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Questions à
Dr Cynthia Leste Boodoo : «L’exposition aux pesticides a été associée à une baisse de la fertilité»
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Questions à
Dr Cynthia Leste Boodoo : «L’exposition aux pesticides a été associée à une baisse de la fertilité»
Dr Cynthia Leste Boodoo du « National Cancer Registry» du ministère de la Santé et du Bien-être.
Si les recherches internationales associent certaines substances à des cancers, à des troubles hormonaux etàdes problèmes de fertilité, les effets d’une exposition alimentaire à faible dose restent difficiles à établir. À Maurice, desétudes spécifiques sont nécessaires pour déterminer si l’exposition aux pesticides est liée à certaines maladies, explique le Dr Cynthia Leste Boodoo, au «National Cancer Registry» du ministère de la Santé et du bien-être.
Nous sommes encouragés à consommer davantage de fruits et de légumes pour leurs bienfaits sur la santé. Comment concilier ces recommandations avec le risque lié aux résidus de pesticides présents dans ces aliments ?
Les pesticides contribuent à protéger les cultures contre les insectes, les champignons, les mauvaises herbes et d’autres organismes nuisibles. Certaines études estiment que, sans leur utilisation, environ 78 % de la production fruitière et 54 % de la production légumière pourraient être perdues en raison des ravageurs et des maladies des plantes.
Toutefois, un usage excessif de ces produits peut nuire à la santé humaine et à l’environnement. Certains pesticides, notamment les polluants organiques persistants, peuvent subsister longtemps dans l’environnement et contaminer la chaîne alimentaire. Malgré ces risques, les données disponibles indiquent que les bénéfices de la consommation de fruits et de légumes dépassent largement les risques potentiels liés aux résidus de pesticides. Laver soigneusement ces aliments et, lorsque cela est possible, les peler peut contribuer à réduire la quantité de résidus présents.
Les autorités chargées de la sécurité alimentaire fixent également des limites maximales de résidus (LMR), qui déterminent les concentrations maximales autorisées de pesticides dans les denrées alimentaires.
Quelles sont les conséquences possibles d’une exposition répétée aux résidus de pesticides par l’alimentation, notamment sur plusieurs années ?
Les études scientifiques associent l’exposition prolongée et cumulée aux pesticides à plusieurs problèmes de santé chroniques. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé certains pesti- cides comme «probablement cancérogènes» ou «peut-être cancérogènes» pour l’être humain, tandis que d’autres, comme le lindane, sont classés comme «cancérogènes pour l’être humain». L’utilisation de pesticides a notamment été associée à certains cancers, dont les leucémies, les lymphomes non hodgkiniens ainsi que les cancers du sein et de la prostate.
Certaines catégories de pesticides agissent sur le système nerveux des organismes nuisibles, mais peuvent également affecter les fonctions neurologiques humaines. Une exposition répétée à ces substances pourrait entraîner des troubles cognitifs, une diminution de la capacité d’attention et des pertes de mémoire, et être associée à des maladies neurodégénératives comme la maladie de Parkinson.
D’autres pesticides agissent comme des perturbateurs endocriniens. Ils peuvent imiter l’action des hormones naturelles, perturber leur fonctionnement ou en bloquer les effets. Ces mécanismes sont susceptibles de contribuer à des troubles métaboliques, notamment au diabète et à l’obésité, ainsi qu’à des dysfonctionnements de la thyroïde et à des déséquilibres hormonaux.
Que montrent les recherches scientifiques sur les liens entre l’exposition aux pesticides et certains cancers, les troubles hormonaux ou les problèmes de fertilité ?
Au cours des dernières décennies, les recherches scientifiques ont permis de mieux comprendre les effets potentiels des pesticides sur le fonctionnement de l’organisme et leurs liens possibles avec certaines maladies chroniques. Les substances qui perturbent le système endocrinien ont notamment été associées à des cancers du sein et de l’utérus, à l’endométriose, à une ménopause précoce et à des modifications du cycle menstruel. D’autres études ont régulièrement établi des associations entre l’utilisation de pesticides et certains cancers, notamment les leucémies, les lymphomes non hodgkiniens et le cancer de la prostate.
Certains herbicides et fongicides peuvent inhiber ou stimuler les enzymes qui régulent les hormones sexuelles, tandis que d’autres substances peuvent perturber le fonctionnement de la thyroïde. Des études associent également l’exposition aux pesticides à une baisse de la fertilité chez les hommes comme chez les femmes. Chez les hommes, des effets sur le nombre, la mobilité et la qualité des spermatozoïdes ont notamment été observés.
Les données scientifiques internationales sont particulièrement bien documentées chez les travailleurs agricoles et les personnes exposées directement aux pesticides dans le cadre de leur activité professionnelle, notamment sur de longues périodes. Des études épidémiologiques ont mis en évidence des augmentations statistiquement significatives du risque de certains cancers dans ces populations.
