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Silver Bank
Les chiffres d’un naufrage bancaire
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Silver Bank
Les chiffres d’un naufrage bancaire
Six mois après une question parlementaire déposée le 21 avril 2026 par la députée de l’opposition, Joanna Bérenger, le Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, a finalement apporté des précisions sur le dossier Silver Bank Ltd, dans une réponse écrite consignée au Hansard de l’Assemblée nationale.
La députée souhaitait notamment savoir si tous les anciens dirigeants avaient été interrogés, si une indemnisation des déposants était envisagée, combien avait coûté la mise sous administration conservatoire et si une enquête publique serait instituée. Les chiffres communiqués révèlent l’ampleur des difficultés de l’établissement: Rs 7,5 milliards de dépôts, Rs 8,1 milliards de prêts non performants sur un portefeuille de Rs 8,3 milliards et Rs 43,7 millions versées au titre des frais de conservatorship. Quatre anciens responsables ont été interrogés, tandis que plusieurs autres ont quitté le pays. Le gouvernement exclut toute compensation supplémentaire financée par les contribuables ainsi que l’ouverture d’une enquête publique.
L’un des chiffres les plus révélateurs concerne le portefeuille de prêts de Silver Bank. Selon le rapport du conservateur datant de mars 2024, les prêts non performants représentaient Rs 8,1 milliards sur un portefeuille total de Rs 8,3 milliards, soit près de 98%. Une proportion qui illustre la gravité de la situation financière de la banque. Le PM souligne que ces prêts constituent l’essentiel de ses actifs et que leur forte dépréciation compromet les perspectives de recouvrement.
Les montants susceptibles d’être récupérés dans le cadre de la liquidation risquent ainsi d’être largement insuffisants pour couvrir les dépôts des clients.
Qui pourra récupérer son argent ?
Silver Bank détient environ Rs 7,5 milliards de dépôts, dont 73 % appartiennent à des non-résidents. Les dépôts des résidents représentent quelque Rs 1,9 milliard, répartis entre différentes catégories. Ainsi, 62 déposants individuels détiennent environ Rs 358 millions, tandis que cinq institutions gouvernementales possèdent quelque Rs 906 millions. À cela s’ajoutent 52 entreprises, dont les dépôts totalisent environ Rs 650 millions.
Parmi les 62 déposants individuels résidents, neuf détiennent à eux seuls Rs 200 millions, avec des soldes allant de plus de Rs 10 millions à Rs 77 millions. Dix autres possèdent Rs 72 millions, avec des dépôts compris entre plus de Rs 5 millions et Rs 10 millions. Trente-six déposants détiennent Rs 80 millions, tandis que sept disposent chacun d’un montant ne dépassant pas Rs 300 000.
Le PM précise que les 62 déposants individuels résidents bénéficieront du Mauritius Deposit Insurance Scheme, qui prévoit une indemnisation maximale de Rs 300 000 par déposant. Concrètement, sept déposants pourront récupérer l’intégralité de leurs fonds grâce à ce mécanisme, tandis que les 55 autres ne seront que partiellement indemnisés. Le calendrier des versements dépendra toutefois des procédures prévues par la législation régissant la Mauritius Deposit Insurance Corporation Ltd.
Toute récupération supplémentaire dépendra des résultats de la liquidation. Il en sera de même pour les institutions publiques, les entreprises et les déposants non résidents, qui ne sont pas couverts par ce dispositif.
Aucune compensation supplémentaire
Sur ce point, la position du gouvernement est catégorique. Navin Ramgoolam exclut le recours aux fonds publics pour accorder une indemnisation supplémentaire aux déposants. Il fait valoir que les clients de Silver Bank bénéficiaient de taux d’intérêt relativement plus élevés que ceux proposés par les autres banques commerciales, en raison d’une prime de risque supérieure.
Compte tenu du contexte économique difficile, le PM estime qu’une compensation additionnelle financée par les contribuables ne peut être envisagée. Le recouvrement des fonds dépendra donc essentiellement des actifs que le liquidateur parviendra à réaliser.
