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Manifestation pacifique
Dans les rues de Port-Louis, la colère sociale cherche encore sa voix
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Manifestation pacifique
Dans les rues de Port-Louis, la colère sociale cherche encore sa voix
(Photos : © Aurélio Prudence)
Depuis le Centre Marie Reine de la Paix jusqu’au Jardin de la Compagnie, les slogans ont de nouveau résonné dans les rues de Port-Louis, hier. À l’appel de la Platform Komun Syndikal (PKS), travailleurs, retraités, enseignants, militants syndicaux et citoyens ont marché pour faire entendre leur ras-le-bol. Moins nombreux que lors de la grande mobilisation du 11 juillet dernier, mais toujours déterminés, ils dénoncent la cherté de la vie, la situation des travailleurs, les réformes de la pension universelle et, plus largement, ce qu’ils considèrent comme un désengagement de l’État.
Le soleil tape fort sur Port-Louis. La chaleur s’installe sur l’asphalte et les façades de la capitale renvoient les rayons. Pourtant, dès le Centre Marie Reine de la Paix, les premiers manifestants sont là. Pancartes à la main, banderoles déployées, les participants se regroupent avant de prendre la route en direction du Jardin de la Compagnie.
La foule n’est pas aussi compacte que lors de la mobilisation du 11 juillet dernier. Mais ceux qui ont fait le déplacement ne sont pas venus pour faire le compte des participants. Ils sont là pour s’exprimer. Pour protester. Pour rappeler que, derrière les chiffres et les annonces, il y a des familles qui peinent à joindre les deux bouts.
Et cette fois encore, la pension universelle reste au cœur des revendications. «Rann nou nou pansion», peut-on lire sur une pancarte brandie par Nathalie. Pour elle, c’est sa deuxième marche. Elle n’entend pas baisser les bras. «Nous ne sommes pas d’accord avec la somme que nous allons obtenir pour la pension. Quand vous pensez à ce que ces ministres et députés touchent mensuellement… Face à la cherté de la vie, ils ne savent pas ce qu’endurent les gens», lâche-t-elle.
Munis de pancartes et banderoles, les manifestants ont marché, hier aprèsmidi, du Centre Marie Reine de la Paix jusqu’au Jardin de la Compagnie.
Elle évoque ces personnes qui, pour survivre, multiplient les petits boulots, mais aussi celles qui n’en ont plus la possibilité. «Certaines personnes ne peuvent pas le faire car, face à la maladie, elles ont dû arrêter de travailler. C’est pour cela que notre présence est importante.»
⚫ «Il faut revoir le salaire minimum»
Au fil de la marche, une autre revendication revient avec insistance : celle du pouvoir d’achat. Pour les syndicats, les compensations salariales ne suffisent plus à répondre à la réalité quotidienne des travailleurs. «Cette marche sert aussi à dire qu’il faut revoir le salaire minimum. La dernière fois que cet exercice a été fait remonte à plusieurs années», souligne Ashvin Gudday, négociateur de la General Workers Federation.
À l’approche du prochain exercice tripartite, le syndicaliste insiste sur la nécessité de garantir un véritable salaire minimum vital. «On ne peut pas se fier uniquement aux compensations salariales, qui sont très faibles. Il faut s’assurer qu’une personne ait un salaire minimal vital garanti.» Il évoque également la disparition annoncée de l’allocation CSG et réclame l’instauration d’un Occupational Wage, afin que les travailleurs effectuant un même travail soient rémunérés de manière équitable.
Le cortège avance. Jeunes et moins jeunes se côtoient. Certains marchent en silence, d’autres scandent des slogans, tandis que d’autres encore prennent des photos ou brandissent leurs pancartes. La manifestation prend alors des allures de grande caisse de résonance des frustrations sociales.
⚫ Soutien de personnalités
Parmi les manifestants figurent également plusieurs personnalités publiques : Sheila Bunwaree, Dev Ramano, ainsi que les anciennes ministres Fazila Jeewa-Daureeawoo et Leela Devi Dookun-Luchoomun. Cette dernière affirme être venue soutenir le personnel enseignant et l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE). «Je suis venue pour soutenir les travailleurs, surtout toute l’équipe de l’UPSEE. J’ai travaillé dans l’intérêt des enfants», explique-t-elle, estimant que les débats autour du système éducatif ne doivent pas faire perdre de vue l’objectif premier : permettre aux enfants d’acquérir les connaissances nécessaires pour poursuivre leur parcours.
