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Coordinatrice du département psychosocial d’ANFEN

Saba Sadool : «Briser les tabous autour de la santé mentale et libérer la parole autour de la souffrance psychique»

13 octobre 2026, 22:00

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Saba Sadool : «Briser les tabous autour de la santé mentale et libérer la parole autour de la souffrance psychique»

Parmi les projets «Coup de cœur» de l’année des dix ans de Small Step Matters : la campagne #ToPaTousel du réseau ANFEN (Adolescent Non Formal Education Network), soutenue par le groupe APTIS (à travers son fonds CSR) pour promouvoir le bien-être et la santé mentale parmi les jeunes. Lumière sur ce projet avec Saba Sadool, coordinatrice du département psychosocial de l’association.

La campagne de communication conçue par les jeunes d’ANFEN a été lancée à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, le 10 octobre. Que réserve au grand public cette campagne diffusée sur Facebook et TikTok ?

Elle permettra avant tout au grand public de découvrir le Projet santé mentale des jeunes d’ANFEN et le travail réalisé par les jeunes ambassadeurs avec l’accompagnement de l’équipe psychosociale et de leurs encadrants issus des centres de formation respectifs. À travers les premières vidéos consacrées au respect, à la résilience et à l’amitié, le public pourra découvrir les réflexions, les expériences et les messages portés par les jeunes eux-mêmes. C’est aussi une manière de mettre leurs voix en avant et de valoriser leur implication dans le projet.

Pour nous, cette campagne constitue une première ouverture vers un projet qui a pour ambition, d’abord, de briser les tabous autour de la santé mentale et de libérer la parole autour de la souffrance psychique, afin de lutter contre la peur du jugement, de la honte et de la stigmatisation. Ensuite, le but est également de sensibiliser les jeunes aux questions liées au bien-être et à la santé mentale, tout en leur donnant une place active et en les impliquant pleinement dans cette démarche.

Le choix des trois thématiques – le respect, la résilience et l’amitié – est le fruit d’un long cheminement avec les élèves des différents centres ANFEN depuis juin 2025. Comment s’est déroulé le projet ?

Il s’agit d’un travail qui s’est construit sur environ un an et demi, avec l’implication des jeunes, de l’équipe psychosociale et des encadrants des différents centres ANFEN. Tout au long du processus, les jeunes ambassadeurs ont été accompagnés dans la réflexion en lien avec les thématiques, avec la création des contenus et la manière de transmettre leurs messages. L’objectif n’était donc pas simplement de produire des vidéos, mais de permettre aux jeunes de prendre une place active dans le projet, de réfléchir aux sujets qui les concernent et de trouver leur propre manière de les aborder et de les partager.

Ce parcours leur a également permis de développer leurs idées, de travailler ensemble et de prendre progressivement confiance dans leur capacité à s’exprimer et à porter des messages auprès d’autres jeunes.

Pourquoi était-ce important de travailler à partir des idées mêmes des élèves d’ANFEN pour mieux toucher d’autres jeunes ?

Parce que le message n’a pas le même impact lorsqu’il vient directement des jeunes. Nous pouvons, en tant qu’adultes et professionnels, parler de santé mentale aux adolescents, mais lorsqu’un jeune voit une personne de son âge parler de ses expériences, de ses réflexions ou de sujets qui le concernent directement, il peut beaucoup plus facilement s’identifier.

C’est également une expérience valorisante pour les ambassadeurs eux-mêmes. Ils prennent confiance en eux, apprennent à s’exprimer, à travailler ensemble et à prendre des responsabilités. Et lorsqu’ils sont ensuite vus par leurs camarades, cela peut créer un véritable effet d’entraînement.

Lors du lancement, nous avons justement pu voir leurs amis et leurs encadrants les découvrir sur grand écran, les applaudir et les encourager. Il y avait beaucoup d’enthousiasme et d’énergie positive. Cela peut donner à d’autres jeunes l’envie de participer à leur tour et d’entrer dans ce projet.

Ce projet a et aura des impacts à plusieurs échelles, à la fois sur le plan personnel, dans la vie de chaque ambassadeur partie prenante du projet ANFEN, au sein des centres de formation et pour la société mauricienne plus largement. Pouvez-vous en dire plus sur ces différents impacts déjà observés ou visés dans les jours et les mois à venir ?

À l’échelle individuelle, nous avons déjà pu entendre des témoignages très encourageants de la part des jeunes ambassadeurs. Par exemple, une adolescente a expliqué qu’elle était auparavant très timide et qu’elle avait peur de prendre la parole. Sa participation au projet lui a permis de gagner en confiance et de se sentir davantage valorisée. Certains jeunes ont également parlé de leurs expériences liées au harcèlement et de la prise de conscience suscitée chez eux. Ce sont des évolutions importantes, notamment en matière de confiance en soi, d’expression et de sensibilisation.

Pour les centres, le projet permet de valoriser les jeunes et de renforcer leur accompagnement également. Lors du lancement, on pouvait clairement voir la fierté et le soutien des éducateurs envers leurs élèves. À plus long terme, nous espérons que ce type d’initiative encouragera davantage les centres ANFEN à créer des espaces où les jeunes peuvent s’exprimer, prendre des responsabilités et participer activement à des projets liés à leur bien-être.

Enfin, pour la société mauricienne, cette campagne contribue à ouvrir davantage la conversation autour de la santé mentale. Le respect, l’amitié et la résilience sont des thèmes qui peuvent parler à chacun. Le fait que ces messages soient portés directement par des jeunes peut aussi permettre à d’autres jeunes, au-delà même du réseau ANFEN, de se reconnaître et de se sentir concernés.

Quelle sera la suite donnée au projet, par exemple lors de la prochaine année scolaire ?

L’objectif est clairement que cette initiative s’inscrive dans la durée et ne reste pas un projet ponctuel. La suite sera donc construite avec les jeunes, afin de poursuivre cette dynamique et de l’adapter à leurs besoins, leurs idées et leurs réalités.

De nouveaux jeunes pourront progressivement prendre le relais des ambassadeurs qui quittent l’école, tout en permettant à cette dynamique de continuer à grandir. L’idée est de créer une continuité, afin que la sensibilisation au bien-être et à la santé mentale reste présente dans le parcours des jeunes et puisse toucher de nouvelles générations.

Que retenez-vous de la collaboration avec smallstepmatters.org pour ce projet ? Et ferez-vous encore appel au public et aux entreprises à travers la plateforme solidaire pour financer de futurs projets liés aux enjeux de santé mentale ?

Nous retenons surtout l’engagement sincère de Small Step Matters en faveur du bien-être et de la santé mentale des jeunes. Nous avons été particulièrement touchés par votre témoignage, Marie-Laure Ziss-Phokeer, en tant que patiente du réseau Hidden Disabilities Sunflower, lors du lancement de la campagne. Il était très émouvant et a rappelé l’importance de ne pas avoir peur de parler lorsque l’on ne va pas bien, mais aussi de savoir qu’il existe de l’aide et toujours un professionnel ou des services vers qui se tourner pour en bénéficier.

Nous sommes donc très heureux de pouvoir collaborer avec l’organisation Small Step Matters, qui porte ce projet avec autant de conviction et à qui ces enjeux tiennent réellement à cœur. Cette collaboration donne encore plus de sens au projet, car elle permet de réunir différentes personnes et organisations autour d’un objectif commun : donner aux jeunes les moyens de s’exprimer, de prendre confiance et de savoir qu’ils ne sont pas seuls.

Ce soutien est vraiment précieux et nous ne pouvons que vous en remercier. Nous espérons pouvoir poursuivre cette belle collaboration à l’avenir.

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