La note du conservateur sous la loupe du PM
Autre révélation majeure : le coût de la mise sous administration conservatoire de Silver Bank.
Selon les informations communiquées par la Banque de Maurice, Arvindsingh K.Gokhool avait été nommé conservateur en février 2024. Entre février 2024 et mars 2025, Rs 39,7 millions ont été versées à l’ex-Grant Thornton (Advisory Services) Ltd, qui employait alors le conservateur.Après son départ de l’ex-Grant Thornton en mars 2025, des honoraires totalisant Rs 3,96 millions ont été versés, entre avril 2025 et mars 2026, à Vedaanta A&A Services Ltd, une société lui appartenant intégralement.
Au total, les frais de conservatorship ont atteint environ Rs 43,7 millions sur une période de 25 mois. Or, pendant cette période, le taux de recouvrement n’a été que de 2,5% du portefeuille de prêts de Rs 8,3 milliards.
Le PM s’attarde également sur les honoraires mensuels. Durant les neuf premiers mois, ils atteignaient Rs 3,5 millions. Ils ont ensuite été ramenés à Rs 2,5 millions en novembre 2024, puis à Rs 1,5 million en décembre, après l’arrivée de la nouvelle administration à la Banque de Maurice.
En février 2025, les honoraires ont encore été réduits à Rs 300 000 par mois, notamment en raison des retards importants dans la finalisation d’une proposition de vente de la banque.
Des dirigeants étrangers ont quitté Maurice
Sur le volet de l’enquête, Navin Ramgoolam indique que Silver Bank comptait quatre administrateurs et quinze managers avant sa mise sous administration conservatoire. Quatre anciens responsables, dont le Relationship Manager, l’Internal Auditor et le Credit Manager, ont été interrogés par la Financial Crimes Commission (FCC). En revanche, le Finance Manager, le Risk Manager, le président du conseil d’administration et le directeur général de l’époque n’ont pu être interrogés. Ces quatre ressortissants étrangers avaient déjà quitté Maurice, en février 2024, après la mise sous administration conservatoire de la banque.
Le PM rappelle que ce n’est qu’en janvier 2025, après le changement de gouvernement, que le conservateur a fait une déposition à la police concernant ce qui semblait être un complot visant à frauder la banque au profit de Ginni Gupta ou de sociétés lui appartenant, liées à elle ou à Prateek Gupta. Selon le chef du gouvernement, les événements survenus à Silver Bank ne relèvent pas uniquement d’une mauvaise gestion, mais également de pratiques abusives graves qu’il impute à l’ancien régime.
Deux arrestations et 54 dépositions
L’enquête de la FCC se poursuit. Selon les informations fournies par le PM, 54 dépositions ont été recueillies auprès de témoins et de suspects. Deux suspects ont également été arrêtés pour conspiracy to commit money laundering, une infraction à la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act de 2002.
Plusieurs démarches ont été engagées pour examiner les ramifications de cette affaire, tant à Maurice qu’à l’étranger. Navin Ramgoolam écarte toutefois la possibilité d’instituer une enquête publique, estimant que les investigations déjà engagées rendent cette démarche inutile.
La liquidation désormais engagée
La Banque de Maurice avait prolongé à plusieurs reprises la période de conservatorship afin de permettre à un investisseur potentiel de compléter sa demande de reprise de Silver Bank. Cependant, celui-ci n’a pas fourni toutes les informations exigées, conduisant la Banque centrale à mettre fin à cette procédure. Un liquidateur a été nommé le 30 mars 2026, conformément à l’article 75 de la Banking Act. La procédure de liquidation obligatoire est désormais engagée. Elle comprend notamment l’inventaire des actifs, la vérification des soldes des déposants et des emprunteurs, l’évaluation des actifs récupérables et l’examen de la validité des réclamations.
Des poursuites civiles contre d’anciens responsables de la banque pourraient également être engagées, tandis que des recommandations de poursuites pénales pourront être adressées au Directeur des poursuites publiques. Les sommes éventuellement récupérées seront distribuées selon l’ordre de priorité prévu à l’article 86 de la Banking Act.
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