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Au-delà de l'absence

Jamel Chukoury : « Lorsqu’il est question de la mort avec un enfant, il est essentiel d’adopter un discours clair »

31 octobre 2026, 20:00

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Jamel Chukoury : « Lorsqu’il est question de la mort avec un enfant, il est essentiel d’adopter un discours clair »

Comment accompagner un enfant confronté à la mort ? Jamel Chukoury, Mental Health and Psychosocial Support Specialist et Psychosomatic Therapist, explique comment aborder le deuil avec justesse, écoute et bienveillance.

À quel âge un enfant commence-t-il à comprendre ce qu’est la mort ?

Dans les premières années de son développement, l’enfant est confronté précocement à l’expérience de la séparation, mais il ne comprend pas encore la mort dans ses dimensions d’universalité et d’irréversibilité. Entre 0 et 6 ans, il la perçoit comme un état temporaire et réversible. Entre 6 et 8 ans, il commence à reconnaître sa propre mortalité ainsi que celle de ses proches. Ce n’est toutefois qu’entre 8 et 10 ans qu’il acquiert une compréhension plus complète de la mort comme phénomène définitif et inéluctable.

Lorsqu’un décès survient dans la famille, comment annoncer la nouvelle à un enfant ?

Lorsqu’il est question de la mort avec un enfant, il est essentiel d’adopter un discours clair, précis et adapté à son niveau de compréhension. Il convient d’expliciter la signification du décès ainsi que ses causes, en recourant à des explications concrètes, par exemple en indiquant que les fonctions vitales de la personne se sont définitivement arrêtées à la suite d’une maladie ou d’un accident.

Bien que l’enfant soit progressivement capable de comprendre certaines notions abstraites, l’usage d’euphémismes tels que «il est parti au ciel», «il est en voyage» ou «il s’est endormi» est déconseillé, car ces formulations peuvent entretenir des représentations erronées de la mort. Il est préférable de souligner le caractère définitif du décès et le fait que la personne ne reviendra pas.

Faut-il répondre à toutes les questions d’un enfant sur la mort, même lorsqu’elles sont difficiles ou déstabilisantes pour les adultes ?

Oui, il est important de répondre honnêtement, même lorsque les questions de l’enfant sont déstabilisantes. La littérature jeunesse, notamment les contes et albums adaptés à l’âge de l’enfant, peut constituer un support précieux pour aborder la question de la mort. Ces ouvrages permettent d’explorer les émotions liées à la perte et de faciliter la compréhension du deuil. Les parents peuvent s’appuyer sur ces lectures pour ouvrir le dialogue, répondre aux questions de l’enfant et l’aider à mettre des mots sur son expérience.

Face à une question telle que «Est-ce que toi aussi, tu vas mourir ?», il est possible de le rassurer en lui expliquant que l’on est actuellement en bonne santé et que l’on prend soin de sa santé. Il est également important de lui faire comprendre que la mort fait partie du cycle de la vie et que chaque être vivant meurt un jour. Toutefois, les souvenirs et les liens affectifs demeurent présents malgré l’absence de la personne décédée.

Comment reconnaître qu’un enfant souffre réellement d’un deuil, même s’il ne verbalise pas sa tristesse ?

Les enfants expriment souvent leur deuil par leurs comportements plutôt que par leurs paroles. Il convient notamment d’être attentif aux comportements régressifs, comme l’agressivité ou le repli sur soi, à l’angoisse de séparation, ainsi qu’aux manifestations somatiques, telles que les maux de ventre, les cauchemars, les troubles du sommeil et la perte d’appétit.

Faut-il l’encourager à assister aux funérailles, à exprimer ses émotions ou à participer aux rituels d’adieu ?

Il est possible de proposer à l’enfant de participer aux funérailles s’il en exprime le souhait. Cette participation nécessite toutefois une préparation préalable, consistant à lui expliquer ce qu’il verra et à lui offrir, si nécessaire, un rôle symbolique, comme réaliser un dessin ou écrire quelques mots. De telles démarches peuvent favoriser le processus d’adieu et l’aider à appréhender la réalité de la mort.

Si les parents choisissent de ne pas l’associer aux funérailles, il est important de lui expliquer que cette décision vise à le protéger. La participation aux rituels funéraires peut également limiter les représentations imaginaires susceptibles d’accentuer l’anxiété. Enfin, après la cérémonie, il convient d’accueillir la parole de l’enfant sans jugement et de lui offrir une présence sécurisante.

Un accompagnement psychologique peut être indiqué lorsque l’enfant manifeste une détresse importante ou persistante, notamment par un refus durable d’évoquer la personne ou l’animal décédé.

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