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Tensions à travers le pays
La parole à une jeunesse en colère
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Tensions à travers le pays
La parole à une jeunesse en colère
Troubles, commerces touchés, examens perturbés : Maurice traverse une période de fortes tensions, ravivées par l’affaire Élodie Thomas, dont l’enquête suit son cours. Derrière ces événements, beaucoup évoquent un malaise plus ancien : coût de la vie, crise de l’eau, manque de perspectives et défiance envers les institutions. Éducateurs, étudiants et responsables associatifs ou politiques de la jeunesse livrent leurs analyses. Tous comprennent la colère, mais beaucoup rejettent la violence et appellent à l’unité.
⚫ Rakesh Ghurburrun, éducateur en agriculture : «Canaliser la colère vers du concret»

«Ce qui se passe à Maurice n’est pas un cas isolé. Du Kenya au Sri Lanka, en passant par l’Amérique latine et l’Europe, des jeunes dénoncent l’inflation, la précarité du logement et la perte de confiance dans leurs institutions. L’affaire Élodie Thomas a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Chez nous, les salaires restent déconnectés du coût de la vie, et acheter un logement ou créer une entreprise passe par l’endettement. Certains couples renoncent même à avoir des enfants. À mes yeux, le népotisme freine aussi l’embauche des diplômés. Mais casser ou piller n’a jamais été la solution : les examens du SC et du HSC ont été perturbés, une injustice pour des élèves qui ont travaillé pendant sept ans. Misons sur l’unité, le mérite, des emplois décents et des secteurs vitaux comme l’agriculture durable.»
⚫ Emilie Soogund, présidente des Jeunes Démocrates : «Un avenir qui semble compromis»

«Les jeunes se révoltent parce qu’ils ont le sentiment que leur avenir est compromis. Étudier, travailler dur et respecter les règles ne garantit plus une vie décente. Les prix de l’immobilier et de l’alimentation flambent, et beaucoup se demandent s’ils pourront un jour acheter une maison ou fonder une famille. L’éducation prépare par ailleurs insuffisamment à la vie adulte : gestion financière, citoyenneté et insertion professionnelle. Le fléau de la drogue touche toutes les couches de la société. La répression seule a montré ses limites: il faut miser sur la prévention, la réduction des risques, l’accès aux soins et la réhabilitation, tout en combattant les réseaux de trafic. Pour changer la donne, rendons le logement et l’alimentation accessibles, réformons l’éducation, protégeons les plus vulnérables et créons de véritables espaces de participation citoyenne. Les jeunes ne réclament pas des privilèges, mais la possibilité de construire un avenir digne.»
⚫ Dharesh Ippili Appiah : «Une bombe à retardement sociale»

«Les récents événements ont révélé un malaise qui s’accumule depuis des années. Les problèmes d’approvisionnement en eau, le coût des carburants et la hausse des prix des produits de première nécessité pèsent lourdement sur les ménages. S’y ajoutent les attentes d’une jeunesse qui veut des perspectives et une meilleure écoute. Il faut toutefois reconnaître que les motivations des personnes impliquées sont diverses. Pour changer la donne, il faut des réponses concrètes : améliorer l’approvisionnement en eau en réduisant les pertes sur le réseau, préserver le pouvoir d’achat et créer davantage de possibilités de formation et d’emploi. Il faut aussi renforcer le dialogue entre les citoyens et les institutions, avec des actions visibles pour restaurer la confiance. Au-delà du retour au calme, le vrai défi est de traiter les causes profondes de ces frustrations pour éviter qu’elles ne se reproduisent.»
⚫ Romesh Jugroop : «La protestation n’est pas l’échec de la démocratie»

«Protester est un droit fondamental, mais une démocratie a aussi la responsabilité d’écouter. Ces émeutes sont le fruit de décennies de frustration, bien au-delà du carburant et de l’affaire Élodie Thomas : une colère générationnelle, née du sentiment d’être ignoré. En 2020, le National Audit Office signalait que la CWA perdait plus de 50 % de son eau. Pourquoi a-t-il fallu une crise pour agir ? La frustration explique les émeutes, mais n’excuse pas la violence, et la sanction est non négociable. Pourtant, punir sans chercher à comprendre pourquoi, c’est renoncer à se questionner. Le cadre DPSIR (Driving Forces, Pressures, State, Impacts, Responses) offre une base d’analyse : pauvreté, criminalité et drogue comme moteurs ; négligence institutionnelle comme pression ; plus de la moitié de l’eau perdue comme état des lieux ; violence et fuite des cerveaux comme impacts. Les réponses : réparer les infrastructures, financer d’autres sources d’eau et prendre la santé mentale au sérieux.»
⚫ Anvikshaa Dabydoyal, étudiante en BSc sociologie : «Un sentiment d’injustice sociale»

