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Regard d’un sociologue

Nirbhay Ramkhelawon : «La violence n’est jamais une solution pour résoudre les problèmes»

16 octobre 2026, 17:30

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Nirbhay Ramkhelawon : «La violence n’est jamais une solution pour résoudre les problèmes»

La société est-elle en pleine mutation ? Selon le sociologue Nirbhay Ramkhelawon, les récents événements montrent une population en quête de transparence et d’explications limpides. Au-delà de l’affaire Élodie Thomas et des tensions qu’elle a suscitées, c’est surtout la confiance envers les institutions, la police en tête, qui lui paraît au centre des préoccupations. «Les gens veulent la vérité, la justice, le respect et la transparence», observe-t-il.

Les manifestations traduisent certes ce besoin de réponses, mais le sociologue met en garde contre tout recours à la violence. À ses yeux, seule une minorité s’y livre, au risque d’aggraver les difficultés plutôt que de les résoudre. Ce climat d’insécurité pèse sur l’ensemble de la population : les élèves, surtout ceux qui préparent les examens de Cambridge, mais aussi les travailleurs et les familles, dans leur vie de tous les jours.

Les réseaux sociaux, amplificateurs des tensions

Les réseaux sociaux influencent fortement la façon dont ces événements sont perçus. Jugements hâtifs, informations non vérifiées et exagérations nourrissent la peur et amplifient les tensions. «Les émotions prennent le dessus», souligne Nirbhay Ramkhelawon, avant d’inviter les internautes à vérifier les informations avant de les partager ou de commenter les faits.

Il insiste aussi sur la nécessité d’une communication claire entre les institutions, les responsables et la population. Dans un petit pays comme Maurice, où l’information circule vite, une communication défaillante peut attiser les inquiétudes et encourager les généralisations. Il engage donc les Mauriciens à ne pas tenir pour acquis tout ce qui est diffusé en ligne.

Une société sous pression

La crise de l’eau s’ajoute à ces tensions. Pour le sociologue, ces événements ne s’analysent pas isolément : ils expriment des difficultés qui s’accumulent. Pression matérielle, coût de la vie et préoccupations professionnelles pèsent sur les ménages, tandis que pénuries et incertitude peuvent renforcer le sentiment d’insécurité.

Selon lui, l’apparition de comportements comme les achats de panique reflète les inquiétudes d’une partie de la population. Dans ce contexte, les valeurs individualistes peuvent gagner du terrain au détriment de la solidarité. Il précise néanmoins que ces comportements ne doivent pas être étendus à l’ensemble des Mauriciens.

Le vivre-ensemble, ajoute-t-il, ne se réduit plus à cohabiter sans conflit : il se juge aussi à la capacité de se soutenir dans les moments difficiles et de partager les ressources disponibles. «Aujourd’hui, vivre ensemble, c’est se demander si nous pouvons être solidaires dans les moments difficiles et s’il y a suffisamment pour chacun», explique-t-il.

Retrouver le dialogue et la solidarité

Pour Nirbhay Ramkhelawon, les tensions actuelles interrogent les fondements de la société mauricienne : valeurs morales, éducation, socialisation. Chacun, estime-t-il, a sa part de responsabilité, des citoyens aux institutions, en passant par le gouvernement, les ONG et les organisations socioculturelles. Le sociologue plaide donc pour une communication transparente, qui explique les raisons des troubles, réponde aux interrogations de la population et prévienne leur répétition.

La démocratie, rappelle-t-il, ne doit jamais être confondue avec la violence, et les revendications peuvent s’exprimer pacifiquement. «La violence n’est jamais une solution pour résoudre les problèmes», insiste-t-il. Dans un pays multiculturel comme Maurice, préserver la paix sociale suppose un effort collectif reposant sur le dialogue, la justice sociale et le respect mutuel. Malgré la gravité de la situation, il croit encore à des solutions, à condition que chacun assume ses responsabilités et contribue à protéger la sécurité et l’harmonie de la société.

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