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Interview
Marie-Laure Ziss-Phokeer : Quand l'exploit devient solidaire !
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Interview
Marie-Laure Ziss-Phokeer : Quand l'exploit devient solidaire !
Marie-Laure Ziss-Phokeer, manager de Small Step Matters.
Dix ans que Small Step Matters transforme les défis sportifs en élans de solidarité. Derrière les kilomètres avalés, les efforts consentis et les performances accomplies, il y a des vies à changer. Des fauteuils adaptés financés, des rêves de compétition devenus réalité et des familles qui retrouvent espoir. Manager de la plateforme solidaire, Marie-Laure Ziss-Phokeer connaît la force de ces petits gestes qui, mis bout à bout, font de grandes différences. À l'approche du défi de 105 kilomètres de Yan de Maroussem, du 28 octobre au 1er novembre, au profit de la Maison Sunflower, elle revient sur dix années de mobilisation, raconte les aventures humaines qui l'ont marquée et défend une conviction profonde : le sport doit aussi être une chance pour ceux que l'on voit trop peu.
Small Step Matters célèbre ses dix ans. Quelle place le sport occupe-t-il dans cette décennie de solidarité ?
Le sport occupe une grande place dans notre mission. Il intervient à deux niveaux : les défis sportifs, qui permettent de lever des fonds et de donner de la visibilité à certaines causes, mais aussi les campagnes destinées à soutenir directement des clubs et des athlètes, notamment des para-athlètes, pour l'acquisition de leurs équipements. Je pense, par exemple, à Roberto Michel et Mefhooz Oozeer. Le sport est devenu un formidable moyen de mobiliser les énergies autour de projets concrets.
En multipliant les défis solidaires, Pascal Ducray a notamment contribué à financer un fauteuil adapté pour Roberto Michel.
Certains sportifs ont justement marqué cette aventure par leur générosité. Lesquels vous viennent immédiatement à l'esprit ?
Dès la création de Small Step Matters, Céline Planel et Jacques David Commarmond ont cherché à mobiliser des sportifs pour relever des défis et rassembler des fonds. Je pense immédiatement à l'extraordinaire générosité de Pascal Ducray, qui s'est mobilisé à plusieurs reprises avec son cœur, son mental, son corps et son endurance.
Grâce à lui, Roberto Michel a pu bénéficier d'un fauteuil parfaitement adapté à sa morphologie, lui ouvrant des portes inespérées, jusqu'à une participation aux Jeux paralympiques de Paris. Cette année, Pascal s'est également engagé pour Jean, un patient dont la pathologie était proche de celle d'un membre de sa famille.
Pour Marie-Laure Ziss-Phokeer, chaque défi sportif peut devenir une occasion de changer concrètement des vies.
Les femmes ne sont pas en reste ! Tina Staub a elle aussi mis son endurance au service de grandes causes. Ses défis, entre courses à pied à Maurice et à La Réunion et natation en pleine mer, ont permis de lever des fonds considérables pour les jeunes para-athlètes du club de Noemi Alphonse et pour la Muscular Dystrophy Association. Elle-même maman d'un enfant vivant avec un handicap, Tina a choisi de mettre son énergie au service de l'inclusion.
Parmi les 137 projets accompagnés depuis 2016, toutes catégories confondues, quelle histoire vous a particulièrement touchée ?
Un projet réalisé l'année dernière a dépassé toutes nos espérances et m'a comblée de joie ! En octobre 2025, Sacha Espitalier-Noël a participé à un Ironman au Portugal afin de lever des fonds pour un enfant bénéficiaire de l'association CP Family.
Mais entre ses entraînements, Sacha a aussi frappé à un maximum de portes pour mobiliser des soutiens. Et tous ses efforts ont porté leurs fruits. Au final, ce sont deux fauteuils adaptés que l'association a pu offrir à deux frères d'une même famille. Des équipements indispensables, notamment pour leurs sorties. C'est une très belle aventure humaine.
Le financement demeure un obstacle pour de nombreux sportifs mauriciens. Quelles difficultés rencontrez-vous le plus souvent ?
Les besoins sont nombreux : les équipements pour les handisportifs, les déplacements pour participer à des compétitions internationales… Et cela concerne aussi bien les grands clubs que les équipes plus modestes.
En 2025, Small Step Matters a notamment soutenu le Collectif Jeunesse Curepipien pour son déplacement en France. Nous avons récolté une somme modeste, mais chaque pas comptait pour rapprocher ces jeunes de leur rêve : s'envoler pour Paris et affronter les meilleures équipes du monde.
Ces campagnes ne se limitent pas à la collecte de fonds. Elles offrent aussi une précieuse visibilité à des sportifs et à des projets qui peinent parfois à se faire connaître.
