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Nomination
Christophe Troylukho : Toujours gagner du terrain
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Nomination
Christophe Troylukho : Toujours gagner du terrain
Photos : Aurelio Prudence
27 octobre 1986 - 27 octobre 2026. Au Centre Nelson Mandela pour la culture africaine, à La Tour-Koenig, on s’apprête à célébrer les 40 ans d’existence de l’institution. Rencontre avec Christophe Troylukho, le nouveau président du conseil d’administration du centre, qui a entamé son mandat depuis juillet, dans la discrétion.
Quand vient le moment de choisir, il y a des décisions qui en disent plus que tous les discours. «Après ma nomination, j’ai dû arrêter mon emploi.» La voix de Christophe Troylukho, 45 ans, marié, papa de Joshua, qui aura bientôt 18 ans, est presque blanche. On n’y entend ni regret ni aigreur. Dans le board room du Centre Nelson Mandela pour la culture africaine, le nouveau président du conseil d’administration– en poste depuis fin juillet – a pris ses marques.
«Avec un ami réunionnais, nous avons lancé une laverie automatique.» Un service baptisé Laverie des tropiques, qui a ouvert en août, à Cap Tamarin, avec trois machines à laver. Marché visé : les clients des Airbnb, des restaurants, des salles de sport, etc. C’est la première aventure de Christophe Troylukho en tant que directeur d’entreprise. Avant la lessive, il a été commercial en peinture pendant 17 ans, pour le compte d’un grand fabricant local.
Mais dans la palette de couleurs, il a toujours eu une préférence marquée pour le rouge vif. Un beau jour – c’est Christophe Troylukho qui raconte –, son téléphone a sonné. Le leader des Rouges l’a appelé, en lui proposant la clé du Centre Nelson Mandela pour la culture africaine. L’homme de terrain a accepté de passer du côté des bureaux d’un centre culturel. «Mais ce n’était pas compatible avec la politique de l’entreprise où j’étais.» Pour ce fabricant de peinture, on ne peut être à la fois salarié et occuper un poste officiel. «Cela a été dur de quitter une famille», confie Christophe Troylukho. Surtout après avoir représenté l’entreprise à Singapour et avoir ramené un gold award.
Mais les divergences d’opinion en famille, il connaît. La famille vient de Résidence Kennedy. Christophe est le fils de Guy Troylukho, ancien maire de Quatre-Bornes entre 2014 et 2015. «Mon père a commencé au Mouvement militant mauricien. Il a intégré le Parti travailliste en 2012, puis il est passé au Mouvement socialiste militant. Il est toujours actif, notamment sur les réseaux sociaux.» Le ton est tranchant. «Il ne m’a jamais influencé pour faire de la politique.»
L’engagement pour Christophe Troylukho est d’abord synonyme de temps donné aux activités de la paroisse de Saint-Luc, à Quatre-Bornes. «J’étais turbulent comme tous les ados», se souvient-il. Quand on lui demande quelle a été sa pire bêtise, il lâche : «Joker.» Avant de raconter sa «rencontre décisive» avec un fonctionnaire du centre de jeunesse de la localité, Monsieur Jugroo, «un ancien enseignant. Il a su canaliser l’énergie que j’avais». L’animateur inscrit l’adolescent à toutes les formations dispensées par le ministère de la Jeunesse et des sports, à l’époque : life skill management, leadership, youth association management, first aid, etc. «Avant l’âge de 18 ans, c’est comme si que j’avais intégré le comité exécutif du centre. J’étais un peu l’agent responsable après les heures de bureau.» Pareil cadre, «ça oblige à être responsable», dit-il avec reconnaissance.
Avant d’ajouter : «Je ne vais pas tirer la couverture sur moi, mais on avait installé un boulodrome dans la cour du centre de jeunesse. C’étaient les adultes qui en profitaient et les jeunes n’avaient pas trop l’occasion d’avoir un endroit sécurisé pour jouer.» Jusqu’à ce que ce boulodrome de Résidence Kennedy devienne un lieu de partage d’expériences entre des adultes et des jeunes. «Quelques années plus tard, les filles et les femmes sont venues jouer. Parmi, il y en a qui sont devenues des championnes de pétanque, qui ont représenté Maurice à l’international.»
