Publicité

Après les troubles sociaux

Le tourisme est sur ses gardes

21 octobre 2026, 17:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Le tourisme est sur ses gardes

Les professionnels du tourisme ne signalent pas d’annulations généralisées après les récents troubles sociaux, mais restent attentifs à leurs éventuelles répercussions sur les réservations et l’image de Maurice.

Alors que les professionnels du tourisme ne signalent pas d’annulations généralisées après les récents troubles sociaux, plusieurs points de vigilance se dessinent pour le secteur. La perception de la destination à l’étranger, les éventuelles répercussions sur les réservations et les préparatifs du US-Africa Business Summit, prévu en décembre, appellent une attention particulière, notamment en matière de communication, de sécurité et d’approvisionnement en eau.

Christian Lefèvre, directeur de Coquille Bonheur et président de Friends in Tourism (FIT), indique que les tour-opérateurs continuent de solliciter des informations sur la situation à Maurice. «Nous recevons toujours des appels et des messages de touropérateurs en quête de réassurance, mais nous ne constatons pas d’annulation à ce stade», précise-t-il. Certains visiteurs ont toutefois écourté leur séjour la semaine dernière, pris au dépourvu par les incidents.

S’il estime que les troubles sont restés localisés, Christian Lefèvre craint que les images diffusées à l’étranger aient donné l’impression que l’ensemble du pays était paralysé :«Je pense que l’image de la destination a pris un coup. La question est maintenant de savoir quelles mesures nous allons prendre pour préserver la confiance que nous avions.». Il plaide pour une communication cohérente entre les institutions et appelle le ministère des Affaires étrangères à engager le dialogue avec les représentations diplomatiques. Le World Travel Market, prévu au début du mois prochain, offrira l’opportunité de rassurer les professionnels du secteur. De son côté, Jean-Éric Duluc, président de la Fédération internationale du tourisme, indique ne pas avoir constaté de large diffusion des images des troubles en France et, «pour l’instant, ça n’a pas altéré les réservations», affirme-t-il.

Les répercussions des récents événements sur les réservations aériennes et hôtelières restent difficiles à évaluer, estime Sen Ramsamy (en médaillon), Managing Director de Tourism Business Intelligence. À ce stade, le travel advisory émis par le Royaume-Uni n’a entraîné aucune annulation, ni sur ce marché ni sur les autres marchés émetteurs de touristes. Une évolution de la situation reste toutefois possible si les manifestations et les violences se poursuivent en Europe ou s’étendent à d’autres régions. «Les voyageurs pourraient alors reporter leurs projets jusqu’au retour au calme», estime-t-il.

Les voyageurs indépendants, qui réservent souvent à la dernière minute, pourraient être les premiers concernés par d’éventuelles annulations, de même que ceux qui privilégient les hébergements et les excursions proposés par le secteur informel. Les effets pourraient également se faire sentir sur place. «Certains visiteurs pourraient limiter leurs sorties, notamment en soirée», avance-t-il, en référence aux craintes suscitées par les événements de la semaine dernière, alors qu’un couvre-feu était en vigueur dans certaines régions de l’île.

Les difficultés d’approvisionnement en eau constituent un autre point de vigilance à l’approche de la haute saison touristique. «En l’absence de pluies suffisantes, un plan de contingence devrait être préparé pour éviter de nouvelles tensions, y compris dans les hôtels», prévient-il.

Le sommet de décembre, un défi logistique

Cette préparation prend une importance particulière à l’approche du US-Africa Business Summit, que Maurice doit accueillir dans environ cinq semaines. Ayant contribué à l’organisation de ce sommet pour le Botswana en 2023, Sen Ramsamy insiste sur la coordination nécessaire entre les différents acteurs. «Il faut que tout soit coordonné, de l’accueil des délégués à l’aéroport à leurs transferts, leur hébergement et leurs déplacements quotidiens vers le centre de conférence Swami Vivekananda, à Pailles», explique-t-il. La gestion de la circulation sera importante, pour limiter les retards surtout aux heures de pointe.

Le calendrier ajoute une difficulté supplémentaire. En décembre, Maurice sera en haute saison touristique, avec une forte occupation attendue dans les hôtels, une fréquentation accrue de l’aéroport et une circulation plus dense sur les routes. «La sécurité, la ponctualité et la qualité de l’organisation seront déterminantes, d’autant que le sommet sera couvert par les médias internationaux, en direct et en différé», souligne-t-il. Le choix de Maurice repose notamment sur l’image de la destination, sa stabilité politique et sociale ainsi que la qualité de ses infrastructures. Ces facteurs seront observés par les investisseurs internationaux. À ses yeux, le sommet pourrait ouvrir des perspectives dans plusieurs domaines, dont l’économie, la finance, le commerce, le tourisme et la technologie.

Pour favoriser la découverte de la destination, le responsable recommande également de proposer aux délégués des expériences gastronomiques et des animations culturelles, musicales et artistiques. «Il faut leur donner l’occasion de découvrir les talents mauriciens», préconise-t-il.

****** 

Questions à... Richard Duval, ministre du Tourisme : «La priorité désormais est de rassurer nos marchés»

QUESTIONS A RICHARD DUVAL

Les récents incidents ont-ils eu un impact sur l’image de notre destination ?

Les opérateurs avec lesquels j’ai été en contact, à Maurice comme à l’étranger, confirment qu’aucune annulation n’a été enregistrée. Les touristes continuent de venir. L’impact des récents incidents sur l’image du pays est donc resté très limité, heureusement.

Qu’est-ce qui explique que nous ayons été épargnés ?

D’abord, les touristes n’étaient pas visés et aucun d’entre eux n’a été blessé. Ensuite, Maurice bénéficie, tant auprès de la population locale que des marchés étrangers, d’une réputation de destination paisible, accueillante et sûre. La réaction des autorités a également compté, avec des décisions prises au moment opportun. Par ailleurs, les opérations à l’aéroport se sont poursuivies normalement. De notre côté, la Tourism Authority, la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) et moi-même avons maintenu des contacts réguliers avec nos partenaires et les opérateurs, principalement à Maurice, mais aussi sur nos principaux marchés. Ces échanges visaient à les rassurer, ainsi que les visiteurs présents dans l’île.

Quelle est la priorité désormais ?

Rassurer nos marchés. Nous devons tout faire pour montrer que ces images ne reflètent pas l’ensemble de la destination Maurice. Il faut également veiller à ce que de tels incidents ne se reproduisent pas. Le gouvernement travaille déjà en ce sens, comme vous avez pu l’entendre au Parlement hier.

Publicité