L'achat du fauteuil de compétition de Mefhooz Oozeer illustre cette mobilisation. La générosité des Mauriciens vous surprend-elle encore ?
Je retiens surtout la mobilisation extraordinaire des citoyens et des entreprises, ainsi que la grande générosité des Mauriciens. L'année dernière, Small Step Matters a géré une cinquantaine de campagnes de levée de fonds, dont au moins une sur deux financée à 100 %.
**Grâce à la mobilisation des donateurs, notamment des élèves et parents des écoles françaises, Mefhooz Oozeer a pu bénéficier d’un fauteuil de compétition adapté à ses ambitions sportives.
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Pour le fauteuil de compétition de Mefhooz Oozeer, les élèves et les parents des écoles françaises ont joué un rôle décisif. Je tiens à les remercier sincèrement.
Quand je reçois un devis des États-Unis pour un équipement de compétition, je dois reconnaître que le montant me fait parfois douter de notre capacité à atteindre l'objectif. Et pourtant, pas question de renoncer ! Lorsque j'ai rencontré Mefhooz, son histoire personnelle et sa détermination sportive m'ont réellement touchée.
Je voudrais également remercier le comité d'éthique de Small Step Matters, et surtout mes collègues Janice Beeharry et Preet Lalji. Ils mettent leurs efforts, leurs compétences et leurs contacts en commun pour faire avancer des causes qui, autrement, risqueraient de rester invisibles.
Marie-Laure Ziss-Phokeer (au centre), entourée de ses collègues Janice Beeharry et Preet Lalji, poursuit avec Small Step Matters un engagement quotidien au service de la solidarité et de l’inclusion.
J'apprends également beaucoup des encadrants et entraîneurs que je rencontre, notamment Hewlett Nelson, Jean-Marie et Loïc Bhugeerathee.
Les défis sportifs semblent capables de fédérer rapidement le public. Est-ce devenu l'un des moyens les plus efficaces de récolter des fonds ?
La réaction du public est toujours difficile à prévoir. Heureusement, les défis sportifs suscitent souvent un élan fort et immédiat, car les athlètes bénéficient d'un énorme capital sympathie.
C'est le cas de Tina Staub, Pascal Ducray, Sacha Espitalier-Noël ou Yan de Maroussem. C'est un plaisir de travailler avec eux. Ils partagent avec notre équipe le même cœur, la même énergie positive et la même détermination.
Sacha Espitalier-Noël a relevé le défi d’un Ironman au Portugal en octobre 2025, permettant de financer deux fauteuils adaptés pour deux frères bénéficiaires de l’association CP Family.
Mais pour les défis comme pour les levées de fonds, il faut être endurant ! Parfois, nous devons contacter des dizaines, voire des centaines d'entreprises.
Je tiens aussi à préciser un point important : les frais liés à l'organisation des défis sont entièrement à la charge des athlètes. Les fonds collectés à travers Small Step Matters sont réservés à la cause soutenue, et non au financement du défi lui-même.
Pour les dix ans de Small Step Matters, Yan de Maroussem s'apprête à relever un sacré défi : cinq semi-marathons en cinq jours. Que pouvez-vous nous dévoiler ?
Effectivement, du 28 octobre au 1er novembre, Yan de Maroussem réalisera un semi-marathon par jour, j'insiste bien, par jour ! Soit 21 kilomètres pendant cinq jours consécutifs.
Le départ se fera sur un tapis d'entraînement, avant de découvrir quelques paysages extraordinaires de Maurice : Trou-aux-Cerfs, Chamarel, Le Morne et l'île aux Bénitiers. Au total, 105 kilomètres, avec un seul objectif : lever des fonds pour l'ouverture de la Maison Sunflower, portée par la Fondation Hidden Disabilities Sunflower, en 2027.
Cette cause touche personnellement Yan. Son père, aujourd'hui décédé, était atteint de la maladie d'Alzheimer. Il connaît donc les difficultés liées aux handicaps invisibles. Guide aguerri et passionné de sports de plein air, il est également convaincu des bienfaits d'une immersion régulière dans la nature sur la santé mentale.
L’emblème de Small Step Matters, symbole de dix années d’engagement en faveur de la solidarité et de projets qui changent des vies.
Nous avions sollicité Yan pour devenir l'ambassadeur des dix ans de Small Step Matters. Il a immédiatement accepté, avec toute la gentillesse et l'engagement qui le caractérisent. Il a aussi proposé l'initiative Ti Balad, lancée auprès du grand public en janvier, puis des entreprises en juin. Le principe est simple : une randonnée guidée, notamment à Gris-Gris, au Morne ou à Petite Rivière Noire, associée à une opération de ramassage de déchets. Chaque participant ramasse en moyenne une dizaine de kilos de déchets en une matinée. Les frais de participation sont reversés à trois causes, à travers We-Recycle, Shoals Rodrigues et Hidden Disabilities Sunflower.
