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Roukaya Kasenally : la désinformation, un danger en temps de crise
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Roukaya Kasenally : la désinformation, un danger en temps de crise
Des rumeurs colportées de bouche à oreille en 1999 aux vidéos virales de 2026, l’écosystème médiatique mauricien a profondément changé. Pour Roukaya Kasenally (photo), professeure de médias et de systèmes politiques à l’université de Maurice, la désinformation représente un risque majeur pour la cohésion sociale.
En 1999, les radios privées n’existaient pas et la MBC détenait le monopole audiovisuel. Roukaya Kasenally décrit aujourd’hui une surcharge informationnelle : des contenus diffusés instantanément, largement partagés et trop souvent fondés sur des faits non vérifiés ou fabriqués. «La désinformation est désormais une caractéristique de nombreuses sociétés, mais elle devient particulièrement dangereuse lors de moments sensibles, comme les élections, les troubles sociaux ou les opérations de répression.»
Le pari du «slow journalism»
Face aux directs sur Facebook ou TikTok, les médias traditionnels gardent un rôle central. «On attend désormais d’eux qu’ils soient les porte-drapeaux d’une information crédible, vérifiée et fiable.» La chercheuse défend le slow journalism, qui privilégie la vérification et la mise en perspective : «Il faut revenir aux fondamentaux : vérifier les sources, déterminer si une image, un message vocal ou une affirmation est authentique ou fabriqué, et prendre le temps de contextualiser les événements au lieu de se précipiter pour publier.» Selon les données d’Afrobarometer qu’elle cite, la radio et la télévision restent d’ailleurs les principales sources d’information des Mauriciens.
Les contenus citoyens ont aussi permis de documenter des abus, comme lors du Printemps arabe. «Le défi n’est donc pas de rejeter les contenus produits par les citoyens, mais d’encourager un journalisme citoyen plus responsable», insiste-t-elle. «Les personnes qui publient sur les réseaux sociaux ne sont, pour la plupart, pas des journalistes formés et ne connaissent pas toujours les principes fondamentaux de la collecte d’informations.» D’où l’importance de l’éducation aux médias.
Le KM, angle mort de la modération
Pour un petit État insulaire dont l’économie repose sur sa réputation de destination sûre et de place financière stable, les enjeux sont lourds. Or, les plateformes peinent à modérer les contenus en Kreol Morisien (KM). «Les outils automatisés ont encore du mal à comprendre les langues locales, les nuances culturelles, l’ironie, les discours haineux codés et le contexte politique», relève Roukaya Kasenally. «Maurice est souvent considérée comme un petit marché, ce qui rend plus difficile l’obtention d’investissements suffisants dans la modération des contenus.» Elle plaide pour des modérateurs humains maîtrisant le KM, en complément de l’intelligence artificielle.
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