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Tourisme

Pas encore d’annulations, mais déjà des sorties en moins

19 octobre 2026, 14:00

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Pas encore d’annulations, mais déjà des sorties en moins

■ Des touristes présents à Maurice cette semaine ont parfois préféré rester dans leur hôtel ou limiter leurs déplacements, entraînant une baisse d’activité chez certains opérateurs touristiques, notamment dans le secteur de la plaisance.

Les premières conséquences des troubles sur le tourisme ne se mesurent pas forcément dans les annulations de vols ou de séjours. Elles peuvent être beaucoup plus discrètes : excursions reportées, sorties annulées, restaurants désertés, taxis moins sollicités et touristes qui préfèrent rester dans leur hôtel. Les autorités s’efforcent de rassurer les visiteurs, mais la crainte d’un impact économique n’est pas à écarter.

Ils étaient venus chercher le soleil, les plages et les eaux turquoise de Maurice. Mais cette semaine, certains touristes ont découvert une autre facette de l’île. Pas nécessairement celle de la panique, mais celle d’un pays traversé par des tensions qui ont parfois suffi à modifier leurs programmes.

Le témoignage d’un touriste polonais, relayé par des médias étrangers, en est une illustration. En excursion le mardi 13 octobre, il raconte avoir vu son activité interrompue en raison de la situation. Il décrit «beaucoup d’émotions», sans pour autant parler d’un mouvement de panique parmi les visiteurs. Selon lui, le personnel et les professionnels mauriciens étaient surtout préoccupés par leur propre sécurité.

D’autres touristes racontent avoir reçu une lettre de leur hôtel les informant de la situation et leur recommandant de ne pas sortir jusqu’à nouvel ordre. La grève générale affectait certains services et les activités extérieures pouvaient être perturbées. Pour des visiteurs arrivés au début du mois, la réalité a parfois été différente.

Certains disent n’avoir véritablement pris conscience de la situation qu’en sortant de leur établissement et en découvrant les traces laissées par les manifestations. Certains ont néanmoins poursuivi leur séjour, notamment dans le Sud, et affirment avoir croisé «beaucoup» d’autres touristes.

Une activité qui tourne au ralenti

Sur le terrain, cependant, les professionnels du tourisme ont ressenti les effets de cette semaine de tensions. Président des Plaisanciers de Maurice, Prem Beerbaul estime qu’environ 80 % des touristes ont été inquiets ou ont préféré limiter leurs déplacements.

«Beaucoup ont préféré ne pas sortir», explique-t-il. D’autres ont privilégié le taxi plutôt que de prendre eux-mêmes le volant. Dans le secteur nautique, la baisse d’activité s’est également fait sentir. Certains visiteurs se sont contentés d’une courte balade dans le lagon, à proximité de leur hôtel. Mais ceux qui devaient parcourir une longue distance pour rejoindre les opérateurs de plaisance ont été moins nombreux.

Cette situation illustre une difficulté particulière pour la destination : un touriste peut être physiquement présent à Maurice sans pour autant faire fonctionner toute la chaîne économique du tourisme. Moins d’excursions, moins de déplacements, moins de restaurants ou de commerces visités : l’impact peut ainsi se faire sentir bien avant une éventuelle vague d’annulations.

Autre préoccupation pour les plaisanciers : les difficultés rencontrées autour de l’approvisionnement en carburant dans les jerricans. Prem Beerbaul rappelle que la vente d’essence dans ce type de contenant est encadrée par la loi. Mais, dans le contexte actuel, cette situation ajoute une pression supplémentaire sur les opérateurs.

Pas encore de vague d’annulations

Du côté de l’hôtellerie, la prudence reste toutefois de mise. Bissoon Mungroo, président de l’Association des hôtels de charme, estime qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. Des touropérateurs et agences de voyages ont sollicité les professionnels locaux afin d’obtenir des informations précises sur la situation. «Nous n’avons pas encore atteint la position de décommandement», explique-t-il, évoquant surtout des demandes de renseignements et de réassurance.

Le secteur veut également replacer les événements mauriciens dans un contexte plus large. Des scènes de violence ont aussi été observées ces derniers jours dans d’autres destinations, notamment en France, en Inde ou à La Réunion.

Pour autant, l’inquiétude existe. Et elle est d’autant plus forte que la haute saison touristique approche. Selon Bissoon Mungroo, les hôtels affichent actuellement des taux de remplissage élevés, alors que les mois de novembre et décembre constituent le véritable pic de la saison.

Le ministre du Tourisme, Richard Duval, veut précisément éviter que les événements de cette semaine ne ternissent l’image de la destination. Il assure que les autorités suivent la situation de près et que les mesures nécessaires ont été prises.

Son message se veut clair : Maurice demeure «une destination sûre et accueillante». Il s’adresse autant aux visiteurs déjà présents qu’à ceux qui envisagent de venir, mais aussi aux partenaires et tour-opérateurs à l’étranger. Car dans le tourisme, l’image compte presque autant que les chiffres. Une annulation peut se mesurer immédiatement. Une sortie qui n’a pas lieu, un bateau qui reste à quai ou un taxi qui ne roule pas sont plus difficiles à comptabiliser. Mais leur accumulation peut, elle aussi, finir par peser.

Pour l’heure, le secteur veut croire à un retour rapide à la normale. Avec une question désormais en suspens : les troubles de cette semaine resterontils un épisode ponctuel ou laisserontils des traces sur la saison touristique qui s’apprête à démarrer ?

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