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Pratiques agricoles

La réduction des pesticides reste un défi majeur

28 octobre 2026, 19:00

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Six des 44 échantillons de fruits et de légumes analysés dépassent les limites maximales de résidus (LMR) autorisées, tandis que 20 autres présentent des résidus jugés «non recommandés», selon le rapport de juin du Pesticides Regulatory Office (PRO). Ces résultats soulèvent des questions sur les pratiques agricoles et l’efficacité des contrôles sur les produits commercialisés à Maurice.

Ravi Rambujoo, directeur de Farmbasket et de l’organisation non gouvernementale Réseau Terre Vivante, préconise l’agroécologie et la diversification des cultures pour réduire le recours aux traitements chimiques. «Lorsqu’on cultive différentes variétés de plantes au même endroit, on favorise un contrôle naturel des insectes. À l’inverse, les pesticides à large spectre tuent non seulement les nuisibles, mais aussi leurs prédateurs», explique-t-il. «On ne peut pas dire que c’est impossible de produire autrement. Il faut développer les bonnes techniques et accompagner les planteurs», insiste Ravi Rambujoo.

Sur le terrain, l’apparence des légumes influence leur commercialisation. Farad Jagut, planteur du Sud âgé de 66 ans et fort de plus de 46 ans d’expérience, dénonce l’usage abusif de pesticides tout en reconnaissant les difficultés du métier. «Kan ou trouv enn zoli soufler dan bazar, ou bizin poz ou lakestion ki kantite pestisid inn met ladan pou li paret zoli», lance-t-il. Il reconnaît lui-même utiliser des pesticides, en privilégiant des produits qu’il connaît depuis longtemps.

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Les alternatives aux pesticides chimiques se heurtent aux contraintes techniques et économiques des exploitations.

À Roches-Noires, Surjoo Devanand, 55 ans, planteur depuis l’âge de 13 ans, privilégie les méthodes manuelles et les pièges à insectes. «Nous avons besoin de protéger la santé publique, insiste-t-il, estimant que l’apparence des légumes ne devrait pas primer sur leur qualité. Navin Kauchik, également planteur, souligne pour sa part les difficultés liées à la protection des récoltes, les ravageurs pouvant compromettre une production en quelques jours. Il déplore aussi que certains planteurs ne respectent pas le délai d’attente avant la récolte, au risque de laisser des résidus dans les légumes commercialisés.

Quant à l’agriculture biologique, son développement reste freiné par les coûts et les contraintes techniques. Pour les particuliers, le jardinage domestique constitue une autre possibilité de limiter le recours aux pesticides chimiques. Qaysar Islam, fondateur de Rooftop Gardening Mauritius, encourage les Mauriciens à cultiver leurs propres légumes, même dans des espaces restreints. «Nous voulons montrer aux Mauriciens qu’il est possible de cultiver leurs légumes sans dépendre systématiquement des pesticides chimiques», explique-t-il. Il recommande notamment l’huile de neem, les préparations à base d’ail et de piment, ainsi que le bicarbonate de soude.. Ses cultures sont nourries au compost et au fumier de volaille. 12cb03bb-1fa2-42b9-b764-dbab58b6a17c (1) Qaysar Islam, fondateur de Rooftop Gardening Mauritius.

Quid de la commercialisation et de la distribution ?

Au-delà des pratiques agricoles, la commercialisation et la distribution des pesticides sont remises en cause. Sanjay Sembhoo, porte-parole de la Confederation of General Trade Unions et président de la Trade Union Against Corruption, pointe le rôle des revendeurs susceptibles d’influencer les choix des agriculteurs en matière de traitements. Il s’interroge sur leur formation et leurs qualifications et propose que le Dangerous Chemicals Control Board publie la liste des revendeurs agréés. Il dénonce également le démarchage commercial dans les plantations et les recommandations de traitements fréquents que feraient certains opérateurs.

Le contrôle des produits importés constitue un autre enjeu. L’ancien ministre de l’Agriculture, Mahen Seeruttun, s’inquiète de la présence éventuelle de produits interdits sur le marché et s’interroge sur l’efficacité des vérifications à l’importation et à la distribution. «S’il y a des produits interdits qui sont toujours présents sur le marché, il y a une faille quelque part. Il faut pouvoir identifier ces produits et remonter à leur filière», estime-t-il.

Les contrôles effectués par les autorités apportent un éclairage sur l’ampleur des dépassements constatés. Le ministre de la Santé, Anil Bachoo, a révélé que sept des 78 échantillons de produits agricoles prélevés en mai et juin 2026 dépassaient les LMR autorisées. Trente-quatre autres présentaient des résidus de pesticides non recommandés. Ces résultats ont été communiqués en réponse à des questions parlementaires des députés Franco Quirin et de Joanna Bérenger. Depuis la création du PRO en 2018, 5 572 échantillons ont été collectés et analysés. Des prélèvements récents ont été effectués dans différentes régions de l’île, notamment dans des exploitations agricoles, lors de ventes aux enchères et dans des supermarchés. Les analyses sont réalisées par des laboratoires accrédités, locaux et étrangers.

