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Éclairage

L’urgence de l’apaisement pour préserver la vitrine économique

14 octobre 2026, 18:00

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L’urgence de l’apaisement pour préserver la vitrine économique

L’accueil de la première agence africaine de notation de crédit, la tenue du Forum africain de la réassurance et l’organisation en décembre prochain du U.S.-Africa Business Summit témoignent de l’attractivité de Maurice. Mais cette vitrine est aujourd’hui assombrie par l’affaire Élodie Thomas. Depuis lundi, la colère qu’elle a suscitée a dégénéré en troubles, avec des attaques contre des biens publics et des commerces.

À en juger par la succession d’événements de premier plan qui se tiennent actuellement dans le pays, et ceux à venir, Maurice a des atouts à faire valoir sur la scène africaine et internationale. Malgré les difficultés économiques internes, les contraintes budgétaires et les interrogations sur les perspectives de croissance, le pays attire de plus en plus.

Le choix de Maurice pour accueillir le siège de la première agence africaine de notation de crédit, l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA), constitue à cet égard un signal important. Cette initiative continentale ambitionne de mieux intégrer les réalités économiques, institutionnelles et financières du continent dans l’évaluation du risque de crédit. Son implantation à Maurice témoigne de la reconnaissance de l’expertise et de l’environnement institutionnel du centre financier mauricien. L’enjeu dépasse certes largement l’ouverture d’une nouvelle institution. L’Afrique cherche à approfondir ses marchés de capitaux et à réduire le coût de ses emprunts. Une agence africaine capable de développer une expertise ancrée dans les réalités locales peut contribuer au débat sur l’évaluation du risque souverain et sur les conditions de financement des économies africaines. Sa crédibilité dépendra toutefois de son indépendance, de la solidité de ses méthodologies et de la confiance que lui accorderont les marchés.

Autre rendez-vous d’importance : le 30ᵉ African Reinsurance Forum, organisé par l’African Insurance Organisation, qui réunit les acteurs d’un secteur essentiel au financement et à la résilience des économies. Placées sous le thème «From Data to Decisions: How Artificial Intelligence is Transforming Re/ insurance», les discussions portent sur les possibilités offertes par les données et l’intelligence artificielle pour mieux évaluer les risques, concevoir de nouveaux produits et élargir la couverture assurantielle.

L’enjeu est particulièrement important pour l’Afrique, où la pénétration de l’assurance demeure faible au regard des besoins des ménages et des entreprises. Les petits agriculteurs, les PME et de nombreux acteurs économiques restent exposés aux conséquences financières des aléas climatiques, des accidents ou des pertes d’exploitation. La technologie peut contribuer à combler une partie de ce déficit de protection, à condition de s’accompagner de produits adaptés, de tarifs accessibles et d’une capacité de réassurance suffisante.

La présence d’Africa Re à Maurice depuis 1996 illustre, par ailleurs, les liens que le pays a progressivement tissés avec les marchés africains. En célébrant ses 50 ans d’existence et trois décennies de présence sur l’île, la société panafricaine de réassurance met également en lumière le rôle du pays comme plateforme régionale reliant les marchés africains aux réseaux financiers internationaux.

Mais le rendez-vous qui concentre le plus d’attentes reste le U.S.-Africa Business Summit, prévu du 6 au 9 décembre. Organisé par le Corporate Council on Africa, en partenariat avec le gouvernement mauricien, cet événement se tiendra pour la première fois à Maurice. Il devrait réunir plus de 3 000 responsables gouvernementaux, dirigeants d’entreprises, investisseurs et représentants d’institutions multilatérales américaines et africaines.

Au-delà des discours, ce sommet constitue une occasion de nouer des partenariats et de favoriser de nouveaux investissements dans des secteurs aussi variés que l’énergie, l’agro-industrie, la santé, les infrastructures, les technologies de l’information et les services financiers. La tenue de ce sommet à Maurice représente une opportunité économique et diplomatique majeure. Encore faudra-til transformer la visibilité acquise en retombées concrètes : investissements, contrats, partenariats durables, créations d’emplois et nouvelles perspectives pour les entreprises mauriciennes. Un événement international ne constitue pas une fin en soi. Sa véritable valeur se mesure à ce qu’il laisse derrière lui.

