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Société
Après la rencontre avec le PM, les ONG et les acteurs culturels attendent des actions concrètes
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Société
Après la rencontre avec le PM, les ONG et les acteurs culturels attendent des actions concrètes
■ Anoushka Virahsawmy , Alain Muneean , Bruno Raya , Bilygane (Ludovic Louis).
À l’issue d’une première rencontre avec Navin Ramgoolam, jeudi, les représentants des ONG et du secteur artistique saluent l’occasion d’avoir pu faire entendre leurs préoccupations.
Donner la parole à ceux qui travaillent quotidiennement auprès des populations vulnérables. C’est dans cette optique que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a rencontré une vingtaine de représentants d’organisations non gouvernementales (ONG) et d’acteurs de terrain, jeudi. Cette rencontre constitue une première étape dans le processus de concertation annoncé à la suite des récents troubles survenus dans le pays. Si les participants accueillent favorablement cette initiative, ils soulignent toutefois que les échanges devront être suivis de mesures concrètes.
Pour Anoushka Virahsawmy, directrice de Gender Links, cette rencontre constitue avant tout une occasion importante de dialogue avec les autorités. Elle salue la disponibilité du Premier ministre, qui a consacré près de trois heures aux échanges.
«C’est la première fois que, dans mon expérience sur le terrain, je vois un Premier ministre s’asseoir autour d’une table et prendre le temps d’écouter tout le monde», fait-elle ressortir. Elle apprécie également le fait que Navin Ramgoolam ait posé des questions et pris connaissance de certaines réalités qu’il ne connaissait pas nécessairement.
Les organisations présentes ont pu exposer les difficultés rencontrées dans leur travail quotidien. Anoushka Virahsawmy évoque des situations où les interventions des ONG ne sont pas suffisamment prises en compte dans les hôpitaux ou au sein de certains ministères, ce qui complique l’accompagnement des personnes concernées.
Au cours de cette rencontre, elle a attiré l’attention sur la question du capital humain et les inégalités qui persistent dans le pays. Selon elle, Maurice dispose d’un potentiel humain important, mais une partie de la population reste laissée pour compte.
L’éducation constitue, à ses yeux, l’un des principaux enjeux. Elle déplore qu’un nombre important de jeunes ne parviennent pas à trouver leur voie au terme de leur parcours scolaire. Elle insiste également sur les difficultés liées à l’alphabétisation et aux compétences de base, estimant que le système éducatif doit pouvoir accueillir et accompagner tous les enfants, quelles que soient leurs difficultés.
Autre préoccupation soulevée : la nécessité de préserver l’État-providence. Pour la directrice de Gender Links, les services publics, surtout dans les domaines de l’éducation et de la santé, représentent un acquis qu’il faut protéger. Elle met en garde contre les inégalités qui risquent de se creuser entre ceux qui ont les moyens de se tourner vers les services privés et ceux qui dépendent des services publics.
Frustrations
Elle estime aussi qu’un fossé s’est progressivement installé entre la population et le monde politique, alimentant frustrations et sentiment d’exclusion. Dans cette perspective, elle a présenté au Premier ministre un projet porté par son organisation, visant à développer des structures d’accompagnement pour les jeunes dans différentes régions du pays. L’idée est de s’appuyer sur un modèle de prise en charge qui a déjà fait ses preuves avec le shelter «Safe Haven Halfway Home». Du côté de Terre de Paix, son directeur, Alain Muneean, insiste sur la nécessité de ne pas faire porter aux ONG la responsabilité de résoudre seules des problèmes profondément ancrés dans la société. Il estime que les difficultés évoquées dépassent le cadre de simples in- terventions ponctuelles.
«Ce n’est pas aux ONG de régler les problèmes de fond qui existent dans la société. Ce sont des problèmes systémiques et structurels», souligne-t-il. Selon lui, tant que les mécanismes qui produisent et entretiennent la pauvreté ne sont pas remis en question, les mêmes difficultés continueront de se reproduire.
Il attire également l’attention sur ce qu’il décrit comme une «mentalité anti-pauvre», qui peut exister aussi bien au sein de certaines institutions que dans une partie du secteur privé. Il déplore les préjugés envers les personnes en situation de pauvreté, parfois considérées comme responsables de leur propre situation, par manque d’efforts ou par paresse. Un état d’esprit qui, selon lui, peut freiner leur accès à l’aide et à un accompagnement adapté.
Le directeur de Terre de Paix évoque, en outre, les limites de certaines collaborations entre les ONG et les institutions publiques. Il estime que celles-ci restent parfois ponctuelles, sans véritable suivi à long terme. Il cite l’expérience de son organisation dans le domaine de la prise en charge résidentielle des enfants. Face à certaines pratiques institutionnelles qu’il juge contraires aux lignes directrices des Nations unies en matière de prise en charge alternative, Terre de Paix a préféré se retirer de cette collaboration.
Accompagnement
L’organisation souhaite désormais privilégier un modèle permettant d’accueillir les enfants et leurs parents ensemble, sans séparation. Pour Alain Muneean, l’accompagnement des familles doit également être repensé. La responsabilité de protéger et d’élever un enfant ne peut reposer uniquement sur les parents, sans tenir compte des conditions sociales et des structures qui les entourent.
«It takes a village to raise a child», rappelle-t-il, estimant que toute la société doit prendre part à cet accompagnement. Il plaide pour un soutien plus large aux familles, mais aussi pour la protection de l’État-providence, qu’il considère comme un rempart essentiel contre la précarité. Il estime toutefois que sa préservation doit aller de pair avec une amélioration des services, une réduction de la bureaucratie et une correction des dysfonctionnements institutionnels. La lutte contre la drogue et ses conséquences sur la jeunesse constituent également une préoccupation soulevée par Bruno Raya, artiste et acteur culturel. Ludovic Louis, connu sous son nom d’artiste Bilygane, était également présent à cette rencontre.
Drogues
Bruno Raya attire l’attention sur la facilité d’accès aux drogues synthétiques, leur faible coût et leur évolution rapide, qui compliquent le travail des services chargés de lutter contre ce phénomène. Face à cette situation, il estime que les mesures répressives ne suffisent pas et qu’il est essentiel de mettre en place de véritables structures de réhabilitation, avec un accompagnement adapté et un suivi des personnes concernées.
Il insiste sur le manque d’encadrement et d’activités destinées aux jeunes, particulièrement pendant les vacances scolaires. Dans plusieurs quartiers, l’absence d’espaces sportifs, culturels et récréatifs laisse certains jeunes sans véritables occupations. Une situation qui, selon lui, les rend davantage vulnérables aux mauvaises influences, surtout celle des trafiquants de drogue.
L’artiste déplore que certains jeunes puissent être attirés par ces marchands de la mort, en raison de l’image de réussite financière que renvoie l’argent issu du trafic. Il estime qu’il est urgent de leur proposer d’autres perspectives et de leur permettre d’accéder à des possibilités de réussite fondées sur le travail et le mérite.
Bruno Raya estime également que le rôle des artistes et des acteurs culturels dans l’encadrement et la mobilisation des jeunes doit davantage être reconnu. Selon lui, la lutte contre ces problèmes ne peut reposer uniquement sur le gouvernement. Les ONG, les artistes et les communautés locales doivent aussi être impliqués dans la mise en place d’initiatives visant à redynamiser les quartiers et à offrir de nouvelles perspectives aux jeunes. Il met enfin en garde contre l’influence de l’argent issu du trafic de drogue dans différents secteurs de la société, qui risque, selon lui, d’aggraver les tensions sociales.
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