Publicité

Contrat de directeur général de la CHCL

Les syndicats s’opposent au renouvellement, Gassen Dorsamy s’en remet au Premier ministre

28 octobre 2026, 16:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Les syndicats s’opposent au renouvellement, Gassen Dorsamy s’en remet au Premier ministre

Le climat social se détériore davantage à la Cargo Handling Corporation Ltd (CHCL). Les relations industrielles seraient désormais à leur niveau le plus bas, selon les organisations syndicales du secteur portuaire, qui réclament le départ du directeur général, Gassen Dorsamy . Dénonçant des violations présumées de la convention collective, des décisions unilatérales et une dégradation persistante du dialogue social, les syndicats ont sollicité l’intervention du Premier ministre afin que le contrat du directeur général, qui arriverait à échéance fin novembre 2026, ne soit pas renouvelé. Contacté par l’express, Gassen Dorsamy conteste cette analyse. La situation se complique à la CHCL, où les relations entre la direction et les organisations syndicales continuent de se dégrader. La Port-Louis Maritime Employees Association (PLMEA), la Port-Louis Harbour and Docks Workers Union et la Docks and Wharves Staff Employees Association, regroupées au sein du Front syndical portuaire, ne souhaitent plus voir Gassen Dorsamy poursuivre ses fonctions à la tête de l’entreprise. Les représentants des travailleurs ont ainsi adressé une demande au Premier ministre pour réclamer le non-renouvellement de son contrat. Ils estiment que sa gestion, depuis son retour à la direction générale en décembre 2024, a contribué à une détérioration des relations industrielles et à l’accumulation de différends qui affecteraient désormais le bon fonctionnement de l’entreprise.

Des tensions depuis décembre 2024

Les tensions auraient atteint un nouveau seuil durant la période de couvre-feu décrétée en ce mois d’octobre, lorsque des désaccords sont survenus entre la direction et les syndicats concernant l’organisation des opérations portuaires. Selon les représentants syndicaux, ces difficultés auraient empêché le port de fonctionner comme il aurait dû durant cette période exceptionnelle. Alors que la continuité des activités nécessitait une coordination entre les différentes parties, les divergences auraient compliqué la mobilisation du personnel et l’organisation du travail. Les syndicats considèrent que cet épisode illustre la dégradation du dialogue social au sein de la CHCL. Ils estiment que les relations industrielles sont aujourd’hui à leur niveau le plus bas et que cette situation pourrait continuer à affecter les opérations si aucune solution n’est trouvée. L’ampleur exacte des perturbations et leurs causes restent toutefois à établir.

Les griefs formulés à l’encontre de Gassen Dorsamy ne se limitent pas aux événements survenus pendant le couvre-feu. Les organisations syndicales dénoncent depuis plusieurs mois des décisions qu’elles considèrent comme contraires aux dispositions de la convention collective et aux droits des travailleurs. Les premières tensions documentées remontent notamment au 16 décembre 2024, lorsque la direction avait annoncé une série de mesures visant à améliorer la productivité des opérations portuaires. Celles-ci concernaient notamment le contrôle des absences, les autorisations accordées aux représentants syndicaux et l’organisation du travail des opérateurs d’équipements. Présentées par la direction comme des dispositions temporaires destinées à renforcer l’efficacité opérationnelle, ces mesures avaient été contestées par la PLMEA dans des correspondances datées des 19 et 24 décembre 2024. Le syndicat avait ensuite sollicité l’intervention du ministère du Travail, le 7 janvier 2025, estimant que certaines décisions avaient été prises sans concertation préalable.

Les désaccords s’étaient progressivement multipliés. Dans un document daté du 5 août 2025, la PLMEA avait identifié 14 points de litige avec la direction. Ceux-ci concernaient notamment les congés syndicaux, les transferts d’em- ployés, les effectifs affectés aux équipements portuaires, les congés maladie, les promotions et certaines indemnités. Le syndicat reprochait également à la direction d’avoir modifié les conditions d’affectation de certains employés et de leur avoir imposé des tâches ne correspondant pas à leurs attributions habituelles. Plusieurs de ces différends ont été soumis aux instances compétentes en matière de conciliation et de médiation, sans que les documents disponibles permettent d’établir leur issue définitive.

Les représentants syndicaux dénoncent par ailleurs ce qu’ils considèrent comme des pressions exercées sur certains de leurs membres. Ils citent notamment le cas d’un responsable syndical exerçant des fonctions de formateur, dont les conditions de travail auraient été modifiées. Selon la PLMEA, celui-ci aurait été appelé à accomplir des tâches ne figurant pas dans son Scheme of Service. Le syndicat évoque également des transferts entre équipes qu’il considère comme des mesures punitives, ainsi que des retards dans les exercices de promotion. Dans sa correspondance adressée au ministère du Travail en janvier 2025, la PLMEA soutenait qu’environ 300 employés étaient pénalisés par des retards dans les promotions remontant à 2017. Ces différents dossiers figurent parmi les principales sources de mécontentement des représentants des travailleurs.

