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Distribution d’eau au compte-gouttes
Curepipe : des commerces s’adaptent
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Distribution d’eau au compte-gouttes
Curepipe : des commerces s’adaptent
(Photos : © Sumeet Mudhoo)
Depuis dimanche, Curepipe, Forest-Side et Floréal vivent au rythme d’une distribution d’eau d’un jour sur deux. Dans les foyers comme dans les commerces, il faut désormais anticiper, stocker et surtout s’adapter. À l’heure du déjeuner, dans les rues de Curepipe, les restaurateurs tentent de maintenir leurs activités, sans compromettre l’hygiène. Reportage.
À midi, la rue Chasteauneuf ne ralentit pas. Elle fourmille. Les passants se croisent, les commandes s’enchaînent et les odeurs de briani, de kebab et de dholl puri se mêlent dans l’air. Derrière les comptoirs, pourtant, une autre préoccupation taraude les commerçants : l’eau.
Depuis dimanche, le robinet ne coule plus quotidiennement dans plusieurs régions de Curepipe, Forest-Side et Floréal. Une situation qui oblige les habitants à revoir leurs habitudes, mais aussi les professionnels de la restauration à redoubler d’ingéniosité. Dans l’un des commerces de la rue Chasteauneuf, la propriétaire, qui préfère garder l’anonymat, ne cache pas son exaspération. Pour elle, la gestion de l’eau ne devrait pas devenir un problème récurrent.
■ À l’heure du déjeuner, les commerces de la rue Chasteauneuf continuent d’accueillir leurs clients.
«On ne comprend pas comment la question de la gestion de l’eau revient souvent sur le tapis. Surtout que l’eau ne manque pas à Maurice. Si les ministres savaient faire leur travail, les Mauriciens n’auraient pas eu à subir cela aujourd’hui», lance-t-elle.
Mais au-delà de la colère, il faut surtout trouver des solutions. Et dans son commerce, l’anticipation est devenue la règle. Avec l’aide de son frère, elle a déjà aménagé un système rudimentaire pour pouvoir disposer de l’eau lorsqu’il le faut.
Un grand seau a ainsi été transformé en réserve d’appoint, avec un robinet installé à sa base. Une solution simple, mais qui lui permet de continuer à laver les assiettes et à assurer les gestes essentiels d’hygiène. «Pour le moment, plusieurs personnes sont en période de carême, donc on s’adapte, et nous ne faisons pas autant de repas. Mais il faut déjà penser à l’après. Ce que je peux assurer, c’est que les clients ne vont pas manquer de propreté, de repas et d’hygiène», explique-t-elle.
Pour cette commerçante, la situation pose également une question pratique : celle du stockage. «Quand il y avait l’eau, on ne donnait pas de réservoir. Aujourd’hui, face à la pénurie, on en donne. Est-ce que l’on doit quitter notre travail et aller faire la queue pour avoir un tank ?»
«L’hygiène avant tout»
Devant son commerce, les drains attirent également son attention. Elle estime que certaines installations pourraient être améliorées afin d’éviter que les déchets ne finissent par obstruer les conduites.
■ Au restaurant Ashoka, un réservoir permet d’assurer l’approvisionnement en eau des différents commerces de l’arcade, soutient Vina Busiah.
Quelques mètres plus loin, l’ambiance est différente. Au restaurant Ashoka, le parfum des épices vient rappeler que les cuisines tournent toujours. Ici, l’approvisionnement en eau n’a pas encore perturbé le quotidien de l’établissement. Vina Busiah, employée du restaurant, explique que l’eau arrive, même si le débit reste faible. «Dans le restaurant, nous avons l’eau qui coule, même si ce n’est qu’un filet. Mais on peut s’en servir pour cuire, laver les assiettes, se laver les mains ou encore utiliser les toilettes. Dès 8 heures, l’eau coule dans les robinets», indique-t-elle.
Elle précise que les différents commerces de cette arcade bénéficient du même système d’approvisionnement. «Cela fait plus de huit mois que j’y travaille et nous n’avons pas connu de problème d’eau. Il y a un gros tank qui approvisionne tous ces commerces», ajoute-t-elle.
Aux Arcades Currimjee, la situation pousse également les commerçants à revoir leur manière de travailler. Joëlle Buckland, propriétaire du restaurant Prêt à Manger, a dû adapter son fonctionnement afin de préserver à la fois la qualité des repas et les conditions d’hygiène. «Nous utilisons l’eau juste quand cela devient nécessaire, comme pour laver nos légumes, qui sont achetés quotidiennement. Nous avons une compagnie qui vient livrer les légumes, le poulet et la viande, le tout frais le matin», explique-t-elle.
Mais la réduction de l’utilisation de l’eau entraîne aussi des changements visibles pour les clients. Là où les repas étaient auparavant servis à l’assiette, certains doivent désormais être proposés dans des emballages à emporter. Une évolution qui peut également avoir une incidence sur les coûts. «Nous savons que le client tout comme le commerçant devront s’acquitter d’une petite surcharge. Avant, le client consommait sans que cela ne soit ajouté sur sa note, car il mangeait dans une assiette et nous pouvions présenter les repas d’une certaine manière, surtout visuellement. Aujourd’hui, nous devons le faire dans un take-away», souligne Joëlle Buckland.
■ Chez Prêt à Manger, Joëlle Buckland et Brigitte ont dû adapter leur fonctionnement afin de limiter l’utilisation de l’eau.
Pour elle, la période appelle surtout à la solidarité et à la compréhension, tant du côté des commerçants que de celui des clients. «Il faut que tout le monde soit solidaire dans des moments comme celui-ci. Surtout que cela dépend de Dame Nature, tout est entre ses mains. En tout cas, pour le business, cette mesure va avoir un impact. Surtout que l’hygiène est primordiale. Mais nous allons faire du mieux possible.»
Dans les rues de Curepipe, entre deux commandes et quelques réservoirs remplis à la hâte, les commerçants poursuivent ainsi leur activité. Avec une ressource devenue précieuse, chaque goutte compte désormais.
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Les coiffeurs aussi doivent faire avec
Le manque d’eau ne perturbe pas uniquement les restaurants. Dans les salons de coiffure aussi, il y a désormais les jours «avec» et les jours «sans». À Eau-Coulée, Avishah Gobin Teemul a choisi de revoir complètement son organisation pour éviter que la situation ne pénalise son activité. «Les jours où je sais que l’eau va couler, je prends le maximum de clientes. J’en profite aussi pour faire les pédicures, les colorations et les brushings», explique cette jeune coiffeuse. Les jours sans eau, place à des prestations moins gourmandes en eau : coupes, soins du visage, épilation, extensions d’ongles… «On sait que l’eau arrive tous les deux jours. Alors, on s’organise en fonction de cela», confie-t-elle.
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