À la suite des résultats, 32 avis d’amélioration ont été adressés aux producteurs, fournisseurs et distributeurs concernés, conformément à l’article 9(2) de la Use of Pesticides Act de 2018. Leurs noms ont été identifiés et les résultats transmis au Food and Agricultural Research and Extension Institute afin d’organiser des visites sur le terrain et de fournir un accompagnement technique aux agriculteurs.

Interrogé sur les sanctions et le retrait éventuel des produits concernés du marché, Anil Bachoo a expliqué que l’absence de règlements encadrant les amendements législatifs de 2022 avait limité les possibilités de sanction. Quatre projets de règlements sont actuellement examinés en urgence par le bureau de l’Attorney General.

Les produits locaux et importés doivent être soumis aux mêmes exigences en matière de résidus. «Il ne doit pas y avoir de différences en termes de LMR. Elles doivent être respectées», souligne le consultant en environnement Shailand Gunnoo. Il cite la Use of Pesticides Act de 2018 et les Food Regulations de 2024, mises en application de la Food Act de 2022. Ces textes s’appuient notamment sur le Codex Alimentarius, référence internationale en matière de sécurité et de qualité des aliments, élaborée sous l’égide de la Food and Agriculture Organization et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Shailand Gunnoo rappelle également que, selon l’article 10 de l’Utilisation of Pesticides Act, les importateurs doivent fournir un certificat d’analyse attestant du respect des limites réglementaires, faute de quoi les produits sont censés être détruits. Il s’interroge sur les fruits vendus à des prix très bas, qui pourraient provenir de circuits parallèles, voire illégaux. Le prix ne constitue toutefois pas, à lui seul, une preuve de l’origine ou de la conformité d’un produit.

Lorsqu’un dépassement des limites est constaté, le PRO émet un improvement notice. Alors que la législation est en révision, le consultant en environnement plaide pour des sanctions renforcées et un meilleur encadrement de la vente, la distribution et le stockage des pesticides. Sanjay Sembhoo propose, pour sa part, d’interdire leur publicité et les opérations promotionnelles et d’imposer sur les emballages des avertissements sanitaires illustrés, à l’image de ceux figurant sur les paquets de cigarettes.

Le ministre Bachoo a également indiqué que son ministère avait sollicité l’assistance de l’OMS, le 9 octobre, afin d’étudier une éventuelle corrélation entre l’exposition aux pesticides et le cancer. À ce stade, aucun lien de causalité n’a été scientifiquement établi à Maurice. Par ailleurs, une formation destinée à environ 780 bénéficiaires est prévue entre novembre 2026 et décembre 2027. Le gouvernement envisage également de renforcer les capacités d’analyse des laboratoires et d’étudier l’exposition aux pesticides au moyen de prélèvements biologiques.

La réduction du recours aux pesticides suppose aussi de tenir compte des coûts et des contraintes techniques liés à l’adoption d’autres méthodes. Mahen Seeruttun préconise une évolution progressive vers l’agriculture raisonnée, qui consiste à mieux cibler les traitements, et la lutte intégrée contre les ravageurs, associant prévention et différentes méthodes de contrôle.

Le passage à l’agriculture biologique exige, selon lui, du temps, des connaissances techniques et une adaptation des méthodes de travail. Shailand Gunnoo souligne que le choix des solutions dépend du type de pesticide, des technologies disponibles, du coût et de la rentabilité pour le planteur. Il cite notamment la stérilisation des insectes nuisibles et les pesticides biologiques, tout en rappelant la nécessité de limiter les risques de déséquilibre écologique.

Ravi Rambujoo appelle, lui, à une collaboration entre les autorités, les services agricoles et les producteurs pour développer des réponses adaptées aux réalités du terrain. «Il faut travailler ensemble, identifier les problèmes sur le terrain et trouver des solutions adaptées. Certains planteurs arrivent déjà à utiliser moins de pesticides grâce à de bonnes pratiques», fait-il valoir.

Les enjeux dépassent enfin la conformité des fruits et légumes commercialisés. Mahen Seeruttun rappelle que les pesticides peuvent affecter les micro-organismes qui contribuent à la fertilité des sols, tandis que le ruissellement peut transporter des substances chimiques dans les rivières et les canaux. Les personnes qui manipulent ces produits sont également exposées. Sanjay Sembhoo rappelle que la Dangerous Chemicals Control Act prévoit des dispositions relatives aux équipements de protection individuelle et que la Occupational Safety and Health Act impose aux employeurs des obligations en matière de sécurité.

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