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Ti Rodrig

Aux allures de bidonville

11 octobre 2026, 22:00

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Aux allures de bidonville

Sur le flanc de la montagne à Cité La Cure, le silence et la quiétude cachent la condition inhumaine de plus d’un millier de citoyens mauriciens. Plus de 200 taudis en tôle servent de maisons depuis plus de 20 ans. La pauvreté à son extrême qui fait face aux gratte-ciel de Port-Louis. L’écart est devenu un gouffre, un drame social presque insurmontable face à l’inaction des décideurs.

Le soleil est au rendez-vous en ce début d’été. Le linge sèche sur une corde fragile. Une jeune mère, toute menue, s’occupe de son petit garçon de trois ans, ses jumelles sont sur un lit, dans cette maison d’une pièce pour six personnes. Le soleil ne brille plus dans les yeux de Caroline (prénom fictif). Elle a perdu espoir de voir un jour meilleur et vit dans la crainte de cet avenir incertain pour ses enfants. Ayant le soutien de sa mère pour surveiller les enfants, quand elle trouve un petit boulot, Caroline ne sait plus vers qui se tourner pour trouver une solution.

Express.mu (620 x 330) (13) ■ Une poubelle géante faute de service de voirie régulier.

Il faut avoir les jambes solides pour monter la pente raide qui mène vers les cases en tôle. En 20 ans, ce quartier, devenu un «village de squatteurs», a été laissé à l’abandon. Juste des promesses qui se sont envolés au lendemain du scrutin.

«Pa trouv okenn depite. Zot vini zis pou fer foto, kan pe fer enn ti netwayaz ou donasion… apre zot disparet…koze boukou, me aksion zero», dit Mme Perrine qui ne mâche pas ses mots envers les politiciens.

Untitled design (4) ■ «Isi ena inzenier san papie… zot fer tou instalasion zot mem».

Les impasses de terre sont vides, en ce jour de semaine. «Les habitants sont partis travailler. Parski nou pa pares nou, nou anvi travay… tou ti travay nou gagne nou fer… Parski la plipar dimounn isi travay gramatin pou manze tanto», soupire Mme Perrine. Près de 90 % des habitants de Ti Rodrig sont originaires de l’île Rodrigues, venus à Maurice avec l’espoir de trouver une meilleure situation et trouver un emploi stable. «Monn kit Rodrig, ti pe ress Baie du Tombeau, apre inn rod lakaz pann gagn ditou. lerla nou inn vinn lor Ti Rodrig, inn gagn 19 an. Enn gran maler nou inn fer… pena nanie isi, ni dilo, ni kouran, nanie», poursuitelle. Rien n’a changé depuis son premier jour ici, la même indifférence et le même rejet. «Mersi bondie mo pe kit Ti Rodrig biento… monn resi gagn enn lakaz NHDC», confie-t-elle en levant les yeux au ciel.

Sime labou

En temps de pluie, les chemins de terre sont impraticables. Pas d’école pour les petits. Et s’ils bravent les intempéries, il faut avoir une deuxième paire de savates ou de chaussures pour prendre le bus. «Si ou vinn la kan ena lapli, ou ti pou mars dan labou ek lamar», nous dit Mme Castel. Cette retraitée est originaire de Rodrigues. En regardant le cocotier dans sa cour, elle se remémore le jour où elle a mis cette bouture en terre. «Get ki grander sa inn vini, mo ankor lamem, dan mem sitiasion», ajoute Mme Castel d’une voix submergée par la nostalgie. À l’heure où l’eau se fait rare ailleurs, ici c’est l’entraide entre voisins qui permet à ces centaines de familles d’avoir accès à l’eau potable. C’est le même cas de figure pour l’électricité. Sans cet élan de solidarité entre habitants de La Cure, Ti Rodrig serait dans le noir total et sans une goutte d’eau.

Untitled design (5) ■ Une case en tôle, avec une seule pièce, pour une mère et ses cinq enfants.

Fléaux sociaux

Comme ailleurs, la drogue n’a pas épargné Ti Rodrig. Bon nombre de jeunes non scolarisés trouvent des petits boulots avec les dealers. Et le paiement se fait souvent en produits illicites. «Ladrog boukou ena isi. Baron ladrog tou ress dan Ti Rodrig. Zot fer bann zen 12 - 14 an travay ek pey zot ek ladrog. Zot fini par konsom ladrog -la ou vann li.. e zot koumans fer trafik. Pena okenn distraksion isi.. Selma pa tou zenn ki fer sa.. ena al lekol, travay pou resi en zour kit Ti Rodrig», observent les plus anciens habitants.

Les appels à l’aide n’obtiennent aucune réponse ici. «Samu, la police ne viennent pas ici quand une personne est malade. Les autorités nous ignorent. Mais quand il faut venir chercher une personne pour un cas de vol ou de drogue, là la police débarque en force», observent les habitants de Ti Rodrig. Si la plus grande partie des terrains squattés appartient à l’État, une autre partie est constituée de terrains privés. «Les propriétaires des terrains privés sont d’accord pour céder la terre aux habitants qui occupent l’espace illégalement, à condition d’avoir un autre terrain similaire par l’État. Cette proposition est restée comme une lettre morte à ce jour», poursuit une habitante de Ti Rodrig.

Untitled design (6) ■ Cette pente en terre se transforme en rivière en temps de pluie.

Le plus grand mal dans cette condition de vie, ne sont pas les regards des gens, ni les titres dégradants ou discriminants, mais c’est l’exclusion quotidienne. Le soleil est parti se cacher derrière les gros nuages gris. Le ciel s’assombrit, Ti Rodrig encore plus.

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