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Poursuite sous la loi anti-terroriste : attention à la perception véhiculée

21 octobre 2026, 08:00

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La vague de violences qui a ébranlé le pays en ce mois d’octobre appelle à une introspection. Elle trouve très certainement son origine dans des causes sociétales profondes et à une quasi-rupture de la communication entre le gouvernement et la population.

C’est un fait : les mesures d’austérité fiscale de ces 16 derniers mois ont entraîné une paupérisation de tout un pan de la société mauricienne. Dans les régions défavorisées, notamment les cités ouvrières, l’effet conjugué de la cascade d’augmentation des prix des produits de consommation courante et de la suppression graduelle de certains transferts sociaux calculés à Rs 15 milliards a été ravageur. Si bien que beaucoup de ces quartiers difficiles sont devenus des ghettos. Ce terreau a été propice pour les trafiquants de drogue de tout poil et leur sale commerce.

Mobilisant toute son énergie à essayer de stabiliser les finances publiques dans une conjoncture rendue plus complexe par la guerre au Moyen-Orient, le gouvernement a graduellement pris ses distances des préoccupations citoyennes, se gardant de préparer psychologiquement la population à des décisions de politique publique impactant directement son pouvoir d’achat. On en a eu la démonstration avec le second volet de la réforme des pensions. La défaillance dans sa communication a coûté cher au gouvernement qui, sous la pression populaire, avait dû, en l’espace de quelques semaines, revoir à plusieurs reprises sa copie. Si bien qu’aujourd’hui, l’on se retrouve avec une réforme amorphe et expurgée de sa substance. Quant à la loi de finances, elle a été adoptée sur la base d’estimations budgétaires rendues caduques.

Dès lors, le feu couvait sous les cendres. La moindre étincelle pouvait tout faire embraser. La crise de l’eau et l’affaire Elodie Thomas ont précipité les événements. La suite, on la connaît : le pays a été la proie de violences, poussant les autorités à imposer un couvre-feu qui s’est prolongé sur 6 jours afin d’endiguer le risque sécuritaire. On peut établir un parallèle avec les émeutes qui ont éclaté dans l’Hexagone où le mouvement massif contre la vie chère et la dégradation des services publics prend des proportions inquiétantes, avec pas moins de 1 500 commerces vandalisés à ce jour.

À Maurice, le couvre-feu vient d’être levé. Mais il ne faut pas pour autant mésestimer les événements de ce mois d’octobre. Aucun faux pas n’est désormais permis de la part du gouvernement. La destruction de 17 450 tonnes de plantations de canne à sucre et de 162 caméras Safe City, la dégradation de 8 postes de police et le vandalisme de nombreux commerces, entre autres dégâts matériels, sont des constats alarmants. Sur la base d’informations fournies par deux personnalités publiques mêlées il n’y a pas si longtemps à des affaires de trafic de drogue, le gouvernement a été un peu trop prompt à attribuer les actes de violence au seul fait des trafiquants de drogue. Pourtant, malgré les 151 arrestations effectuées jusqu’ici, la police n’a pas été capable de remonter à aucun de ces trafiquants de drogue commanditaires.

L’empressement des autorités à évoquer des poursuites sous le Prevention of Terrorism Act (POTA) n’est, par ailleurs, pas le meilleur signal qu’on est en train d’envoyer à l’adresse des investisseurs étrangers qui sont intéressés par la perspective de faire des affaires à Maurice. Adopté en 2002 dans le sillage des attentats du 11 septembre, le POTA avait provoqué la polémique. L’on se souviendra que l’ancien président de la République, Cassam Uteem, avait à l’époque refusé de donner son assentiment au texte de loi sur la base qu’il était liberticide et accordait trop de pouvoir au commissaire de police.

Le fait que deux émeutiers font déjà l’objet de poursuites sous le POTA donne la perception que le risque terroriste est réel dans notre pays. Cela est susceptible de rendre encore plus frileux les potentiels investisseurs qui, loin de se contenter des pitchs promotionnels de l’Economic Development Board, vont surtout se tourner vers les rapports de cabinets d’analystes pour mieux jauger le risque sécuritaire et le risque politique du pays avant de prendre leur décision. Chez certains assureurs, c’est également la panique. Car le risque terroriste n’est plus assuré par les réassureurs depuis les attentats du 11 septembre. Certainement, il est du devoir du gouvernement d’exercer ses fonctions régaliennes. Mais il ne faut pas pour autant confondre vitesse et précipitation.

Dans cette même veine, le projet d’amender le Children’s Act pour ramener l’âge pénal de 14 à 12 ans fait sourciller dans la mesure où Maurice est signataire de la Convention relative aux droits de l’enfant. L’article 3 de ladite convention stipule clairement qu’un enfant ne peut être rendu pénalement responsable en dessous de 14 ans. Espérons que le bons sens va prévaloir au sein du Select Committee qui sera chargé d’étudier ce projet controversé.

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