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Logement social

Un audit accablant : près de Rs 30 milliards engagés et des milliers de familles toujours sans clés

15 octobre 2026, 17:30

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Un audit accablant : près de Rs 30 milliards engagés et des milliers de familles toujours sans clés

■ L’audit porte sur l’ensemble de l’histoire de New Social Living Development Ltd, société créée en mai 2019 et entièrement financée par des subventions de l’État pour la construction de 8 000 logements sociaux.

Le ministère du Logement et des terres a publié l’audit commandé en 2025 sur New Social Living Development Ltd. Le constat est sévère : le programme, prévu pour 12 000 logements à Rs 12 milliards, en livrera 8 000 pour près de Rs 30 milliards. Dans le même temps, plus de 2 300 unités achevées attendent toujours eau et raccordements avant de pouvoir accueillir leurs occupants.

Le gouvernement joue la carte de la transparence sur l’un des principaux programmes de logement social du pays. Le ministère du Logement et des terres a rendu publics, dans leur intégralité et sans modification, l’audit indépendant de New Social Living Development Ltd (NSLD) – réalisé par l’Office of Public Sector Governance (OPSG), le plan d’action gouvernemental qui l’accompagne et le tableau de suivi des 8 000 logements sociaux arrêté au 30 septembre 2026.

Ces documents mettent en lumière les défaillances accumulées sous la précédente administration, les coûts supplémentaires supportés par les fonds publics et les mesures engagées depuis décembre 2024 pour remettre le programme sur les rails.

L’objectif est de permettre à la population de comprendre les difficultés rencontrées depuis le lancement du programme, les dépenses engagées, les retards accumulés et les mesures correctives mises en œuvre par le gouvernement actuel.

Une facture qui s’alourdit

Commandé en janvier 2025, quelques semaines après l’entrée en fonction de la nouvelle administration, l’audit porte sur l’ensemble de l’histoire de NSLD, société créée en mai 2019 et entièrement financée par des subventions de l’État pour la construction de 8 000 logements sociaux. La grande majorité de la période examinée correspond au mandat du précédent gouvernement.

L’un des constats les plus marquants concerne l’évolution du coût du programme. Initialement prévu pour Rs 12 milliards et 12 000 logements, celui-ci a progressivement été ramené à 8 000 unités pour un coût avoisinant Rs 30 milliards.

Le coût unitaire a ainsi atteint jusqu’à Rs 3,74 millions, alors que le plafond d’accessibilité financière initialement fixé était de Rs 2,5 millions. L’audit relève plusieurs facteurs ayant contribué à cette situation : une planification insuffisante, des changements successifs dans le modèle de réalisation, des appels d’offres infructueux, des faiblesses dans les procédures de passation des marchés et une prise en compte tardive des in- frastructures indispensables.

La recherche de terrains a notamment duré plus de deux ans et demi. Sur 119 sites envisagés, 74 ont dû être rejetés ou se sont révélés inadaptés à la construction. Les études géotechniques, qui auraient dû intervenir bien plus tôt, n’ont commencé qu’en janvier 2022. Le programme a également connu plusieurs changements de stratégie, passant d’un modèle d’exécution piloté par la société à des formules successives impliquant notamment des contrats BOT (Build, Operate, Transfer), des consul- tants en gestion de projets et, finalement, une approche de conception-construction.

L’audit attire également l’attention sur huit contrats de consultants attribués en novembre 2021, pour un montant total de Rs 919 millions. Les spécifications retenues prévoyaient des logements à Rs 3,5 millions l’unité, au-dessus du plafond d’accessibilité de Rs 2,5 millions. Après la résiliation de ces contrats, Rs 496 millions, dont Rs 85,6 millions d’indemnités, ont été versées sans qu’une seule maison soit construite dans le cadre de ces contrats.

