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Pesticides
Notre combat continue
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Pesticides
Notre combat continue
Le combat des résidus de pesticides dans nos fruits et légumes ne doit jamais quitter l’agenda public. Parce qu’il touche à l’essentiel : ce que nous mangeons, ce que nous donnons à nos enfants et ce que nous faisons, collectivement, pour préserver notre santé. À l’express, cette bataille ne date pas d’hier. Elle est devenue, au fil des années, un engagement éditorial et citoyen.
En janvier 2016, nos enquêtes avaient encore une fois tiré la sonnette d’alarme. Marie-Annick Savripène, Lindsay Prosper et Philippe Forget avaient consacré des moyens et du temps à faire analyser des échantillons de produits locaux et importés. Les résultats étaient préoccupants : environ 20 % des échantillons analysés présentaient des résidus dépassant les limites maximales européennes. Le débat avait alors contribué à remettre la question des pesticides au cœur des préoccupations publiques et à accélérer la réflexion législative. En 2018, la Use of Pesticides Act était adoptée. Mais une loi votée n’est pas une bataille gagnée.
Dix ans plus tard, les chiffres nous rappellent pourquoi il faut persévérer. Le dernier rapport de juin du Pesticides Regulatory Office (PRO) porte sur 44 échantillons prélevés à travers l’île. Vingt contiennent des substances signalées comme non recommandées pour les cultures concernées. Plusieurs dépassements des limites maximales de résidus sont également relevés. À Triolet, un échantillon de piment présente une concentration de chlorothalonil 317,5 fois supérieure à la limite autorisée. D’autres dépassements concernent notamment des piments, du lalo, des courgettes, des ananas et du chou.
Il faut être précis : la présence d’une substance non recommandée pour une culture et le dépassement d’une limite maximale de résidus ne sont pas des situations identiques. Mais toutes deux appellent des explications, des contrôles rigoureux et des mesures adaptées. Un dépassement aussi spectaculaire que celui observé à Triolet ne saurait être noyé dans des statistiques générales ou traité comme une simple anomalie administrative.
Hier encore, mercredi 21 octobre, le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, a appelé les planteurs à utiliser les pesticides avec prudence et les importateurs à respecter les normes sanitaires et phytosanitaires. Cette prise de position est bienvenue. Mais les appels à la vigilance ne suffisent plus. Le pays dispose d’une loi depuis 2018 et d’un dispositif de surveillance. Il faut désormais démontrer que ces instruments produisent les résultats attendus.
Le ministère annonce des prélèvements hebdomadaires, des analyses en laboratoire, des avis d’amélioration adressés aux producteurs concernés et des actions de sensibilisation. Quatre règlements sont également en préparation, notamment sur les limites maximales de résidus, les procédures d’échantillonnage, l’utilisation des pesticides et la formation des utilisateurs. Pourquoi ces textes attendent-ils encore d’être finalisés ? Leur adoption et leur mise en œuvre doivent devenir une priorité. La santé publique ne peut rester suspendue aux lenteurs administratives.
Le planteur n’est pas nécessairement le maillon faible par mauvaise volonté. Il travaille sous la pression des coûts, des ravageurs et des exigences de rendement. Il doit être accompagné, formé et encouragé à adopter des pratiques moins dépendantes des produits chimiques. Mais cet accompagnement doit aller de pair avec des contrôles crédibles et des sanctions lorsque les règles sont délibérément enfreintes. Les consommateurs, eux, ont droit à une information accessible, à une traçabilité fiable et à la publication régulière des résultats.
La question du cancer mérite, elle aussi, d’être abordée sans alarmisme ni complaisance. Les effets sanitaires des pesticides varient selon les substances, les doses et les conditions d’exposition. Certaines molécules sont associées à des risques chroniques, notamment cancérogènes. Maurice doit donc investir dans la recherche épidémiologique afin de mieux documenter les expositions et leurs éventuelles conséquences. L’absence de données locales concluantes ne saurait justifier l’immobilisme ; elle rend la prévention et la recherche d’autant plus nécessaires.
Notre engagement n’a jamais consisté à condamner indistinctement les agriculteurs ou à semer la peur. Il s’agit de défendre une agriculture plus responsable, des contrôles plus transparents et une alimentation plus sûre. Moins d’exposition évitable aux substances dangereuses, davantage de prévention et une meilleure connaissance des risques : voilà le cap.
Depuis 2016, votre journal revient sur ce dossier parce que les enjeux dépassent un rapport, une conférence de presse ou un cycle politique. Nous continuerons à interroger les chiffres, à suivre les engagements et à demander des comptes. Pour des légumes plus sains, pour une agriculture durable et pour une politique de santé publique qui prenne la prévention au sérieux. Manger ne devrait jamais être un pari sur sa santé. Et protéger ce que nous mettons dans l’assiette de nos enfants doit être une responsabilité nationale, pas une campagne ponctuelle.
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