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Affaire du «Dreamer»

À qui était destinée la 1,5 tonne de cannabis et de haschisch ?

30 octobre 2026, 10:00

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À qui était destinée la 1,5 tonne de cannabis et de haschisch ?

■ Suriya Samanboot, le capitaine du bateau.

La saisie d’environ 1,5 tonne de cannabis et de haschisch, estimée à Rs 2,7 milliards, soulève de nombreuses interrogations. Alors que 14 personnes ont été arrêtées, les enquêteurs cherchent à identifier les destinataires présumés de la cargaison, les éventuels commanditaires et les relais locaux.

Le communiqué de la Mauritius Police Force, publié le jeudi 29 octobre, apporte de nouveaux éléments sur l’enquête autour du yacht Dreamer. Au total, 14 personnes, à savoir neuf Thaïlandais, quatre Mauriciens et un policier affecté à la National Coast Guard (NCG), ont été arrêtées, selon la police. Deux autres embarcations susceptibles d’être liées à l’affaire ont également été placées sous contrôle policier. Plusieurs questions demeurent : combien de traversées le yacht a-t-il réellement effectuées ? Quelle était la destination de la cargaison présumée et qui devait la réceptionner à Maurice ?

Des officiers de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU), de la Maritime Intelligence Cell de la National Coast Guard et de la Customs Anti-Narcotic Section sont montés à bord du bateau le 21 octobre 2026 afin de vérifier les raisons de sa présence dans les eaux mauriciennes. Les premières vérifications ayant fait naître des soupçons d’importation de drogues dangereuses, l’ADSU a pris en charge l’enquête.

La fouille du yacht a permis de saisir 28 330 bahts thaïlandais, 1 865 dollars singapouriens et 38 900 euros. Le capitaine et six membres d’équipage, tous de nationalité thaïlandaise, ont été arrêtés. Leurs téléphones portables ont été saisis pour les besoins de l’enquête, tandis que l’embarcation a été placée sous surveillance policière.

Quatorze arrestations et deux autres bateaux sécurisés

Les investigations ont ensuite conduit à l’arrestation de deux autres Thaïlandais à l’aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam. Quatre Mauriciens soupçonnés de complot en vue d’importer de la drogue ont également été interpellés. Un policier affecté à la NCG figure lui aussi parmi les personnes arrêtées.

Les 14 personnes arrêtées ont toutes été provisoirement inculpées pour des infractions liées à la drogue devant la cour de district de Port-Louis Sud et sont actuellement en détention, selon le communiqué officiel.

La présence d’un policier parmi les suspects soulève des questions sur son rôle présumé et sur les circonstances de son interpellation. Une éventuelle complicité ou une défaillance dans le dispositif de surveillance maritime devra être établie à partir des éléments recueillis par les enquêteurs.

Deux autres bateaux susceptibles d’être liés à l’affaire ont également été sécurisés. Les enquêteurs devront déterminer s’ils ont participé aux déplacements du Dreamer, servi à d’éventuels transferts ou été impliqués dans d’autres circonstances liées à l’enquête.

Des informations faisant état de traversées entre Maurice et la Thaïlande cette année ont alimenté les interrogations sur l’itinéraire du yacht et la possibilité de déplacements répétés. Le nombre de voyages, leurs dates et leurs objectifs doivent encore être vérifiés. Les enquêteurs devront notamment déterminer si le bateau a effectué plusieurs déplacements entre les deux pays, si les mêmes personnes se trouvaient à bord et si d’autres embarcations ont été utilisées.

Si plusieurs traversées étaient confirmées, il resterait à établir si elles relevaient d’une même opération présumée ou correspondaient à des déplacements distincts. Pour l’heure, les informations disponibles ne permettent pas de conclure à l’existence d’un itinéraire organisé autour de plusieurs voyages.

La présence présumée de membres des garde-côtes parmi les personnes arrêtées donne une dimension particulière à cette enquête. Elle soulève des interrogations sur les conditions dans lesquelles les navires ont pu circuler. Une éventuelle complicité, une connaissance préalable des mouvements du yacht ou une défaillance dans la surveillance maritime constituent autant de pistes à examiner à la lumière des éléments matériels recueillis.

Pour certains observateurs des questions maritimes, la rotation des affectations au sein des unités de surveillance pourrait également mériter un examen. Un changement de poste tous les deux ans, avancent-ils, limiterait le risque que des agents développent des relations durables avec des opérateurs fréquentant régulièrement les mêmes zones. Cette proposition ne constitue toutefois pas une preuve de corruption dans le dossier du Dreamer. Toute éventuelle contrepartie financière ou protection accordée à des trafiquants devra être étayée par des éléments d’enquête.

Le nord de l’île et Port-Louis dans le viseur

La destination finale de la cargaison présumée demeure une autre inconnue majeure. Baie-du-Tombeau, Sainte-Croix et d’autres localités du Nord figurent parmi les zones évoquées dans les hypothèses entourant cette affaire. Les enquêteurs devront déterminer si ces secteurs étaient effectivement visés, identifier les éventuels destinataires et établir si des relais locaux avaient été mobilisés.

