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Questions à…
Anaïs Angeline : «C’est dans les moments difficiles qu’on doit se rappeler ce qui nous unit»
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Anaïs Angeline : «C’est dans les moments difficiles qu’on doit se rappeler ce qui nous unit»
Anaïs Angeline, sportive handisport internationale en saut en longueur.
Sportive internationale en handisport dans la discipline du saut en longueur, Anaïs Angeline a été vice-championne du monde 2024-2025. Quatrième aux Championnats du monde de 2026 à Glasgow, en Écosse, elle reste motivée et confiante. La tête sur les épaules, elle pose ses crampons, le temps d’un aparté pour parler de sa vie de jeune femme et elle nous partage son regard sur la jeunesse mauricienne.
■ Qui est Anaïs au-delà de la figure publique du handisport ?
Une personne simple, ambitieuse, passionnée et un peu timide. J’aime bien rire, partager, apprendre de nouvelles choses et passer du temps avec mes proches. Et j’ai encore beaucoup de rêves à réaliser. Je suis une personne qui essaie chaque jour de devenir une meilleure version de moi-même, aussi bien sur la piste que dans la vie.
■ Comment est venue cette passion pour le sport, surtout le saut en longueur ?
Je ne pratiquais aucun sport jusqu’à l’âge de 13 ans. Tout a commencé en 2012 lorsqu’une prof au collège nous a parlé, à quelques amies et moi, d’une compétition, les Jeux de l’espoir à l’époque. C’est de là que j’ai commencé à m’entraîner avec les personnes valides et deux ans après, en 2014, j’ai connu le handisport, où j’ai commencé avec le sprint (100m-200m). Ce n’est qu’en septembre 2019 que j’ai officiellement débuté avec le saut en longueur avec mon papa, ancien athlète de cette discipline et de triple saut, où un essai est aujourd’hui devenu une passion.
■ La vice-championne du monde 2024-2025 en saut en longueur a-t-elle une autre passion dans sa vie que l’athlétisme ?
Oui, absolument. Je suis étudiante dans le domaine du sport et du coaching. Donc, même en dehors de mes entraînements, je reste proche de cet univers et je souhaite en faire ma future carrière. Mis à part le sport, j’aime aussi les activités créatives, notamment la broderie sur toile. C’est une activité qui demande beaucoup de patience, selon la difficulté du travail. J’aime aussi les randonnées et les sorties avec mes proches pour me détendre. Je viens tout juste de me lancer dans un nouveau projet : la conception de tableaux sous forme d’outline, cousus sur du canevas.
■ Si vous n’étiez pas athlète, que seriez-vous dans la vie professionnelle ?
Petite, je rêvais d’être enseignante. En grandissant, j’ai toujours le même rêve, mais maintenant comme prof d’éducation physique. D’où me vient mon ambition pour mes études.
■ Frôler le podium en 2026 à Glasgow, comment l’avez-vous vécu ?
C’était un mélange de fierté, de frustration et de motivation. Chaque athlète a un rêve : être sur le podium. Alors, être si proche et ne pas y parvenir laisse forcément un petit goût amer. Mais aussi un sentiment de fierté parce que j’ai concouru contre des T 38, un niveau au-dessus de mon handicap. Nous n’étions que deux T 37 contre sept T 38.
Je pense que cela a été la compétition la plus difficile de mon parcours : être à la troisième place pendant presque toute l’épreuve et ce n’est qu’au dernier saut que j’ai été classée quatrième. Je me suis dit que si j’avais bien placé mon pied sur la planche, j’aurais fait un meilleur saut et j’aurais pu garder ma troisième place. Mais après cette compétition, je garde toujours cette motivation et je veux corriger les erreurs pour les prochaines compétitions de la prochaine saison.
■ Votre handicap a-t-il été un obstacle dans votre vie ?
Avant de commencer le sport, j’étais complexée. Le véritable obstacle était le regard des gens en chemin. Aujourd’hui, le sport m’a appris à dépasser tout cela et à me concentrer sur ce que je suis capable de faire. Avec la musculation et le changement physique, mon handicap est devenu ma force.
■ Quel regard une jeune femme de 27 ans porte-t-elle sur son pays après les émeutes ?
Je comprends que la vie est devenue difficile. Le peuple et les jeunes ont besoin de s’exprimer, mais la façon dont cela a été fait n’était pas la meilleure façon de résoudre la situation. Détruire le gagne-pain des petits commerçants et autres qui n’ont rien demandé, brûler des véhicules et causer d’autres dégâts, et c’est la population qui devra payer pour ça, je trouve cela inconcevable. Je souhaite voir une jeunesse qui puisse s’exprimer et être entendue, mais de manière exemplaire. C’est dans les moments difficiles qu’on doit se rappeler ce qui nous unit.
■ En tant qu’habitante de Plaisance, Rose-Hill, avez-vous déjà ressenti l’étiquette «zanfan site» sur votre dos ?
Ça fait 12 ans que j’habite à Plaisance. Et à chaque fois que je dis où j’habite, je n’ai jamais eu cette étiquette de zanfan site. Pour ma part, je pense qu’il faut arrêter avec ce stéréotype : quand tu habites dans une cité, c’est que tu es une mauvaise personne ou que tu n’auras pas d’avenir, alors que chaque personne a son potentiel. Beaucoup de personnes qui vivent dans ces endroits ont fait la fierté de Maurice, que ce soit dans l’art, la musique, le sport ou les études. Tu peux venir de n’importe où, mais avoir de grands rêves et travailler pour les réaliser.
■ Quel message avez-vous pour cette nouvelle génération dont vous faites partie ?
De toujours croire en elle. Croyez en vos rêves. Après chaque réussite, restez toujours humbles ; l’humilité est une grande chose. Il y aura des obstacles, mais ils ne sont pas là pour vous arrêter. Parfois, ils sont là pour vous montrer de quoi vous êtes réellement capables. Transformez vos blessures en force, vos échecs en leçons et vos doutes en détermination.
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