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Taleyven Ramsamy : «Mon plus grand professeur, c’est l’expérience»
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Taleyven Ramsamy : «Mon plus grand professeur, c’est l’expérience»
À 23 ans, Taleyven Ramsamy, qui a grandi à Beau-Bassin dans une famille modeste, dont il est le seul fils, partage son temps entre ses études et Golden Element, son activité de création de décors et de sculptures. Il transforme des plaques de polystyrène en œuvres destinées à des séances de prières, fêtes religieuses, mariages et autres événements.
Une passion qu’il a développée presque seul, au fil des années, des erreurs et des nuits de travail.
Il commence déjà à travailler alors qu’il est élève au collège St Mary’s, à Rose-Hill : portraits et structures décorées – que les dévots portent à l’occasion du Thaipoosam Cavadee – en hommage à Muruga, dieu de la jeunesse, de la beauté et de la sagesse.
■ Taleyven Ramsamy au travail.
Ces premières commandes lui rapportent un peu d’argent et lui permettent de progresser. Il est aujourd’hui en première année de licence en arts visuels à la School of Fine Arts du Mahatma Gandhi Institute. Pour lui, l’art n’est pas qu’une matière universitaire, mais surtout une manière de s’exprimer, d’apprendre et de gagner en indépendance. «L’art n’a pas de limite.»
Du premier Ganesh à la «murthi» en polystyrène
Tout commence en 2022. Taleyven reçoit quelques conseils de quelqu’un qu’il rencontre à Pointe-aux-Sables, mais ne suit aucune formation spécialisée : il apprend en pratiquant, en expérimentant et en se trompant. La curiosité lui vient d’amis qui travaillent déjà ce matériau. Son premier défi arrive autour de Maha Shivaratri, grande fête hindoue consacrée à Shiva : une sculpture de Ganesh, divinité associée à la sagesse et à la levée des obstacles. Il lui faudra un mois pour la terminer. «Ce Ganesh n’était pas parfait, mais il m’a donné la confiance nécessaire pour poursuivre.» Il recommence, affine sa technique et comprend que l’apprentissage ne s’arrête jamais. «Mon plus grand professeur, c’est l’expérience.»
Golden Element, son entreprise lancée le 12 novembre 2025 et présentée sur sa page Facebook, propose des décorations personnalisées pour des prières, des mariages, des célébrations religieuses ou des anniversaires. Shivam et Rahul l’accompagnent lors des mises en place. Tout part d’une idée ou d’une photo du client. Taleyven réalise des esquisses, discute taille, couleurs et détails ; une fois le concept confirmé, le polystyrène est découpé, sculpté, fini et mis en couleur. «Le but est de transformer l’idée du client en une œuvre tridimensionnelle», explique-t-il.
■ Taleyven (à g.) avec sa petite équipe composée de Shivam et Rahul.
Une création demande entre une semaine et un mois de travail. L’activité n’étant pas encore son occupation à plein temps, il doit jongler entre études, commandes et délais. «Il faut pouvoir gérer son temps sans compromettre la qualité et les détails de la sculpture.» Il n’a pas de tarif fixe : le prix dépend de la taille, du niveau de détail et du temps de travail. Taleyven en discute d’abord avec le client, budget compris.
Une grande partie de son travail concerne des murthis, représentations d’une divinité pour les cérémonies. Il a ainsi réalisé un Ganesh d’accueil, la déesse Mariamman (Amman), qui symbolise le pouvoir, la prospérité, la sagesse et l’harmonie conjugale, et Muruga pour des Cavadees. Celui du 17 mai 2026, au temple Mariammen d’Ébène, lui a laissé un souvenir particulier. Il y avait représenté Amman dansant avec l’Agni Shakthi, symbole de puissance et d’énergie divine, dans la main.
■ Son premier véritable projet : une sculpture de Ganesh à l’occasion de Maha Shivaratri en 2022.
Derrière cette murthi, beaucoup de nuits de travail, de fatigue et de difficultés aux côtés de son ami proche Shivam. Les deux amis ont tenu jusqu’à la voir prendre forme, et la satisfaction a pris le dessus. «C’était presque comme voir mon propre cœur porté dans sa main – fragile, vivant et sacré.»
Le polystyrène séduit aussi par sa légèreté : les murthis se portent plus facilement, notamment par les enfants. Taleyven sait que ce matériau n’est pas biodégradable ; il dit limiter le gaspillage et réutiliser les morceaux. Même disparue, une sculpture continue, selon lui, de vivre dans les photographies et les souvenirs.
■ La déesse Amman dansant avec l’«Agni Shakthi» à la main.
Travailler le polystyrène à 23 ans suscite la curiosité. Certains sont impressionnés par ce qu’on peut tirer d’un matériau d’apparence si simple ; d’autres, dans son entourage ou ailleurs, restent sceptiques. Taleyven dit comprendre ces doutes. «La critique peut remettre un artiste en question, mais elle ne devrait jamais l’empêcher de créer.» L’essentiel, pour lui, c’est travailler, progresser, rester humble et laisser ses réalisations parler d’elles-mêmes.
Mahavishnu, une idée devenue histoire
Parallèlement à ses études, il a participé à des projets pour la cérémonie du safran, qui précède un mariage traditionnel hindou ou tamoul ; pour Ganesh Chaturthi et des célébrations de Govinden, dédiées à Krishna, faites de chants, de prières et de décorations. À terme, il souhaite développer Golden Element, collaborer avec des hôtels et signer des décorations de mariage et des projets créatifs de plus grande envergure.
■ La «murthi» de Mahavishnu a été sculptée par des artisans, alors que Taleyven en a développé le concept et réuni les différents éléments pour donner vie à sa vision.
Son projet le plus récent était le 19 septembre dernier à l’occasion du Govinden Tiruvizha – mois sacré de jeûne, prière et dévotion dédié au dieu Krishna – à Rivière-du-Rempart chez Ganessen Govinden, auquel il est reconnaissant pour sa confiance.
L’idée de cette décoration dédiée à Mahavishnu, forme majeure de Vishnu, divinité de la préservation et de la protection, venait de Ganessen Govinden ; Taleyven y a apporté sa vision artistique.
Mahavishnu apparaît au cœur d’une forêt mystérieuse, sous un arbre ancien. Les serpents qui l’entourent évoquent Adishesha, serpent divin protecteur ; l’obscurité représente le mystère de l’inconnu, la lumière, la présence divine qui s’y révèle. La murthi a été sculptée par des artisans; Taleyven en a conçu l’ambiance et la mise en scène, ainsi que la réalisation d’un tableau représentant Krishna à l’entrée. «J’ai eu la chance de participer à ce beau projet et de voir cette idée prendre vie grâce au travail de plusieurs personnes et artisans talentueux», confie-t-il.
■ Une décoration pour un mariage.
Taleyven ne veut pas s’arrêter à la création : à plus long terme, il aimerait transmettre ce qu’il a appris et devenir un mentor pour de jeunes artistes. Son conseil à ceux qui veulent se lancer est simple : faire quelque chose qu’ils aiment réellement. «Quand on aime ce qu’on fait, même le travail devient un jeu que l’on attend avec impatience chaque jour.» Le polystyrène est son matériau de prédilection, mais son véritable outil reste son imagination : derrière chaque sculpture, il veut raconter une histoire. À 23 ans, il sait qu’il lui reste beaucoup à apprendre. Et c’est, semble-t-il, ce qui lui plaît et le motive le plus pour avancer.
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