Pour la population générale, exposée principalement par l’alimentation à de faibles doses de résidus de pesticides, établir un lien de causalité avec des problèmes de santé reste difficile. Les recherches s’intéressent toutefois aux effets cumulés de plusieurs substances chimiques et aux interactions possibles entre elles, susceptibles d’entraîner des effets biologiques complexes.
Les enfants et les femmes enceintes sontils plus vulnérables à l’exposition aux pesticides que le reste de la population ? Pourquoi ?
Les nourrissons, les enfants et les femmes enceintes présentent une vulnérabilité particulière à l’exposition aux pesticides.
Pendant la grossesse, les changements physiologiques modifient la manière dont le corps de la femme traite les subs- tances auxquelles il est exposé. Dans l’utérus, le fœtus connaît des phases de division cellulaire et de formation des organes. L’exposition à des substances chimiques perturbatrices peut affecter ce développement, avec des conséquences possibles à la naissance ou sur la santé à long terme. Chez les enfants, la peau, plus fine et plus perméable, facilite l’absorption des substances chimiques par contact cutané. Les bébés rampent, jouent dans l’herbe et portent souvent leurs mains ou des jouets non lavés à la bouche. Ces comportements augmentent leur contact avec les résidus de pesticides présents dans l’environnement. Leur cerveau étant encore en développement, ils sont également plus sensibles aux substances neurotoxiques.
Cette vulnérabilité est prise en compte par les organismes de réglementation dans l’établissement des normes sanitaires et des marges de sécurité visant à limiter les risques liés à l’exposition aux pesticides.
Comment évaluer le risque réel pour la santé lié à la présence de résidus de pesticides dans les aliments, et quels facteurs permettent de déterminer si le niveau d’exposition est nocif ?
Le risque repose sur le principe selon lequel plus la dose de résidus chimiques est élevée, plus son effet toxique potentiel est important. Aujourd’hui, les résidus de pesticides peuvent être détectés même à des concentrations trop faibles pour provoquer des effets biologiques nocifs.
Les seuils toxicologiques sont établis à partir d’études en laboratoire qui déterminent la dose la plus élevée ne provoquant aucun effet indésirable (No Observed Adverse Effect Level, NOAEL). La dose journalière admissible (Acceptable Daily Intake, ADI) constitue un repère essentiel en matière de sécurité. Des organismes internationaux de réglementation, comme l’Autorité européenne de sécurité des aliments (European Food Safety Authority, EFSA), l’utilisent pour encadrer l’exposition humaine aux résidus chimiques. L’ADI estime la quantité maximale de résidus de pesticides qu’une personne peut ingérer chaque jour tout au long de sa vie sans présenter de risque appréciable pour sa santé. Un risque pour la santé peut exister lorsque l’apport alimentaire estimé dépasse les limites de sécurité établies par l’ADI.
L’apparence des fruits et légumes permetelle d’évaluer leur teneur en pesticides ?
Non. Les pesticides sont généralement incolores et ne laissent pas de traces visibles. Les fruits et légumes peuvent donc contenir des résidus même s’ils paraissent frais et propres. Les traitements à la cire ou les revêtements appliqués après la récolte peuvent également masquer les résidus présents en surface. La présence de chenilles sur des produits cultivés localement pourrait toutefois indiquer une utilisation limitée, voire une absence de pesticides.
Lorsque les résidus de pesticides dépassent les limites autorisées dans un échantillon alimentaire, cela présente-t-il nécessairement un risque immédiat pour la santé ?
Le dépassement de la limite maximale de résidus (LMR) indique que l’aliment n’est pas conforme, sans signifier nécessairement un danger immédiat. Le risque dépend notamment de la quantité ingérée et s’évalue à partir de la dose aiguë de référence (DAR), soit la quantité pouvant être consommée en 24 heures ou moins sans risque appréciable pour la santé.
Que sait-on de l’exposition de la population aux pesticides ? Par ailleurs, quelles données médicales ou épidémiologiques seraient-elles nécessaires pour établir un lien entre cette exposition et des problèmes de santé spécifiques ?
Les données du registre du cancer font état d’une hausse des cas enregistrés au fil des années. Cette évolution alimente les discussions sur le rôle potentiel de facteurs environnementaux, notamment l’exposition aux produits chimiques utilisés en agriculture. Pour établir scientifiquement un lien de causalité entre l’exposition aux pesticides et certaines maladies au sein de la population mauricienne, des études spécifiques doivent être menées à Maurice. Les résultats d’études internationales ne permettent pas, à eux seuls, de tenir compte des particularités environnementales, alimentaires et génétiques de l’île.
Des recherches locales permettraient de mieux comprendre les liens éventuels entre les tendances observées en matière de santé et l’exposition réelle aux pesticides. Ces données contribueraient à orienter les mesures de santé publique, à adapter les politiques et à mieux protéger la population.
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