«Selon mes observations, cette colère ne concerne pas uniquement l’incident impliquant Élodie Thomas. Elle porte aussi sur les mesures budgétaires, la hausse du prix de l’essence, l’augmen- tation des frais de déclaration et d’assurance des véhicules, la réduction des allocations liées à la CSG et la baisse de l’approvisionnement en eau. Ces mesures et cette situation aggravent le quotidien des Mauriciens, contrairement aux attentes placées dans ce nouveau mandat. Ce sentiment d’injustice pousse certains à s’en prendre à des magasins d’électronique, des supermarchés et des kiosques. Ces actes sont condamnables et ne résolvent rien. Le gouvernement devrait investir dans la réparation des fuites d’eau plutôt que d’imposer des restrictions aux citoyens. Il est aussi essentiel de renforcer la formation des policiers, d’assurer un suivi psychologique adapté et de veiller à ce qu’ils répondent de leurs actes en cas d’abus.»
⚫ Dishaant Kumar Luckeenarain, étudiant en droit : «Exiger des comptes, sans rien casser»

«La colère des jeunes, c’est un cocktail Molotov aux ingrédients accumulés : coût de la vie, salaires de départ insuffisants, décalage entre formation et marché du travail, fuite des cerveaux et drogue. Quand on a l’impression de ne pas être écouté, une étincelle comme l’affaire Élodie Thomas suffit. En tant que membre du National Youth Parliament, je plaide pour intégrer les jeunes aux comités et aux consultations. En tant qu’étudiant en droit, je rappelle que notre Constitution protège le droit à la vie et n’autorise le recours à la force que s’il est raisonnablement justifiable. Le policier a été arrêté: laissons la justice travailler, de façon transparente et indépendante. Détruire ne fait avancer aucune cause. Souvenons-nous des marches pacifiques après le Wakashio. Ne cédons pas aux fausses informations : vérifions avant de partager. Nous sommes un pays multiculturel, restons un seul peuple.»
⚫ Jhanelly Anthony : «On peut faire trembler les consciences sans briser les vitrines»

«En 2024, la population célébrait l’espoir d’un changement. Aujourd’hui, cette flamme s’est transformée en colère. Les griefs sont nombreux : coût de la vie, promesses jugées non tenues sur les pensions des aînés, inégalités sociales et méfiance envers les institutions. Les jeunes craignent un avenir où vivre dignement devient plus difficile. L’affaire Élodie Thomas soulève aussi des interrogations sur la responsabilité des forces de l’ordre : porter un uniforme ne place personne au-dessus de la loi. Mais en voulant défendre notre paradis, ne risquons-nous pas de le détruire ? Les commerçants subissent des pertes et notre environnement se dégrade. Le gouvernement doit transformer ses promesses en actions, combattre la corruption et écouter les citoyens. Les Mauriciens ne sont pas un troupeau de moutons, mais des citoyens qui réclament des comptes. On peut réclamer la justice sans semer la violence.»
⚫ Angkush Poonye, éducateur : «L’heure de nous unir, pas de nous diviser»

«Du Népal au Sri Lanka, en passant par la France et main- tenant Maurice, les jeunes se mobilisent contre la corruption, la vie chère et les inégalités. Pour moi, l’affaire Élodie Thomas a fait déborder un vase déjà plein. Je comprends le besoin de se faire entendre, mais détruire des biens collectifs n’est pas une solution : ce sont les contribuables qui paient. Je me souviens des récits des émeutes de Kaya : j’avais quatre ans et ma mère s’était précipitée à la garderie pour nous ramener à la maison. Derrière chaque émeute, il y a des familles inquiètes. Je pense aux élèves en pleine période d’examens. Le Népal nous offre une leçon d’espoir : après les violences de septembre 2025, des jeunes ont nettoyé les rues de Katmandou. Maurice est notre maison commune : exigeons des comptes, mais protégeons notre pays et protégeons-nous les uns les autres.»
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