Publicité
Parlement
Après les passes d’armes, un nouveau mardi électrique en vue
Par
Partager cet article
Parlement
Après les passes d’armes, un nouveau mardi électrique en vue
■ Paul Bérenger, alors leader du MMM, et Rajesh Bhagwan lors d’une conférence de presse sur l’affaire St-Louis, le 4 juillet 2020. À l’époque, ils regardaient dans la même direction, plus aujourd’hui. Photos: Beekash Roopun.
Après une séance particulièrement animée la semaine dernière, marquée par de vifs échanges entre la majorité et l’opposition, les députés retrouveront l’hémicycle ce mardi 27 octobre. Plusieurs dossiers sensibles figurent à l’ordre du jour, notamment les récents troubles dans le pays, la crise de l’eau, la situation d’Air Mauritius, les prêts toxiques de l’ancienne Silver Bank et le coût de la vie. Les débats pourraient une nouvelle fois donner lieu à des échanges tendus entre les deux camps.
La séance débutera par la Private Notice Question du jour, suivie de la Prime Minister’s Question Time, au cours de laquelle le Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, sera appelé à répondre à plusieurs questions portant sur des sujets économiques, sociaux et sécuritaires.
Les récents troubles qui ont secoué plusieurs régions du pays seront notamment abordés par le député Farhad Aumeer. Ce dernier souhaite savoir si une évaluation a été effectuée concernant l’efficacité des services de renseignement, les mécanismes d’alerte précoce et la préparation opérationnelle de la police. Il demandera également si une révision des stratégies de maintien de l’ordre et des capacités d’intervention rapide est envisagée.
Le dossier Silver Bank reviendra également sur le tapis. Le député Roshan Jhummun interrogera le PM sur les pertes présumées d’environ Rs 7 milliards liées aux prêts toxiques de l’ancienne banque. Il souhaite obtenir des informations de la Financial Crimes Commission sur l’identité des dirigeants mauriciens et étrangers qui n’ont pas encore été interrogés dans cette affaire, ainsi que sur les circonstances dans lesquelles certains ont quitté le pays.
Air Mauritius et l’émigration des jeunes
Roshan Jhummun abordera aussi la situation d’Air Mauritius et d’Airport Holdings Ltd. Il demandera si le gouvernement envisage le démantèlement de cette dernière et une réorganisation de la structure de la compagnie aérienne nationale afin de résoudre les problèmes de gouvernance et de chevauchement des responsabilités. La possibilité d’une nouvelle cotation d’Air Mauritius à la Bourse de Maurice sera également soulevée.
De son côté, Adrien Duval, député de l’opposition, interpellera Navin Ramgoolam sur les résultats du rapport Afrobarometer 2026, selon lesquels 76 % des Mauriciens âgés de 18 à 25 ans interrogés ont envisagé d’émigrer. Il demandera quelles mesures sont prises ou envisagées pour retenir les jeunes diplômés et encourager le retour de ceux qui se sont installés à l’étranger.
Joe Lesjongard réclamera, pour sa part, des précisions sur les conclusions d’un rapport d’audit de juillet 2026 concernant la Cargo Handling Corporation Ltd. Ce document porte notamment sur des allégations relatives à la gouvernance, à la transparence, au respect des procédures et à la passation des marchés. Le député de l’opposition souhaite également savoir si une copie du rapport sera déposée à l’Assemblée nationale.
Le coût de la vie figurera aussi parmi les préoccupations des parlementaires. Le député de Rodrigues, Jacques Édouard, demandera si des mesures sont envisagées pour protéger le pouvoir d’achat des Rodriguais, notamment à travers des subventions sur les produits essentiels, un contrôle des prix et des aides financières destinées à atténuer les coûts élevés du fret.
Ram Etwareea interrogera le PM sur les taxes et prélèvements perçus sur le gasoil et le diesel entre juillet et septembre 2026, comparativement à la même période en 2025. Il demandera également des précisions sur les subventions accordées par l’État, notamment sur le gaz de pétrole liquéfié (GPL). Le député souhaite aussi savoir si le gouvernement envisage une contribution temporaire de solidarité des entreprises opérant dans les secteurs bancaire, des assurances, pétrolier, touristique et commercial. Par ailleurs, Ravin Jugurnauth demandera où en est l’enquête sur l’accident mortel survenu le 2 septembre à allée Tamarin, Bambous. Marie Roxana Collet s’intéressera, quant à elle, à l’avancement des mesures destinées à renforcer la sécurité et la surveillance maritimes. Kaviraj Rookny soulèvera la question du cadre disciplinaire applicable aux hauts fonctionnaires exerçant les fonctions d’Accounting Officers.
Crise de l’eau, infrastructures et pesticides
Lors de la séance des questions aux ministres, la crise de l’eau occupera également une place importante. Khushal Lobine interrogera le ministre de l’Énergie et des services publics, Patrick Assirvaden, sur l’état du réservoir de Mare-aux-Vacoas. Il souhaite notamment connaître la date de la dernière étude bathymétrique, le niveau d’accumulation des sédiments et ses conséquences sur la capacité de stockage du réservoir. Il demandera également des précisions sur les études géologiques et géotechniques ainsi que sur les éventuelles infiltrations.