Christophe Troylukho, lui, a porté les couleurs de l’uniforme du collège New Eton. En Form III, «à la fin du premier trimestre, le recteur m’a fait comprendre, que quel que soient mes résultats, à la fin de l’année, je ne serai plus élève du collège». L’histoire ne dit pas ce que l’adolescent turbulent avait fait. Par contre, dans sa tête, il se dit : «Cela ne vaut pas la peine d’intégrer un nouveau collège au milieu de l’année scolaire. J’ai pris mes cliques et mes clacs, et je suis allé travailler.» Son premier job : fixer des ouvertures en aluminium et des grilles de sécurité pour une entreprise spécialisée.
Réaction des parents ? «Mes parents se sont séparés quand j’avais huit ans. Ils ont été obligés de l’accepter. J’avais pris ma décision.» Heureusement qu’il y a aussi des amis. Comme celui qui était libraire au Lycée mauricien. «Il m’a convaincu que j’ai du potentiel, qu’il fallait retourner au collège.» Christophe Troylukho décide de faire une surprise à sa mère. Mais quand il lui annonce qu’il reprend le collège, elle «pique une crise». S’inquiétant des moyens à trouver pour acheter le matériel scolaire. «Je l’ai rassurée en disant qu’avec mon argent, j’avais déjà tout acheté et que je n’avais besoin que de sa signature.» Le nouvel élève poursuit sa scolarité jusqu’en Form V au Lycée Mauricien.
Diplôme en poche, le voilà sur les chantiers de construction comme charpentier, ajustant les faux plafonds. «En même temps, je suivais toutes les formations disponibles.» Vient le mariage et la stabilité. Pendant trois ans, Christophe Troylukho est field worker pour le Trust Fund for Social Integration of Vulnerable Groups, dans l’Ouest. Puis, pendant six mois le voilà Social Development Consultant à la Bel-Ombre Empowerment Foundation. Ce qui lui permet de quadriller la zone de Baie-du-Cap jusqu’à Rivière-des-Galets. «Je travaillais avec des personnes, des communautés qui avaient l’envie de s’en sortir.» Étape suivante dans son parcours professionnel : il intègre l’entreprise qui fabrique de la peinture. «C’était un avantage d’avoir connu plusieurs corps du métier. Quand je parlais avec les entrepreneurs, j’avais le langage du chantier, comparé à des collègues qui n'avaient jamais connu de chantier.»
Tout ça, c’est derrière lui. «J’ai toujours aspiré à me mettre au service du pays», affirme Christophe Troylukho. Cela se voit dans sa façon de multiplier les engagements : au sein de Zezi Vre Zom, où il vit sa «vocation de chrétien». Il est dans le comité de gestion de Caritas Rivière-Noire. Il est aussi président de la Tamarin FC United Academy. Ce qui tombe bien, car son fils y jouait au football. «L’année dernière, il nous a aidés à gagner le championnat de deuxième division régionale. Il vient de signer en deuxième division nationale à Grande-Rivière-Noire.»
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Engagement politique : Rouge de conviction
Son engagement politique remonte à 1999. Christophe Troylukho vient d’avoir 18 ans. «On venait de vivre les émeutes Kaya à Résidence Kennedy.» Il se souvient de ce jour de «panique» où il a fallu s’organiser pour faire déposer tous les collègues, «surtout les filles», chez eux. Luimême a raccompagné quelqu’un à Rose-Hill, mais comme il n’y a plus de bus, il doit marcher jusqu’à Résidence Kennedy. Quand il rentre, il tombe sur des gens du quartier qui sont descendus dans la rue. Avec la crainte que des casseurs vont débarquer. «Avec d’autres jeunes, on se dit qu’on doit protéger notre quartier. Les adultes ne comprenaient pas ce qu’on faisait. Ils disaient qu’on faisait du désordre.»

À un moment donné, Christophe Troylukho dit avoir été envoyé «dans une négociation, pour représenter les habitants sur les barrières entre la cité et le cordon policier». Son message est clair : «On veut protéger la cité. SMF nou dakor, me nou pa le lapolis.»
Après ce moment de tension, «on a repris notre vie, mais ce n’était plus la normalité». Les questionnements sur les inégalités sociales ont perduré. Il devient une voix des jeunes auprès des Forces vives. Constate les ravages des drogues, «le brown sugar rentrait dans la cité. Shopping mall-la ti dan Kennedy». En 2000, pour les élections générales, il choisit son camp : le Parti travailliste. En 2005, il est polling agent. Puis, il intègre le Constituency Labour Party du n° 14. En 2012, il intègre le Young Labour. En 2014, il est membre du campaign committee du n° 14. En 2020, il est élu conseiller de village. En 2024, «le leader m’a fait confiance, m’a nommé campaign manager pour la circonscription n°14»
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