Les deux appels d’offres de construction lancés en 2022 ont également échoué, les offres dépassant les estimations jusqu’à environ 30 %, certaines atteignant Rs 12,45 millions par logement. Sur le plan de la gouvernance, l’OPSG a relevé des lacunes dans les procédures de passation des marchés, notamment l’absence d’un comité de procurement à certaines étapes, une séparation insuffisante des responsabilités et des contrôles jugés faibles. Des problèmes liés aux permis de construire, aux modifications contractuelles, aux garanties financières et à la gestion des paiements ont aussi été signalés. Ces constats mettent en évidence l’ampleur des difficultés héritées par l’actuelle administration, qui affirme vouloir établir les responsabilités et corriger les dysfonctionnements.

Achevés, mais pas livrés

Au-delà des coûts et des procédures, la principale conséquence du retard concerne les familles qui attendent toujours les clés de leur logement. Le tableau de suivi publié par le ministère couvre 35 projets représentant 7 974 unités. L’écart avec l’objectif initial de 8 000 logements s’explique par l’exclusion de 10 unités à Camp-Ithier et 16 autres à Quatre-Cocos, en raison de contraintes propres aux sites. Au 30 septembre 2026, 27 projets représentant 6 232 unités ont atteint le stade de l’achèvement structurel. Ce qui ne signifie pas nécessairement que les logements peuvent être immédiatement occupés.

Selon le ministère, 2 332 unités déjà construites restent tributaires de travaux et de raccordements indispensables, notamment en matière d’approvisionnement en eau, de drainage et de raccordement aux services publics. La remise de clés pour plusieurs de ces logements sont prévues en 2027, sous réserve de la réalisation des infrastructures nécessaires.

Par ailleurs, 11 sites, représentant 2 816 unités, nécessitent encore des infrastructures liées à l’eau, telles que des forages, des stations de pompage ou des réservoirs de service. Des solutions temporaires d’approvisionnement ont dû être négociées au cas par cas. Dix sites restent également concernés par des difficultés liées à l’acquisition des terrains. Les projets les plus complexes se situent notamment à Riambel, Tyack et Ba- lisson. Le ministère fait état de niveaux d’avancement particulièrement faibles sur ces sites et annonce des plans de relance ciblés, avec des objectifs d’achèvement en 2028.

Mesures correctives

Depuis décembre 2024, le ministère affirme avoir renforcé le suivi des projets, rétabli des mécanismes de contrôle et accéléré les travaux d’infrastructure qui avaient empêché la livraison de plusieurs ensembles résidentiels.

Le comité de procurement, reconstitué en mars 2026, est désormais pleinement opérationnel. Les marchés dépassant Rs 500 000 lui sont soumis, tandis que les estimations de coûts doivent s’appuyer sur des analyses du marché avant le lancement des appels d’offres. Un tableau de suivi consolidé permet désormais de suivre mensuellement l’état de chaque site, les infrastructures manquantes et les échéances de livraison. Des plans de rattrapage sont également utilisés pour traiter les retards. Le ministère indique que plusieurs projets, notamment à Valetta, Malherbes, Grand-Bel-Air, Olivia, Notre-Dame et Réunion Maurel, sont opérationnels. Des livraisons partielles sont en cours sur plusieurs sites, tandis que les premières clés ont été remises aux bénéficiaires à Henrietta 1 et Goodlands.

Sur le plan financier, des tableaux mensuels de paiement sont transmis au ministère des Finances. Les garanties de bonne exécution et de remboursement des avances ainsi que les couvertures d’assurance ont fait l’objet de mesures de régularisation. Moore Mauritius a, pour sa part, été chargé de l’audit interne, avec des rapports trimestriels. Le gouvernement travaille également avec la Banque mondiale, qui a accepté d’apporter son soutien à l’élaboration d’une nouvelle feuille de route pour la politique nationale du logement.

Recommandations

La publication de l’audit et des documents complémentaires marque une nouvelle étape dans le suivi du programme. Un comité placé au niveau du ministère du Logement et des Terres sera chargé de piloter la mise en œuvre des recommandations formulées par l’OPSG.

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