La saisie d’une embarcation ne signifie pas nécessairement que l’ensemble de la cargaison recherchée a été récupéré. Si des stupéfiants avaient été débarqués avant l’intervention des autorités, il faudrait retracer leur parcours, retrouver les personnes chargées de les réceptionner et déterminer si une partie a déjà été écoulée sur le marché local.

Une autre possibilité, qui reste à vérifier, serait que la marchandise ait été dissimulée dans l’attente d’une distribution ultérieure. Le financement de l’expédition constitue également un volet essentiel : qui a avancé les fonds, comment les paiements ont-ils été effectués et quelle somme devait revenir aux différents intervenants ? À ce stade, ces questions ne peuvent être tranchées sans éléments matériels supplémentaires.

Des embarcations difficiles à repérer ?

Les caractéristiques des bateaux utilisés pourraient fournir une autre clé de compréhension. La taille du Dreamer et ses équipements éventuels devront être examinés pour déterminer dans quelles conditions il a pu naviguer dans les eaux mauriciennes et échapper, le cas échéant, à la surveillance maritime.

Le système Automatic Identification System, qui permet de transmettre l’identité et la position d’un navire lorsqu’il en est équipé et que le dispositif fonctionne, pourrait jouer un rôle dans la reconstitution des déplacements. La présence ou l’absence de ce système à bord du Dreamer reste toutefois à confirmer. Les enquêteurs devront confronter les données disponibles aux images radar, aux observations des unités maritimes et aux autres informations recueillies.

Le téléphone du capitaine, pièce maîtresse ?

Dans cette enquête, le téléphone du capitaine pourrait se révéler déterminant. Les échanges enregistrés, les contacts, les photographies et les données de localisation éventuellement disponibles pourraient aider les enquêteurs à reconstituer les préparatifs de l’expédition et les liens entre les personnes impliquées.

Les images de l’équipage prises avant ou pendant le voyage pourraient également contribuer à vérifier les identités, à retracer les déplacements et à établir si les mêmes personnes ont participé aux différentes traversées. L’exploitation de ces données, dans le respect des procédures légales, pourrait surtout permettre d’identifier les éventuels interlocuteurs à terre.

Le parcours d’un huitième Thaïlandais soulève, lui aussi, des questions. Selon les éléments qui restent à vérifier, cet homme aurait quitté le yacht pour rejoindre la terre ferme dans le cadre d’un ravitaillement. Il aurait ensuite appris que les autorités mauriciennes avaient intercepté l’embarcation, avant de tenter de quitter le pays par l’aéroport. Une alerte aurait alors été diffusée à son sujet. Les circonstances exactes de son départ du yacht, de ses déplacements et de son interpellation devront être établies.

Une cargaison destinée aux fêtes de fin d’année ?

Reste enfin la question du calendrier. Cette opération maritime présumée était-elle destinée à alimenter le marché mauricien à l’approche des fêtes de fin d’année ? Cette hypothèse devra être confrontée aux éléments de l’enquête, particulier aux dates des déplacements, aux contacts des suspects et à l’identité des éventuels destinataires.

L’enjeu est désormais de déterminer la quantité exacte de drogue transportée, le nombre de traversées effectuées, l’identité des commanditaires éventuels et le rôle de chaque protagoniste. La réponse pourrait se trouver autant dans les données du téléphone du capitaine que dans les mouvements du yacht et les contacts établis à terre.

Tant que ces éléments n’auront pas été recoupés, le Dreamer restera au centre de nombreuses interrogations. L’enquête devra surtout établir si l’interception a permis de démanteler l’ensemble du réseau présumé ou si elle n’a mis au jour qu’une partie d’une organisation dont les ramifications restent à découvrir.


Mᵉ Somand Kumar Adheen : «le droit à un procès équitable doit être garanti à chacun»

7dffe322-fb7d-4ad0-b765-ed42e2dd92bd (1) Mᵉ Somand Kumar Adheen (photo), qui représente Suriya Samanboot, capitaine du bateau et accusé nᵒ 1 dans cette affaire, a fait le point sur les observations de la défense concernant le déroulement de l’audience, surtout la présence d’un interprète. L’avocat souligne que les formalités entourant l’intervention de l’interprète doivent être respectées, notamment la prestation de serment, afin que les débats se déroulent dans les règles et que l’accusé puisse comprendre pleinement les procédures engagées contre lui.

«Le principe fondamental reste celui d’un procès équitable. Toute personne, quelle que soit sa nationalité, la langue qu’elle parle ou son origine, a droit à la justice et à une défense dans des conditions équitables.» Mᵉ Somand Kumar Adheen insiste sur le fait que les garanties procédurales ne doivent pas être considérées comme de simples formalités. Elles sont essentielles pour assurer la transparence des débats et préserver les droits de l’accusé. Alors que l’enquête se poursuit, la défense entend veiller à ce que chaque étape de la procédure soit conduite conformément à la loi et dans le respect des droits de son client.

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