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Portrait

Ryan Atchia : Inciter les Mauriciens à créer des jardins comestibles chez eux

10 octobre 2026, 20:00

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Ryan Atchia : Inciter les Mauriciens à créer des jardins comestibles chez eux

Ryan Atchia, Paysagiste et fondateur de Garden of Earth.

Promouvoir la création de jardins comestibles, que ce soit dans une arrière-cour, sur un terrain en friche, sur le toit ou dans des bacs, tout en organisant des ateliers de transmission de connaissances sur la culture organique aux familles intéressées, c’est la vision de Ryan Atchia, paysagiste et fondateur de la société Next Level dont une des activités complémentaires est le «Garden of Earth».

Ryan Atchia, 36 ans, a beaucoup bourlingué après avoir complété sa scolarité secondaire. Cet enfant de Tranquebar a travaillé pendant deux ans à la réservation d’une compagnie aérienne avant d’être recruté par le Club Med en tant que responsable du transport et de la logistique. Après un an, il a mis le cap sur l’Italie, à Milan, où il a exercé plusieurs petits boulots. Il s’est mis en tête d’explorer quelques pays européens, notamment la Suisse et la France, et il l’a fait en autobus et en covoiturage.

Son objectif de se faire embaucher comme membre du personnel navigant commercial d’Emirates ayant échoué, il est rentré à Maurice fin 2015. C’est au cours d’un voyage aux Seychelles, archipel à la nature luxuriante, qu’il a commencé à s’intéresser aux plantes. «Je me suis dit qu’il y a une autre façon de vivre en s’alignant sur la nature.» Mais il n’a pas poussé plus loin cette réflexion à ce moment-là.

De retour à Maurice, son désir de connecter les gens l’a incité à fonder une société événementielle nommée Next Level. Et malgré une rude concurrence, il a réussi à organiser des soirées d’entreprises et des événements privés. «Le démarrage de Next Level n’a pas été aisé, mais même un enfant de cité peut avoir une vision et avec la volonté, tout devient possible. Notre soirée signature était pour le Nouvel An avec de la dance music, de la musique électronique, etc.»

Formation

De fêtard qu’il était, sa vision a changé lorsqu’il est reparti pour la France en 2019 et qu’il a sympathisé avec le directeur de Betula Paysage, paysagiste, créateur de paysages d’intérieur et pisciniste basé à Rennes, en Bretagne. Ryan Atchia s’est alors intéressé aux paysages et aux plantes d’intérieur et a suivi un cours en aménagement paysager menant au Bac Pro auprès d’un centre de formation de Rennes, tout en travaillant pour Betula Paysage.

Un des rares métiers qui ne s’est pas arrêté avec le confinement causé par la pandémie du Covid-19 a été celui de paysagiste. Et avec Betula Paysage, Ryan Atchia a non seulement planté mais a aussi entretenu des arbustes et des massifs chez des particuliers. «C’était joli à regarder, mais hormis l’esthétique, je trouvais qu’il manquait la dimension comestible, d’autant plus que durant le Covid-19, les gens ne pouvaient pas aller faire leurs courses normalement.» Ryan Atchia a donc suivi un cours en ligne auprès de Natura-Dis, école à distance spécialisée dans les métiers de la nature et de l’environnement.

À l’issue de cette formation, il a obtenu un contrat à durée déterminée auprès d’Idverde France, leader européen de l’aménagement et de l’entretien paysager. Contrat portant sur l’entretien des pelouses du Camp des Loges, centre d’entraînement du Paris-Saint-Germain, mais aussi les surfaces du Parc des Princes, alors stade du club de football parisien. La tâche du jeune Mauricien était de rejoindre l’équipe épaulant l’Irlandais Jonathan Calderwood, Grounds Manager, considéré par beaucoup comme le meilleur jardinier de France. Ryan Atchia s’est senti privilégié, non seulement de travailler dans son domaine de prédilection mais aussi parce que ce contrat lui a permis de côtoyer plusieurs grosses pointures du football telles que Lionel Messi. «J’étais aux premières loges. Ce contrat m’a donné davantage confiance en moi.» Le seul élément qui le dérangeait est que le traitement des pelouses susmentionnées était chimique. «Il était dans mes projets d’aller davantage vers l’organique. Dans ma tête et après le Covid-19, il fallait que chaque personne ait un jardin comestible dans son arrière-cour, sur son toit, sa terrasse, chez lui, et que les plantes esthétiques soient remplacées par des plantes comestibles.»

C’est avec cette idée en tête qu’à son retour à Maurice à la fin 2022, il a fondé Garden of Earth, société paysagiste, qui est une des activités complémentaires de Next Level. Si, au début, il s’est mis au paysagisme classique à Flic-en-Flac, refaisant les jardins des contacts qu’il s’était faits à l’époque où il organisait des soirées, il a ensuite décidé de proposer ses services d’aménagement de jardins comestibles aux propriétaires ayant un terrain en friche. Il s’est entouré d’une équipe de six jardiniers qui maîtrisent la culture organique et les plantes comestibles qu’il rétribue à partir de ses honoraires convenus avec le propriétaire du terrain. «Nous n’imposons rien. Si le propriétaire veut d’un jardin aux plantes d’intérieur, nous le faisons. S’il est séduit par l’idée d’un jardin comestible, nous procédons au zoning et nous plantons, afin qu’il puisse au final utiliser ses propres légumes, condiments ou plantes médicinales récoltées.»

En sus du jardin comestible qu’il a aménagé en tant que prototype à Daruty, où il vit, il a réalisé d’autres jardins de ce type à Petit-Raffray et à Balaclava. Avec son équipe, ils procèdent actuellement à l’aménagement d’un autre jardin comestible chez une famille de Baie-du-Tombeau.

Transmission

Ryan Atchia propose aussi aux familles d’organiser des ateliers pédagogiques sur la culture organique, sur la permaculture ou sur les plantes comestibles. Garden of Earth s’intègre aujourd’hui dans une vision plus large de Ryan Atchia qui est le Mycélium. «Nous voulons réunir les familles et les connaisseurs en plantes qui travaillent avec Next Level pour des échanges afin d’agir comme un mycélium dans la nature. L’idée est de créer des connexions entre les personnes, les savoir-faire, la nature et les projets afin que chacun puisse apprendre et transmettre. Notre devise est Each one teach one. Nous voulons favoriser des rencontres entre nos jardiniers et les gens intéressés par notre concept, surtout avec la hausse du coût de la vie, les prix des aliments qui flambent et le danger causé par les pesticides. Même les hôtels et restaurants pourraient avoir leurs propres bacs de plantes comestibles, l’objectif étant de réduire les coûts et d’éliminer le gaspillage alimentaire.»

Pour Ryan Atchia, ces ateliers pourraient aussi permettre aux enfants d’apprendre à planter et à profiter du grand air au lieu de rester confinés à la maison. «Aujourd’hui, les enfants sont scotchés aux écrans de téléphones et de tablettes. Il faut les faire sortir, respirer, connaître la nature et planter. Valeur du jour, quelle transmission se fait-elle en famille ? Dans dix ans, vingt ans, que retiendront ces enfants s’ils continuent sur cette trajectoire technologique ? On peut combiner l’aspect organique à la technologie mais cette dernière ne doit pas tuer la première.»

Ryan Atchia n’a pas connu feu Eric Mangar, infatigable militant de l’autosuffisance alimentaire. Mais si celui-ci était encore en vie, il y a fort à parier qu’il aurait applaudi l’initiative…

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