Joanna Bérenger, whip de l’opposition, reviendra sur l’accord signé en 2024 entre Medine Limited et la Central Water Authority pour le développement d’infrastructures d’approvisionnement en eau à Beaux-Songes et Pierrefonds. Elle demandera si le bail portant sur six arpents de terrain à Beaux-Songes a été signé, où en sont les travaux de construction des réservoirs, stations de pompage et canalisations, ainsi que la date prévue de leur mise en service.
À l’approche de la saison des pluies et des cyclones 2026-2027, Arvin Babajee interpellera le ministre des Infrastructures nationales, Ajay Gunness, sur les opérations d’inspection, de nettoyage et de curage des drains, canaux et rivières. Il réclamera un bilan des travaux déjà réalisés et de ceux qui restent à entreprendre.
Franco Quirin demandera, de son côté, au ministre de l’Agroindustrie, de la sécurité alimentaire, de l’économie bleue et de la pêche, Arvin Boolell, des informations sur les analyses de résidus de pesticides effectuées sur les légumes et produits agricoles entre mai et juin 2026. Il souhaite notamment connaître le nombre d’échantillons ayant dépassé les limites maximales autorisées et savoir si les producteurs ou distributeurs concernés ont été identifiés.
D’autres questions porteront sur la réforme de la fonction publique, avec une intervention de Joe Lesjongard auprès du ministre Raj Pentiah, ainsi que sur le projet de loi relatif aux artistes, soulevé par Sydney Pierre. Marie Roxana Collet interrogera également le ministre des Technologies de l’information, de la communication et de l’innovation, Avinash Ramtohul, sur la révision du cadre légal concernant le cyberharcèlement, les fausses informations, les deepfakes et les contenus préjudiciables générés par l’intelligence artificielle.
Un projet de loi sur la justice pénale
Après les questions parlementaires, les députés seront appelés à débattre du Criminal Justice (Offenders Assisting Investigations and Prosecutions) Bill, avant de procéder au vote. Ce projet de loi, consacré aux auteurs d’infractions apportant leur coopération aux enquêtes et aux poursuites judiciaires, constituera l’un des principaux points de l’ordre du jour.
Une motion présentée par le PM est également prévue en fin de séance. Elle vise à instituer un Select Committee chargé d’examiner les causes profondes de la délinquance juvénile, et des comportements antisociaux et violents chez les enfants. Ce comité parlementaire, dont les membres seront désignés par la speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, devra notamment examiner l’opportunité de modifier les dispositions relatives à la responsabilité parentale et à l’incitation de mineurs à commettre des infractions.
Il sera également chargé d’évaluer les capacités des institutions et du personnel prenant en charge les enfants en conflit avec la loi, les enfants abandonnés, ceux ayant quitté prématurément le système scolaire et ceux vivant dans la rue.
La question d’une éventuelle révision de l’âge minimum de responsabilité pénale des enfants figurera aussi parmi les sujets à examiner. Le comité pourra convoquer des personnes, demander la communication de documents et consulter des spécialistes, notamment des psychologues pour enfants, des sociologues et des anthropologues, avant de formuler ses recommandations.
«Bachara» : Le hansard fait foi
Le mot «bachara» a bel et bien été prononcé dans l’hémicycle lors de la séance parlementaire de la semaine dernière. Alors que la «speaker», Shirin Aumeeruddy-Cziffra, avait affirmé ne pas avoir entendu cette expression lorsque le député Raviraj Beechook avait soulevé la question, le compte rendu officiel des débats parlementaires, le Hansard, fait apparaître deux interventions contenant ce terme. Elles sont attribuées à Paul Bérenger et à Joanna Bérenger, tous deux membres de l’opposition. L’incident s’était produit dans une atmosphère particulièrement agitée, alors que plusieurs députés intervenaient simultanément. Raviraj Beechook avait alors attiré l’attention de la «speaker» sur l’utilisation d’un terme qu’il jugeait contraire aux règles parlementaires. «I heard the word ’bachara’ uttered sometimes before», avait-il déclaré. La «speaker» lui avait répondu : «I did not hear.» Le député avait toutefois insisté, affirmant que les propos avaient été enregistrés dans le Hansard. «Therefore, I would hereby request you; the one who uttered this word has to withdraw it. It is unparliamentary», avait-il poursuivi, demandant que l’auteur de cette expression soit appelé à la retirer. Mais Shirin Aumeeruddy-Cziffra avait maintenu sa position. «I did not hear anything. Time is up! We are going to move on», avait-elle répliqué, avant de rappeler les parlementaires à l’ordre. «And I do not want all this lack of respect from Members, please! If anybody said that, that person knows that this was not correct. I am not going to waste time on this.» Or, la publication du Hansard apporte un nouvel éclairage sur cet échange. Le document fait état de deux utilisations du mot «bachara» par des membres de l’opposition. La première est attribuée à Paul Bérenger, qui aurait lancé : «Sa bachara la!» La seconde concerne Joanna Bérenger, dont l’intervention est retranscrite par un simple «bachara!».
Publicité
Publicité
Les plus récents