Une image positive, mais des défis internes

Ces rendez-vous racontent une histoire : celle d’un petit État insulaire qui, malgré ses limites géographiques et la taille de son marché intérieur, a réussi à se positionner comme une plateforme de services, de compétences et d’échanges avec l’Afrique. Cette trajectoire repose sur plusieurs acquis : une tradition institutionnelle, un environnement juridique reconnu, une expertise financière et professionnelle, ainsi qu’une ouverture internationale construite au fil des décennies.

Cela ne signifie pas que tout va bien. Les perspectives de croissance, la situation des finances publiques, le pouvoir d’achat et la nécessité de créer de nouvelles activités à forte valeur ajoutée demeurent des défis majeurs. La crédibilité économique ne se décrète pas et ne saurait reposer uniquement sur l’accueil de conférences internationales. Elle doit se traduire dans les performances de l’économie, la qualité des institutions et la capacité du pays à offrir un environnement prévisible aux investisseurs.

C’est précisément dans ce contexte que l’affaire Élodie Thomas prend une dimension particulière. Le vendredi 9 octobre, cette caissière de 27 ans, mère d’une fillette de deux ans, a été grièvement blessée par une balle tirée par un policier alors qu’elle rentrait de son travail à bord d’une fourgonnette circulant à Camp-Levieux. Les circonstances exactes du tir, tout comme les responsabilités individuelles, devront être établies par l’enquête et la procédure judiciaire.

L’émotion suscitée par cette affaire est légitime. Elle ne doit cependant pas jeter indistinctement le discrédit sur l’ensemble de la force policière. Les policiers ont une mission essentielle : le maintien de l’ordre, la protection des personnes et la défense des biens. Leur autorité est nécessaire au fonctionnement de l’État, mais elle s’exerce dans un cadre légal qui impose des obligations et des limites.

La question de la proportionnalité de la riposte policière mérite ainsi d’être posée. Face à des routes obstruées, à des troubles ou à des comportements violents, dans quelles circonstances l’usage d’une arme à feu peut-il être justifié ? Quelles règles encadrent le recours à la force et quelles garanties permettent de vérifier qu’elles sont respectées ? Il appartient à l’enquête d’apporter des réponses précises, sur la base des faits et du droit applicable.

Il serait tout aussi dangereux de laisser cette affaire devenir le prétexte à un dénigrement généralisé de la police. Le respect de l’institution et l’exigence de responsabilité ne sont pas contradictoires. Au contraire, des enquêtes rigoureuses, des sanctions lorsque les faits sont établis et une transparence réelle sont indispensables pour préserver la confiance du public en ceux qui sont chargés de le protéger. La prudence est également de mise face aux risques d’instrumentalisation politique. La gravité des faits exige du sérieux, non une exploitation partisane de l’émotion. Le Premier ministre Navin Ramgoolam, soucieux d’éviter une nouvelle crise comparable à l’affaire Kaya de 1999, a intérêt à privilégier l’apaisement, sans que celui-ci puisse être interprété comme une volonté d’atténuer les responsabilités éventuelles.

La crédibilité se joue aussi à l’intérieur

Le paradoxe serait de voir Maurice attirer les regards des investisseurs, des institutions financières et des dirigeants africains, tout en fragilisant, sur le plan intérieur, les fondements de la confiance dans ses institutions.

Le rayonnement international ne repose pas uniquement sur les événements accueillis, les déclarations officielles ou les distinctions obtenues. Il dépend aussi de la manière dont un pays traite ses citoyens, applique ses lois et résout les crises. Pour les investisseurs comme pour les partenaires internationaux, la qualité de la gouvernance, la prévisibilité juridique et le respect de l’État de droit font partie intégrante de l’environnement des affaires.

Maurice dispose encore d’atouts considérables et d’une histoire économique qui intéresse ses partenaires africains. Mais ce capital de confiance n’est jamais définitivement acquis. Il se construit dans la durée et peut être fragilisé lorsque les institutions donnent le sentiment de fonctionner sans rendre suffisamment de comptes.

L’enjeu est donc double : consolider la place de Maurice comme plateforme africaine d’investissement et de services, tout en poursuivant le travail de reconstruction économique et institutionnelle engagé dans le pays. Les imperfections existent, les difficultés sont réelles et les attentes de la population demeurent élevées.

Les grands rendez-vous de ces prochaines semaines offrent une vitrine exceptionnelle. À Maurice de démontrer que cette visibilité correspond à une réalité durable : celle d’un pays capable d’attirer les investisseurs, de contribuer au développement du continent et de garantir, chez lui, la primauté du droit. C’est à cette condition que son rayonnement africain pourra se consolider plutôt que de rester une succession d’événements prestigieux.

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