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«Sirandann à siroter : sa nou kiltir»
Quand les devinettes racontent l’âme de Maurice
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«Sirandann à siroter : sa nou kiltir»
Quand les devinettes racontent l’âme de Maurice
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CarouselEt si une simple devinette racontait l’histoire de Maurice ? Derrière les jeux de mots et les réponses bien cachées, les sirandann portent la mémoire d’une tradition orale, transmise de génération en génération au fil des veillées.
Pour la remettre au goût du jour, le ministère de la Jeunesse et des sports, en collaboration avec le Mauritius Recreation Council (MRC), a organisé hier, au Caudan Waterfront, à Port-Louis, Sirandann à siroter : sa nou kiltir. Le temps d’une soirée, musique, slam, devinettes et patrimoine se sont mêlés dans une ambiance de fête.
«C’est le ministre Deven Nagalingum qui est l’initiateur de cet événement», souligne Vinay Narrainen du MRC. «Nous avons parlé avec des artistes, nous avons fait un concert. C’est une grande première», insiste-t-il, rappelant le lien entre langue, culture et mauricianisme.
Sur scène, la soirée a pris des allures de grande veillée. Zul Ramiah y a été récompensé aux côtés de Rama Poonoosamy, un hommage qui a fait battre le cœur du Caudan, en présence du CEO du groupe La Sentinelle, Areff Salauroo. À 73 ans, éprouvé ces derniers temps par des problèmes de santé, Zul Ramiah a retrouvé la scène et son public. Il a chanté avec le cœur, avec une sincérité qui a touché la salle. Sa voix, qui a fait vibrer plusieurs générations, a résonné une nouvelle fois, portée par Pamela Cicéron et par la prestation d’Annega. Entre chants, applaudissements et retrouvailles, la soirée a pris une couleur toute particulière.
Présent à l’événement, le ministre Deven Nagalingum a eu quelques mots pour son ami Rama Poonoosamy. «Je le connais depuis 1982, et nous avons vécu beaucoup de choses ensemble. Il était en avantplan à cette époque, il nous a fait revivre même les chansons engagées, et Beti nous laisse beaucoup de souvenirs.» Le ministre veut aussi faire revivre les jeux d’antan : «Revivre votre enfance. Partout, ces jeux permettent aux jeunes de devenir les responsables de demain. On compte beaucoup sur eux : c’est la relève.»
De son côté, Rama Poonoosamy a rappelé qu’il avait été l’un des plus jeunes ministres élus. «J’aime écrire les programmes que l’on met en pratique, et j’aime diriger les campagnes électorales.» Il en a codirigé six : trois générales et trois municipales. «C’est important pour les jeunes de savoir d’où ils sortent.» Il a aussi évoqué Sizann, chanson de Menwar interprétée en 1981 pour les dix ans de la General Workers Federation. «Le 6 septembre 1981, sur la place Camion, nous avons lancé la cassette. Et vous savez laquelle ? Krapo kriye.» Que de souvenirs !
Le slam, les mots qui claquent
Le slam est venu bousculer le rythme. Mots déclamés et musique ont dialogué avec les sirandann. La preuve que le patrimoine n’est pas condamné à rester enfermé dans le passé : il peut se réinventer, se chanter, se déclamer.
Cette idée est au cœur du travail de Philippe A. Forget. Son ouvrage 99 Sirandanes à siroter… (Et si la centième était dans votre tête), publié en 2018, réunit 99 devinettes en kreol morisien et en français, illustrées par Yann Erasmus. Ce nombre laisse volontairement une porte ouverte : la centième est dans la tête du lecteur. Le livre renvoie aussi à Charles Baissac, spécialiste, au XIXᵉ siècle, du créole mauricien, et à son Folklore de l’Île Maurice (1888). Certaines devinettes viennent de cette mémoire ancienne, d’autres ont été proposées par des Mauriciens. De Baissac à aujourd’hui, la sirandann a traversé les générations. Elle a encore sa place dans les familles, les écoles et sur scène.
Hier soir, le public n’était pas seulement invité à écouter : il pouvait jouer, répondre, se laisser surprendre par ces énigmes qui ont longtemps rythmé le quotidien. Car après 99 devinettes, la centième reste à inventer. Ce sera peut-être celle d’un grand-parent, d’un enfant ou d’une génération qui décide, à son tour, de jouer avec les mots. Des exemplaires du livre ont été offerts sur place aux gagnants.
Une vieille tradition n’a besoin que d’une chose pour ne pas disparaître : qu’on recommence à la raconter.
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