Les exploits de nos para-athlètes contribuent-ils à changer le regard sur le handicap ?
Je l'espère sincèrement. Quand Yovanni Philippe fait briller Maurice sur la scène internationale, ses performances peuvent contribuer à faire évoluer les mentalités et à sensibiliser le public à l'inclusion.
Mais derrière ces réussites, il ne faut pas oublier tous ceux qui restent dans l'ombre. Pour un Yovanni Philippe qui brille, combien d'enfants et d'adultes vivant avec un handicap invisible ont encore un accès limité à l'éducation, aux loisirs, à l'emploi ou simplement à une vie sociale digne ?
C'est un sujet que je ne connais que trop bien, étant maman d'un enfant vivant avec un trouble important de l'attention et de la concentration.
Les entreprises mauriciennes sont régulièrement sollicitées. Faut-il aujourd'hui repenser leur engagement pour offrir davantage de perspectives au handisport ?
Les entreprises sont généreuses, mais les changements dans la législation CSR vont restreindre leur liberté dans le choix des causes qu'elles souhaitent soutenir directement, puisqu'une plus grande partie des fonds sera dirigée vers la NSIF. Avec la situation économique actuelle, il est également difficile de prévoir comment évolueront les budgets de sponsoring.
En tant que manager de Small Step Matters et maman d'un enfant vivant avec une pathologie invisible, je ne peux que souhaiter davantage de partenariats durables en faveur du handisport.
Et pas uniquement pour financer les équipements ! Il faut également penser à la formation d'éducateurs sportifs spécialisés.
Des sportives comme Noemi Alphonse réalisent des prouesses alors qu'elles ont commencé leur discipline relativement tard. Imaginez si les enfants en situation de handicap, à Maurice et à Rodrigues, pouvaient accéder au sport dès cinq ans, découvrir plusieurs disciplines et ainsi révéler leurs talents et leurs préférences !
Aujourd'hui, il est difficile d'évaluer le nombre d'encadrants qu'il faudrait former, en l'absence d'étude nationale sur la prévalence des handicaps visibles et invisibles. On n'entraîne pas de la même manière un jeune malvoyant, un enfant présentant un déficit cognitif ou un sportif porteur d'une prothèse.

Chaque pas compte. J'essaie de suivre l'évolution du handisport et de voir comment Small Step Matters pourrait accompagner son développement, même à petite échelle, selon les moyens dont nous disposons.
L'année dernière, nous avons notamment permis au Magic Club de Quatre Bornes de bénéficier d'un van adapté pour ses jeunes para-athlètes. Un petit pas, certes, mais qui a compté dans leur quotidien.
Après dix ans d'existence, quel serait votre plus grand souhait pour Small Step Matters et pour le sport mauricien ?
Mon souhait le plus sincère est de voir des para-athlètes briller eux-mêmes dans des défis de levée de fonds, que ce soit pour la cause de l'inclusion ou pour d'autres projets qui leur tiennent à cœur.
J'espère que le handisport occupera une place encore plus importante dans nos futures campagnes. Pas seulement comme une cause à soutenir, mais comme un véritable vecteur de collecte de fonds et de visibilité.
Ansam nu kapav !
Yan de Maroussem : 105 km pour la Maison Sunflower
Cinq semi-marathons en cinq jours : Yan de Maroussem mettra son endurance à l'épreuve pour soutenir la Maison Sunflower.
Cinq jours, cinq semi-marathons et une cause qui dépasse largement le cadre sportif. Du 28 octobre au 1er novembre, Yan de Maroussem s'élancera dans un défi de 105 kilomètres pour soutenir l'ouverture de la Maison Sunflower, prévue en 2027. Ambassadeur des dix ans de Small Step Matters, le passionné de sports de plein air entend mettre son endurance au service des personnes vivant avec un handicap invisible.
Après une première étape sur tapis d'entraînement, son parcours le conduira notamment à Trou-aux-Cerfs, Chamarel, au Morne et à l'île aux Bénitiers. Un défi physique, mais surtout humain, qui résonne avec son histoire personnelle et son engagement pour l'inclusion.
Comment soutenir le défi ?
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Par Juice : Small Step Matters, dans « Pay a Merchant ». Référence : Sunflower.
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Par virement bancaire : compte MCB Small Step Matters — 000444289887. Référence : Sunflower.
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Pour les entreprises (CSR) : [email protected].
Les fonds collectés via la campagne sont destinés au projet de la Maison Sunflower. Les frais liés à l'organisation du défi sont pris en charge par le sportif.
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