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Écoutes téléphoniques
Pravind Jugnauth a répondu «à sa façon, mais n’a pas gardé le silence»
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Écoutes téléphoniques
Pravind Jugnauth a répondu «à sa façon, mais n’a pas gardé le silence»
■ Pravind Jugnauth et son équipe légale, au CCID, le 20 octobre.
Alors que la Mauritius Police Force affirme que l’ancien Premier ministre a continué à exercer son droit au silence, Mᵉ Raouf Gulbul soutient que son client a répondu à 37 questions au cours des quatre heures que Pravind Jugnauth a passées aux Casernes centrales. Convoqué pour la quatrième fois au Central Crime Investigation Department (CCID), l’ancien Premier ministre conteste le contenu du communiqué policier et annonce que les divergences seront portées devant la justice.
Quatre heures d’interrogatoire, 37 questions évoquées par la défense et deux versions qui s’opposent. L’audition de Pravind Jugnauth, le 20 octobre, dans le cadre de l’enquête sur l’acquisition et l’utilisation présumées d’équipements d’interception et de surveillance des communications, a ouvert un nouveau front : celui de l’interprétation de ses réponses aux enquêteurs.
Dans un communiqué publié le même jour, la Mauritius Police Force (MPF) affirme que l’ancien Premier ministre a été interrogé under warning sur les circonstances entourant l’acquisition et l’utilisation de systèmes destinés à l’interception illégale, à la surveillance et au contrôle massif des communications durant son mandat à la tête du gouvernement.
Selon la police, plusieurs documents lui ont été présentés au cours de l’interrogatoire, certains d’entre eux portant sa signa- ture ainsi que des photographies des équipements concernés. La MPF précise que Pravind Jugnauth et son équipe légale ont reçu suffisamment d’informations pour comprendre les éléments sur lesquels portait l’interrogatoire et qu’il a eu la possibilité de fournir des explications. Elle affirme néanmoins qu’il a continué à exercer son droit au silence.
Version policière contestée
Une lecture que conteste Mᵉ Raouf Gulbul, l’avocat de Pravind Jugnauth. «Mon client a répondu aux questions à sa façon, mais il n’a pas gardé le silence», soutient-il. Il s’interroge sur la portée du communiqué de la police, alors que l’interrogatoire a duré quatre heures. Pour lui, la durée de l’exercice s’explique précisément par les réponses apportées aux enquêteurs, et non par un refus systématique de répondre.
Mᵉ Gulbul rappelle également que le droit au silence constitue un droit individuel et estime qu’il ne devrait pas faire l’objet de commentaires défavorables. Il affirme toutefois ne pas pouvoir divulguer le contenu de l’interrogatoire, invoquant les restrictions liées à l’article 24 de la Cybercrime and Cybersecurity Act. Il ajoute que la police peut ne pas être satisfaite des réponses obtenues, sans que cela signifie pour autant que son client a refusé de répondre.
L’avocat déplore, par ailleurs, ce qu’il considère comme une succession de communiqués alimentant la controverse autour de son client. Il insiste sur le droit du public à être informé, tout en soulignant les limites auxquelles la défense est tenue.
Pravind Jugnauth invoque «des faussetés»
De son côté, Pravind Jugnauth rejette lui aussi la présentation faite par la police. Dans une déclaration rendue publique hier matin, il affirme ne pas vouloir engager de polémique avec la MPF ni ouvrir un débat juridique par voie de communiqué. «Les faussetés contenues dans le communiqué du 20 octobre 2026 seront contredites en cour de justice sur les conseils de mes avocats», déclare-t-il. Il reproche «un manque de professionnalisme» au Police Press Office et estime que ces communications successives risquent d’induire la population en erreur. Il appelle la presse à faire preuve de discernement face à ce qu’il qualifie de «fausse propagande».
Selon les Casernes centrales, au-delà de cette confrontation publique, l’enquête doit suivre son cours. Selon la procédure policière, les enquêteurs peuvent poursuivre les auditions et recueillir des éléments supplémentaires aussi longtemps qu’ils l’estiment nécessaire. Le dossier peut ensuite être transmis au Directeur des poursuites publiques (DPP) qui évaluera les éléments disponibles afin de déterminer si des poursuites sont justifiées. Si le dossier est incomplet, le DPP peut demander des investigations complémentaires à la police avant de prendre une décision.
À ce stade, les deux versions portent donc sur un point précis : la nature des réponses fournies par Pravind Jugnauth pendant son interrogatoire. Pour la police, l’ancien PM a continué à exercer son droit au silence alors que pour son avocat, il a répondu aux questions qui lui ont été posées «à sa manière». La suite de l’enquête et les éléments consignés dans le dossier permettront de préciser les circonstances de cette audition, sans préjuger des conclusions judiciaires éventuelles.
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