Pour elle, l’absence d’une véritable évaluation constitue une source d’inquiétude. «On ne peut juger ce qui est bon et ce qui n’est pas bon. C’est le plus grand crime que l’on fait», affirme-t-elle.
Une fois au Jardin de la Compagnie, les manifestants se regroupent sous le kiosque. Les revendications changent de visage, mais restent liées par un même sentiment : celui d’un malaise qui traverse plusieurs secteurs de la société.
Les enseignants parlent de leur avenir. La situation dans le secteur de la santé est évoquée, notamment la présence de travailleurs étrangers dans les hôpitaux publics. La drogue, le manque de médicaments, la sécurité, l’énergie ou encore le coût de certains projets publics s’invitent également dans les discours.
⚫ Des hôpitaux publics à la question de la sécurité
Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress, dénonce ce qu’il qualifie de «propagandes mensongères» et revient sur la situation dans les hôpitaux publics. «La drogue continue à faire des ravages. Dans les hôpitaux, il y a un manque de médicaments. On a l’impression que l’on pousse les personnes à aller vers les cliniques privées. Qu’en est-il des subsides ? Même les capitalistes en profitent», lance-t-il.
Les dirigeants syndicaux se sont succédé au Jardin de la Compagnie pour dénoncer les difficultés rencontrées dans plusieurs secteurs.
Radhakrishna Sadien, président du Congress of Independent Trade Unions, élargit le débat à la question du Law and Order. Il évoque notamment les personnes âgées agressées à leur domicile, avant de revenir sur les conditions dans les hôpitaux publics. «Comment mettre un seul infirmier dans une salle mixte ? Est-ce qu’il pourra apporter les mêmes soins aux femmes comme aux hommes ?» interroge-t-il.
Jane Ragoo, secrétaire de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), appelle, elle, les citoyens à ne pas limiter leur engagement aux réseaux sociaux. «Déjà que le peuple souffre, d’autres roulent en voiture à Rs 30 millions et l’on doit faire des constructions à Rs 20 millions pour un autre», dénonce-t-elle.
Du côté de la General Workers Federation, Clency Bibi s’attarde sur la question énergétique et la libéralisation du secteur. Il estime que le CEB n’a pas suffisamment développé ses infrastructures au cours de ces dernières années.
⚫ «La mobilisation va continuer»
La manifestation est également l’occasion pour les dirigeants syndicaux de revenir sur les rumeurs qui ont circulé avant le rassemblement. Reeaz Chuttoo, président de la CTSP, affirme que, le matin même, certains s’interrogeaient encore sur la tenue de la marche. «On nous demandait encore si elle allait avoir lieu car il y a eu beaucoup de rumeurs que ce rassemblement allait finir dans la violence. Mais cela ne va pas nous empêcher de poursuivre notre travail. La mobilisation va continuer», assure-t-il.
Arvind Bhojun, président de l’UPSEE, estime, pour sa part, que la plateforme syndicale commune commence à porter ses fruits et que certaines revendications dans le secteur de l’éducation ont été entendues.
Lorsque les derniers discours s’achèvent, la chaleur est toujours là. Les pancartes commencent à s’abaisser et les groupes se dispersent progressivement. Mais le message lancé par la PKS se veut clair : cette marche n’est pas une fin. Elle constitue plutôt une nouvelle étape d’une mobilisation que les syndicats entendent maintenir dans la durée. Ashvin Gudday le confirme : le mouvement va se poursuivre.
Car derrière la revendication de la pension à 60 ans, il y a désormais une colère plus large. Celle d’un peuple qui dit ne plus vouloir seulement attendre des compensations ou des promesses, mais réclame des réponses sur son pouvoir d’achat, son emploi, ses services publics et ses conditions de vie.
Dans les rues de Port-Louis, hier, les voix n’étaient peut-être pas aussi nombreuses que le 11 juillet. Mais elles étaient suffisamment fortes pour rappeler une chose : la colère sociale, elle, n’a pas disparu.
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