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Au-delà de l'absence

Faire son deuil, apprendre à vivre autrement

31 octobre 2026, 22:00

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Faire son deuil, apprendre à vivre autrement

La perte d’un être cher bouleverse les repères, fragilise les certitudes et laisse parfois un vide difficile à apprivoiser. Jamel Chukoury, Mental Health and Psychosocial Support Specialist et Psychosomatic Therapist, décrypte ce cheminement intime, ses manifestations et les clés pour retrouver un nouvel équilibre.

Il y a les jours qui suivent le départ, lorsque le silence prend une place inhabituelle. Les habitudes changent, les repères vacillent et les gestes les plus simples peuvent soudain devenir difficiles. Face à la disparition d’un proche, chacun tente de trouver sa manière de composer avec une réalité qui semble parfois irréelle. Certains pleurent abondamment, d’autres se murent dans le silence. Quelques-uns reprennent rapidement leurs activités, sans que cela signifie pour autant que la douleur soit absente.

«Le deuil est un processus naturel d’adaptation à la perte qui vise, à terme, une réorganisation de la vie. Il constitue l’un des événements les plus stressants de l’existence et mobilise d’importantes ressources psychologiques et émotionnelles chez la personne endeuillée,» explique Jamel Chukoury.

Pour le spécialiste, cette expérience ne concerne d’ailleurs pas uniquement la mort d’un proche. Une séparation, la perte d’un projet auquel on tenait profondément, l’abandon d’un rêve ou la diminution de certaines capacités physiques peuvent également provoquer un sentiment de deuil. Toute perte significative implique un travail d’adaptation et la nécessité de reconstruire certains repères.

Une expérience profondément personnelle

Pourquoi certaines personnes expriment-elles leur chagrin ouvertement, tandis que d’autres semblent impassibles ? Il n’existe pas de réponse universelle. Les manifestations du deuil dépendent notamment de la personnalité, de l’histoire individuelle, du lien entretenu avec la personne disparue et des ressources émotionnelles dont chacun dispose.

«Il n’existe pas de manière unique ou universelle de vivre le deuil. Les réactions face à la perte d’un proche varient d’un individu à l’autre. Alors que certaines personnes manifestent ouvertement leur détresse par les pleurs, d’autres peuvent sembler relativement impassibles. Cette apparente absence d’émotion ne traduit pas nécessairement une absence de souffrance, mais peut constituer un mécanisme d’adaptation ou de protection psychologique,» souligne-t-il.

Le deuil est souvent associé à plusieurs étapes théoriques : le déni, la colère, la tristesse et l’acceptation. Ces repères permettent de comprendre certaines réactions, mais ne constituent pas un parcours obligatoire. Il n’existe ni calendrier précis ni succession systématique des émotions. Une personne peut ressentir de la colère plusieurs mois après un décès, connaître des périodes d’apaisement, puis être submergée par un souvenir.

«Le deuil ne suit pas une évolution linéaire ni uniforme. Chaque individu chemine à son propre rythme, alternant avancées et retours en arrière, lesquels font partie intégrante du processus d’adaptation à la perte.»

Continuer à vivre sans oublier

Dans une société où tout semble devoir aller vite, le temps du deuil trouve difficilement sa place. La reprise du travail, les responsabilités familiales et les exigences du quotidien peuvent donner l’impression qu’il faut rapidement retrouver une vie normale. À cela s’ajoute parfois la difficulté de parler de la mort, encore considérée comme un sujet tabou.

L’une des grandes difficultés consiste à accepter que la vie continue. Certaines personnes peuvent éprouver de la culpabilité lorsqu’elles recommencent à sourire, à sortir ou à envisager de nouveaux projets. Comme si retrouver un peu de légèreté revenait à abandonner celui ou celle qui n’est plus là.

«Le travail de deuil ne consiste pas à rompre tout lien avec la personne disparue, mais plutôt à transformer la relation qui existait avec elle.» Conserver des photographies, évoquer des souvenirs, transmettre des valeurs ou perpétuer une tradition familiale sont autant de façons de maintenir un lien symbolique avec le défunt. Il ne s’agit pas de vivre dans le passé, mais de faire une place à cette personne dans son histoire, tout en continuant à construire le présent.

Quand la souffrance devient trop lourde

Si chaque deuil possède son propre rythme, certaines situations nécessitent une attention particulière. Une souffrance qui demeure particulièrement intense, une difficulté persistante à accepter le décès, une préoccupation envahissante à l’égard du défunt ou un sentiment durable de perte de sens peuvent justifier un accompagnement professionnel. Un deuil devient préoccupant lorsqu’il se prolonge ou se complique, notamment lorsque la souffrance demeure intense et relativement inchangée au-delà de 12 mois.

Un accompagnement psychologique ou psychothérapeutique peut alors aider à exprimer les émotions, à mobiliser ses ressources et à retrouver progressivement un équilibre. L’entourage a également un rôle essentiel : écouter sans juger, ne pas imposer de conseils et proposer une aide concrète sont souvent les gestes les plus précieux.

Car accompagner une personne endeuillée ne consiste pas à lui demander de tourner la page. C’est lui permettre de traverser son histoire à son rythme, sans nier la douleur ni renoncer à la possibilité de retrouver, peu à peu, le goût de vivre.

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