Précédent mandat

La question de la productivité portuaire constitue également un sujet de discorde. Dans un communiqué publié le 6 mars 2025, la PLMEA avait contesté des déclarations attribuées à Gassen Dorsamy faisant état d’un taux d’absentéisme de 30 % parmi les employés de la CHCL. Le syndicat avait alors demandé au directeur général de produire des données permettant de justifier ce chiffre, affirmant pour sa part que les absences non autorisées représentaient entre 1 % et 3 % des effectifs. Les représentants des travailleurs avaient également remis en question les affirmations concernant l’amélioration des performances de l’entreprise durant le précédent mandat de Gassen Dorsamy, entre 2012 et 2017. Ils avaient notamment fait référence aux rapports de la Mauritius Ports Authority et à une étude de la Competition Commission pour appuyer leurs critiques.

Les syndicats rappellent d’ailleurs que le premier passage de Gassen Dorsamy à la tête de la CHCL, entre 2012 et 2017, avait déjà été marqué par plusieurs conflits sociaux. Ils évoquent notamment le licenciement d’un dirigeant syndical à la suite d’un différend concernant les opérations portuaires du 31 décembre 2016. Selon la version présentée par la PLMEA, l’employé concerné avait engagé des démarches judiciaires avant de retrouver son poste et ses droits après le départ du directeur général en 2017. Pour les représentants des travailleurs, les tensions observées depuis décembre 2024 rappellent les difficultés rencontrées au cours de cette précédente période.

Le renouvellement de la convention collective demeure un autre point de friction. La PLMEA reproche notamment à la direction d’avoir retardé les négociations en contestant le rôle de son négociateur, Gérard Bertrand. Elle soutient également que plusieurs dispositions de la convention collective n’auraient pas été respectées, particulièrement en matière d’organisation des équipes, de congés et de rémunération des heures supplémentaires. À ces revendications s’ajoutent des préoccupations concernant la gouvernance de l’entreprise et certains projets relatifs à l’avenir des activités portuaires, notamment la question d’une éventuelle vente d’actions de la CHCL à des agences maritimes et le projet d’Island Container Terminal.

«La porte reste ouverte»

Contacté, Gassen Dorsamy conteste la lecture des syndicats : «Je ne partage pas cette analyse. La direction a toujours privilégié le dialogue. Elle a soumis des propositions pour une nouvelle convention collective, qui prévoit des augmentations du salaire de base comprises entre 5 % et 12 %. Un calendrier de négociation a également été établi d’un commun accord.» Il déplore en revanche l’attitude des représentants des travailleurs : «Nous avons toutefois regretté l’absence des représentants syndicaux dès la première séance prévue. Nous avons ensuite appris par voie de presse que les syndicats ne souhaitaient pas négocier avec la direction. La porte reste ouverte et nous sommes prêts à reprendre les discussions dès que les parties le souhaiteront.»

Sur le fonctionnement du port pendant le couvre-feu, dont les opérations auraient été perturbées, selon les syndicats, durant les trois premiers jours faute de communication, le directeur général avance une autre version : «Les opérations se sont déroulées normalement durant la journée, jusqu’à 20 heures. L’annonce du couvre-feu est intervenue tardivement, ce qui a considérablement limité notre marge de manœuvre dans l’immédiat.» Il invoque la sécurité du personnel : «Il convient de rappeler que la rotation de notre shift de nuit a lieu à 23 heures. Compte tenu des lieux d’habitation de la majorité de nos employés, la direction a fait le choix de ne pas compromettre leur sécurité.» Selon lui, la situation a été rétablie dès la prolongation de la mesure : «Le couvre-feu étant initialement annoncé pour une seule nuit, une adaptation immédiate s’est avérée difficile. Toutefois, dès lors que la mesure a été prolongée pour le week-end, nous avons pris les dispositions nécessaires. Le terminal est ainsi opérationnel, y compris de nuit, depuis le vendredi 16 octobre 2026.»

Quant à la demande de non-renouvellement de son contrat, Gassen Dorsamy met en avant son bilan : «J’ai été nommé par le Premier ministre avec pour mission de redresser l’image du port et je crois avoir réussi dans ma mission. Aujourd’hui, les navires n’attendent plus pour accoster, malgré une hausse importante du volume de conteneurs manutentionnés. Nous avons dépassé le seuil de 800 000 EVP (NdlR, équivalents vingt pieds), ce qui constitue un record, et le chiffre d’affaires est lui aussi à un niveau record.» Il ajoute : «Le business plan approuvé est déjà en cours de mise en œuvre et l’ensemble des projets ont été lancés.» Sur son avenir à la tête de la CHCL, il s’en remet au chef du gouvernement : «Quant au renouvellement de mon contrat, il relève de la décision du Premier ministre et je m’en remets à son appréciation.»

Publicité