans l’océan Indien. Chassés progressivement de l’Atlantique et des Caraïbes par les puissances européennes, plusieurs équipages anglais, français et hollandais trouvent refuge sur les côtes malgaches.

L’île Sainte-Marie présente alors des avantages stratégiques : une baie protégée, des réserves d’eau douce et des possibilités de ravitaillement. Le pirate anglais Adam Baldridge s’y installe dès 1691 et participe au développement d’un comptoir commercial lié notamment à la contrebande et à la traite négrière.

Les navires pirates ciblent les riches routes commerciales reliant l’Asie à l’Europe. Métaux précieux, épices, tissus, café et autres marchandises circulent dans cette région, attirant les équipages à la recherche de cargaisons lucratives.

Les pirates utilisent Madagascar pour réparer leurs navires, revendre leurs prises et s’approvisionner. Des réseaux commerciaux se développent également avec l’île Bourbon, aujourd’hui La Réunion, notamment dans le cadre de la traite des esclaves.

Une épave encore mystérieuse

L’identité du navire exploré dans la baie d’Ambodifotatra demeure inconnue. Mesurant environ 40 mètres de long sur 10 mètres de large, l’épave n’a été fouillée qu’à 20 %. De nouvelles recherches sont envisagées en 2027.

Les archéologues contestent l’hypothèse avancée précédemment par une équipe américaine, selon laquelle il s’agirait du Nossa-Senhorado-Cabo, navire portugais capturé en avril 1721 par le célèbre pirate Olivier Levasseur, surnommé La Buse, au large de La Réunion.

Les analyses du bois indiquent que l’épave proviendrait d’un navire construit en teck, probablement en Asie, contrairement au bâtiment portugais qui aurait été construit en Hollande. Les porcelaines chinoises datant de la période 1700-1720 et les monnaies retrouvées, dont la plus récente remonte à 1718, fournissent également des indices sur son époque.

Les vestiges d’une communauté pirate

Les fouilles terrestres ont permis une autre découverte majeure : les vestiges d’un établissement pirate datant des années 1690 à 1730. Plusieurs constructions reposaient sur des poteaux, selon des techniques proches de celles utilisées dans les habitations traditionnelles malgaches.

Des coquillages retrouvés dans les fondations témoignent aussi de l’adoption de certaines pratiques rituelles locales. Les chercheurs ont identifié des traces d’activités métallurgiques ainsi que des indices d’échanges de bétail et de céramiques entre pirates et habitants.

Ces découvertes révèlent une communauté organisée, où les pirates ne se limitaient pas aux activités maritimes, mais entretenaient également des relations économiques et sociales avec les Malgaches.

L’histoire de ces pirates se prolonge à La Réunion. À partir de 1720, une amnistie proposée par le gouverneur de l’île Bourbon permet à certains d’abandonner la piraterie sous plusieurs conditions, notamment le sabordage de leur navire, leur conversion au catholicisme et le mariage.

Selon le chercheur Cédric Mong-Hy Totomena, environ 250 pirates se seraient installés à Bourbon entre 1684 et 1730. Certains sont devenus propriétaires terriens, tandis que d’autres ont accédé à des responsabilités politiques ou militaires.

Leur présence a contribué au peuplement et à la transformation de la société réunionnaise. Aujourd’hui encore, certaines familles de l’île descendent de ces anciens pirates, parfois sans connaître cette partie de leur histoire.

Ces recherches mettent ainsi en lumière une dimension longtemps méconnue de la piraterie dans l’océan Indien, marquée autant par les violences et la traite négrière que par les échanges commerciaux, les installations durables et les métissages culturels.

Publicité