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Santé mentale
Entre 500 et 600 appels mensuels : Le poids des mauvaises nouvelles
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Santé mentale
Entre 500 et 600 appels mensuels : Le poids des mauvaises nouvelles
Le téléphone de Befrienders Mauritius sonne plus qu’en juillet. L’association de prévention du suicide recevait alors entre 400 et 500 appels par mois, et entre 500 et 600 aujourd’hui. En cette Journée mondiale de la santé mentale, sa présidente, Sheïla Cheekhoory , décrit un pays où les inquiétudes s’additionnent. «Ça [les appels] a augmenté, bien sûr, ça a augmenté.»
Elle avance une première explication, inattendue. Beaucoup d’adolescents se confient d’abord à ChatGPT, qui, selon elle, les renvoie vers le numéro de l’association. Certains ne savent même pas qui ils ont au bout du fil. «J’étais en train de parler avec ChatGPT. Vous êtes qui, vous ?» Elle s’en réjouit. «Ces jeunes n’auraient jamais appelé d’eux-mêmes et disent de leurs parents : ‘Ils ne vont pas me comprendre, ils vont me gronder.’» Mais l’intelligence artificielle n’explique pas tout. La présidente de Befrienders parle d’un mal-être plus large. «Je vous le dis franchement, la vie est devenue pire.»
Le constat dépasse Maurice. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent avec un trouble de santé mentale. Ce mal-être suit en partie le calendrier. Il n’y a pas de mois creux, dit Sheïla Cheekhoory : les appels arrivent à longueur d’année. Certaines périodes ont pourtant leur couleur. En novembre et décembre, ce sont les examens, puis en janvier et février, les résultats de ces examens. Les élèves appellent davantage, pris par la peur et l’inquiétude. Les fêtes de fin d’année rappellent les deuils et les séparations, la chaise vide de celui ou celle qui était là l’an dernier.
À cela s’ajoute le quotidien. Sheïla Cheekhoory cite les emplois perdus, les addictions : «La drogue et l’alcool font vraiment des ravages.» Des jeunes appellent pour cela. «Ils veulent s’en sortir, mais ils ne savent pas comment.» Befrienders les écoute, puis les oriente vers des organisations non gouvernementales spécialisées. Elle observe aussi une impatience nouvelle, visible jusque sur la route. Et maintenant, la crise de l’eau.
«No good news, bad news»
Tout cela vient s’ajouter aux nouvelles. Crimes, vols, viols, disparitions : selon elle, les Mauriciens sont fatigués de n’entendre que cela et guettent la moindre information heureuse. Et l’effet ne s’arrête pas à celui qui écoute. Elle prend l’exemple d’une mère qui apprend la disparition d’une adolescente de 14 ou 15 ans. Si elle a une fille du même âge, elle s’inquiète, multiplie les interdictions, insiste pour la déposer et la récupérer. La tension s’installe alors à la maison. «On est des humains. On absorbe.»
L’OMS plaide cette année pour des soins ancrés dans la communauté plutôt que dans les établissements psychiatriques de long séjour. Dans l’île, l’accès aux soins dans le service public reste largement méconnu. Sollicité sur les ressources, les délais de prise en charge et le suivi des patients, un cadre du ministère de la Santé a déclaré qu’il nous répondra dans les prochains jours.
Reste à tenir le coup, quand tout pèse en même temps. Tout le monde n’a pas accès à un psychologue, ni ne dispose d’un budget pour une activité. Sheïla Cheekhoory en convient et énumère ce qui ne coûte rien. Marcher pieds nus sur le sable ou sur la terre, poser la main sur un arbre, ce qu’elle appelle le grounding. Les exercices de respiration, la lecture, la méditation, le yoga, l’écriture d’un journal. Un moment à soi aussi, en particulier pour les mères qui travaillent et qui portent le bureau, les enfants et la maison sur leurs épaules.
La journée, selon elle, se joue dès le réveil. Sortir marcher, même dans la cour, prendre une tasse de thé et laisser le téléphone de côté. «Dès qu’on se lève, on se met au portable. Il faut mettre le téléphone de côté.» Elle plaide enfin pour du temps en famille, surtout avec les jeunes. «La qualité de conversation est très importante.» Mais d’abord, «il faut en parler.» À un ami, à un parent, à un médecin, à un psychologue, à une association. La suite appartient à chacun. «On est là à écouter, on est là à aider, on est là à donner des petites pistes, mais pour le faire, pour le mettre en pratique, c’est la personne même qui doit agir.»
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Handicaps invisibles, le sont-ils vraiment ?

On parle davantage d’autisme, de dyslexie ou de santé mentale ; comprend-on mieux pour autant ? Nadjah Abbasakoor, directrice de The Inclusion Station et fondatrice de la Sunflower Charitable Foundation, revient sur ces handicaps invisibles.
Dans une salle de classe, un bureau ou une file d’attente, rien ne les signale. Autisme, trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, dyslexie, maladies chroniques, troubles neurologiques, déficiences cognitives, handicaps sensoriels, maladies mentales… la liste des handicaps dits invisibles est longue. Nadjah Abbasakoor dit avoir rencontré des personnes vivant avec des troubles de l’apprentissage, des personnes diagnostiquées autistes, d’autres qui peinent à se concentrer ou qui font face à des problèmes de santé mentale.
