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Lancement de l’AFCRA
Une nouvelle agence africaine pour changer la perception du risque
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Lancement de l’AFCRA
Une nouvelle agence africaine pour changer la perception du risque
■ La cérémonie a eu lieu le mercredi 7 octobre à Balaclava. © Dev Ramkhelawon
Présentée comme un «tournant historique» et un «moment de fierté pour l’Afrique», l’African Credit Rating Agency (AfCRA) a été officiellement lancée mercredi 7 octobre à Balaclava. Portée par l’Union africaine et l’African Peer Review Mechanism (APRM), la nouvelle agence ambitionne de proposer une lecture du risque de crédit davantage ancrée dans les réalités du continent.
Le lancement s’est déroulé en présence de plusieurs personnalités africaines et internationales de premier plan, parmi lesquelles le Premier ministre du Burundi, Nestor Ntahontuye ; le président de la Commission de l’Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf ; la secrétaire générale adjointe des Nations Unies et conseillère spéciale pour l’Afrique, Ahunna Eziakonwa ; ainsi que la ministre des Services financiers, Jyoti Jeetun, et le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful.
Une autre lecture du risque africain
Pour les différents intervenants, la création de cette agence marque une nouvelle étape dans la volonté de l’Afrique de mieux maîtriser la manière dont ses économies sont évaluées sur les marchés internationaux. «Une institution qui marque une étape importante vers la construction de l’avenir financier de l’Afrique selon ses propres termes», a ainsi déclaré Jyoti Jeetun dans son discours. Conçue par l’Union africaine et l’APRM, l’AfCRA se veut indépendante et entend proposer une évaluation du risque de crédit adaptée aux réalités africaines. Elle souhaite ainsi apporter une perspective complémentaire à celles des grandes agences internationales de notation, notamment Moody’s, Fitch et S&P. L’enjeu est de taille pour les économies africaines, dont plusieurs continuent de faire face à des coûts d’emprunt élevés et à un accès difficile aux marchés internationaux de capitaux.
«Pourquoi l’Afrique a-t-elle besoin de l’AfCRA, au juste ?», a demandé la ministre. Elle estime que, lorsque les acteurs du marché analysent le risque à travers des grilles de lecture similaires, des «angles morts collectifs» peuvent apparaître. L’AfCRA pourrait contribuer à élargir cette analyse grâce à la diversité des perspectives. «Sa valeur réside dans le fait qu’elle apporte un autre point de vue analytique, crédible et indépendant», a-t-elle expliqué. **Il ne s’agit toutefois pas, a-t-elle précisé, de remplacer les agences internationales ni d’accorder automatiquement de meilleures notes aux pays africains.
L’objectif est plutôt de prendre davantage en compte les spécificités des économies du continent : leurs institutions, leurs réformes, leurs vulnérabilités, mais aussi leur résilience et leurs opportunités. **Pour Jyoti Jeetun, l’AfCRA devra désormais démontrer sa crédibilité, qui devra reposer sur quatre piliers : la qualité de ses analyses, la transparence de ses méthodologies, l’indépendance de sa gouvernance et le respect des normes internationales. L’objectif, a-t-elle résumé, doit être de produire de «meilleures informations», susceptibles de conduire à de «meilleures décisions d’investissement».
La CEO de l’APRM, Marie-Antoinette Rose-Quatre, a également fait référence à ce défi ****de crédibilité. Le succès de l’AfCRA, a-t-elle souligné, ne sera mesuré ni par le faste de la cérémonie de lancement, ni par les applaudissements, les publications sur les réseaux sociaux ou les communiqués officiels. Il dépendra de la capacité de l’agence à fournir aux États et aux entreprises des évaluations qui reflètent véritablement les réalités du marché. Elle a insisté sur la nécessité de préserver l’agence de toute interférence politique. «L’indépendance ne doit pas être un slogan utilisé au moment du lancement ; elle doit être la discipline qui régit la vie de cette institution.» Pour elle, l’enjeu est donc plus large que la simple notation financière : il s’agit de contribuer à bâtir des institutions africaines suffisamment crédibles, résilientes et bien gouvernées pour améliorer progressivement la perception du risque africain.
Quatre priorités
Mahamoud Ali Youssouf a, de son côté, identifié quatre objectifs majeurs pour l’AfCRA : renforcer les capacités et l’expertise africaines ; mieux faire comprendre le potentiel des économies du continent ; évaluer objectivement les risques qui leur sont associés ; contribuer au développement des marchés financiers et des institutions qui façonneront l’avenir économique de l’Afrique. Une meilleure connaissance des économies africaines devrait, selon lui, permettre de faire évoluer leur perception auprès des investisseurs internationaux et de mettre davantage en avant les opportunités offertes par le continent.
Sifiso Falala aux commandes et rapprochement avec Sovereign Africa Ratings
Après les discours officiels, le Sud-Africain Sifiso Falala a été présenté comme le CEO intérimaire de l’AfCRA. Chercheur, entrepreneur et défenseur du développement africain, il est le fondateur et CEO de Plus 94 Research, de Sovereign Africa Ratings et de Priority Performance Projects. Il a notamment fait de Plus 94 l’une des principales sociétés de recherche du continent. Lors de la conférence de presse tenue après la cérémonie officielle, Sifiso Falala a indiqué que l’AfCRA est actuellement entièrement détenue par Plus 94 Research. Un processus de cession d’actions à des investisseurs agréés est toutefois prévu, la sélection de ces derniers étant toujours à l’étude.
Une opération baptisée Golden Hour doit également permettre de rencontrer des investisseurs et des clients potentiels. Quelque 2 000 actions supplémentaires devraient être proposées à la vente à cette occasion. Lors de l’enregistrement initial de l’agence, 1 000 actions avaient été émises et conservées par Plus 94 Research. À l’issue du processus de vente, cette dernière devrait détenir 33,3 % de l’AfCRA, tandis que le reste du capital serait détenu par des investisseurs agréés.
Des discussions sont également en cours sur une éventuelle intégration de Sovereign Africa Ratings à l’AfCRA. Cette agence poursuit des objectifs similaires dans le domaine de la notation de crédit. Selon Sifiso Falala, cette transition doit permettre de renforcer les capacités de l’AfCRA et d’accélérer son développement dans le secteur de la notation. L’agence entend par ailleurs collaborer avec les autorités et les régulateurs locaux, notamment la Financial Services Commission de Maurice.
Une ambition qui devra faire ses preuves
Avec son lancement officiel, l’AfCRA entre désormais dans une phase opérationnelle. Son ambition est claire : apporter davantage d’expertise africaine à l’évaluation du risque du continent et contribuer à améliorer l’accès des économies africaines aux capitaux. Mais au-delà des déclarations et des ambitions affichées lors de son lancement, le véritable test sera celui de la confiance des marchés. Pour s’imposer face aux acteurs internationaux établis, l’AfCRA devra démontrer, dans la durée, son indépendance, la solidité de ses méthodologies et la qualité de ses analyses. C’est à cette condition qu’elle pourra véritablement contribuer à changer la perception du risque africain auprès des investisseurs.
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