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Première expo à Rome
Nirveda Alleck : exploration des identités tapies sous la surface
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Première expo à Rome
Nirveda Alleck : exploration des identités tapies sous la surface
Une proposition artistique reposant sur une interrogation : que reste-t-il sous la surface des territoires, des images et des récits qui façonnent nos identités ? Vaste programme que celui proposé par l’artiste visuelle Nirveda Alleck. Depuis le samedi 10 octobre, la Black Liquid Art Gallery, à Rome, accueille sa première exposition personnelle en Italie.
Intitulée Spread Over the Ocean Bed, cette collection de sept peintures et d’une œuvre vidéo explore les traces enfouies de l’histoire et de l’identité. L’artiste y interroge les «héritages coloniaux, la mémoire et les identités plurielles». Cette exposition sera visible jusqu’au 5 décembre. Placée sous le commissariat d’Antonella Pisilli, l’exposition réunit sept peintures réalisées entre 2017 et 2024 ainsi que la vidéo Insular Variations II – Arise. Cette œuvre vidéo est également présentée à la deuxième Biennale internationale d’art contemporain de Durrës, en Albanie, jusqu’en novembre 2026.

Dans Insular Variations II – Arise, une femme se tient immobile dans une eau peu profonde, à la frontière entre la terre et l’océan. Sous ses pieds se dessine une autre histoire, celle de Mauritia, une ancienne masse continentale dont des traces ont été découvertes sous l’océan Indien. Commencée en 2016, puis reprise et remontée par l’artiste dix ans plus tard, cette œuvre constitue l’un des fils conducteurs de l’exposition.
Nirveda Alleck s’intéresse ainsi à ce qui demeure invisible, mais continue d’agir : les traces enfouies sous les territoires, les vestiges historiques hérités et les identités que d’autres cherchent parfois à définir. «Dans son travail, ce qui est submergé n’est pas ce qui est mort. C’est ce qui continue d’agir sans être vu», souligne la commissaire d’exposition Antonella Pisilli.

Cette réflexion se prolonge dans Continuum Dakar, une grande frise représentant des hommes et des femmes croisés dans la rue, sans aucun indice permettant de les catégoriser. Les figures sont visibles, mais échappent à toute tentative de classement. En refusant de réduire ces personnes à des identités prédéfinies, l’artiste renverse le regard colonial et fait écho au «droit à l’opacité» du penseur Édouard Glissant, également présent dans How Dark Are Your Thoughts.
L’exposition se tourne ensuite vers une histoire plus intime. Issues de la troisième génération de travailleurs engagés indiens arrivés à Maurice après l’abolition de l’esclavage, Nirveda Alleck examine les héritages qui traversent sa propre identité. Dans Divine Weapons, She had many thoughts in her head et Heart on Leaves, elle explore les liens entre mémoire collective et expérience personnelle.

Un cœur anatomique cousu dans un tissu ayant voyagé entre l’Inde, l’Europe et Maurice devient notamment le symbole matériel de ces circulations et de ces appartenances multiples. L’identité apparaît alors comme une construction complexe, nourrie de plusieurs histoires et impossible à enfermer dans une définition unique.
Formée à la Michaelis School of Fine Art, au Cap, puis à la Glasgow School of Art, Nirveda Alleck a exposé à plusieurs rendez-vous internationaux majeurs. Elle a été lauréate de la Biennale de Dakar en 2010, avant de participer à Art Basel, aux Rencontres de Bamako en 2020 et à la Biennale de Gwangju en 2024. Elle est représentée par la Black Liquid Art Gallery.
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