Sont-ils vraiment invisibles ? La directrice de The Inclusion Station répond en parlant de l’effort. «Une personne peut paraître tout à fait normale mais dépenser beaucoup d’efforts pour faire les choses les plus simples.» Ces personnes compensent, s’adaptent et cachent leurs difficultés, explique-t-elle.
Si l’effort ne se voit pas, les jugements, eux, s’entendent. Les mots comme autisme ou dyslexie circulent plus qu’il y a quelques années, reconnaît-elle, sans que la compréhension suive toujours. Les mêmes phrases reviennent : «Mais elle ne semble pas handicapée.» Ou encore : «Tout le monde est un peu comme ça.» On reproche aussi à la personne de se servir de son diagnostic comme d’une excuse, on lui dit qu’elle devrait «juste faire un effort».
Ces petites phrases ont des conséquences, et elles commencent tôt. «À l’école les enfants peuvent être considérés comme paresseux alors qu’ils ont en réalité un trouble de l’apprentissage.» Plus tard, au travail, l’employé passe pour désorganisé ou antisocial, alors qu’un petit aménagement améliorerait nettement son fonctionnement. Selon elle, les personnes concernées parlent surtout de la fatigue de devoir sans cesse s’expliquer et se justifier. Certaines préfèrent se taire, par peur d’être jugées.
Il faudrait souvent peu de chose. Demander plus de temps, des consignes écrites ou un environnement plus calme, ce n’est pas demander un traitement spécial, dit-elle. «L’égalité n’est pas toujours dans le fait de donner à chacun exactement la même chose, parfois c’est dans le fait de donner à chaque personne ce dont elle a besoin.» Pour Nadjah Abbasakoor, la sensibilisation ne suffit plus. «C’est juste le début, l’inclusion réelle doit être introduite dans les écoles, les lieux de travail, les services publics et dans notre communication quotidienne avec les autres.»
Un constat qui rejoint celui de l’OMS : les personnes concernées sont souvent invitées à témoigner, puis exclues des décisions.
Les troubles de santé mentale font partie de cette discussion puisqu’ils peuvent peser sur la capacité à travailler, à apprendre, à communiquer ou à évoluer dans certains environnements. Nadjah Abbasakoor précise toutefois que la maladie mentale «ne signifie pas automatiquement une situation de handicap». Tout dépend de ses effets sur la vie de la personne : «La santé mentale ne devrait jamais être une raison pour exclure quelqu’un.»
Si Nadjah Abbasakoor parle de ces handicaps, c’est aussi parce qu’elle représente à Maurice et aux Seychelles le réseau international Hidden Disabilities Sunflower, connu pour son cordon vert orné de tournesols. Il permet à celui qui le porte de signaler discrètement un handicap ou une condition non visible, sans avoir à donner son diagnostic. Le message, selon elle, est : «J’ai peut-être besoin de plus de temps, de patience, de compréhension ou d’assistance.» Le cordon ne définit pas la personne, insiste-t-elle. Elle souhaite une société «où une personne n’a pas à prouver son handicap pour être traitée avec dignité, patience et respect».
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#ToPaTousel
Ils ont quitté l’école conventionnelle, souvent après un renvoi ou des années de difficultés. Ils signent aujourd’hui une campagne de santé mentale. Les jeunes ambassadeurs de l’Adolescent Non-Formal Education Network (ANFEN) ont présenté, le mardi 6 octobre à l’Institut français de Maurice, trois vidéos qu’ils ont contribué à imaginer : Rezilians, Respe et Lamitie. Le #ToPaTousel vient d’eux et dit que l’on peut traverser des moments durs sans avoir à le faire seul. Leur démarche fait écho au thème retenu cette année par l’OMS, «À l’écoute de l’expérience vécue : des voix authentiques pour un réel changement», qui demande d’associer les personnes concernées à ce qui est fait pour elles.
Derrière la campagne, il y a leurs parcours. Romain, 15 ans, est arrivé au centre To Rev Nu Vision après un renvoi et plusieurs mois passés à la maison. «Ici, les professeurs prennent le temps d’expliquer. On se sent comme dans une famille.» Il prépare le National Certificate 1 et veut se former à la soudure. Naomi, 15 ans, qui fréquente le même centre, pensait en avoir fini avec l’école. Dans le même centre, elle a repris les mathématiques, l’anglais et le français, et découvert la couture, l’informatique, la cuisine et le jardinage. «Ici, quand nous ne comprenons pas, les professeurs prennent le temps de nous expliquer, même plusieurs fois, jusqu’à ce que nous comprenions.» Estrella, 13 ans, y est arrivée à 12 ans, en ne sachant ni lire ni écrire. «Pour moi, être ambassadrice signifie donner le bon exemple à d’autres jeunes.» Au centre d’apprentissage Paille-en-Queue, Nathanael dit avoir repris confiance grâce à la cuisine, au sport, à l’informatique et à la musique. «L’école m’a appris que tout le monde a droit à une deuxième chance.» Jade, elle, parle de l’écoute qu’elle y trouve : «Nous bénéficions également d’un accompagnement psychosocial qui nous permet de parler librement sans être jugés.» Les vidéos seront mises en ligne du 16 octobre au 20 novembre sur les réseaux sociaux d’ANFEN et sur www.anfen.mu. Le projet est soutenu par L’Artigiano – Groupe APTIS, à travers la plateforme solidaire Small Step Matters.
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