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L’affaire Manchester City : les leçons à tirer pour le centre financier mauricien
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L’affaire Manchester City : les leçons à tirer pour le centre financier mauricien
Il fut un temps où Maurice se faisait systématiquement épingler quand il y avait des leaks sur les transactions douteuses transitant par les juridictions offshore. Depuis que le pays a renforcé son cadre de gouvernance en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, il se retrouve moins sous les feux des projecteurs et la perception qu’on est un paradis fiscal se dissipe, quoique l’on est sporadiquement rattrapé par nos vieux démons, comme c’est le cas avec l’affaire Mamy Ravatomanga.
Le scandale qui secoue ces jours-ci Manchester City, l’un des clubs les plus titrés sur la scène internationale ces 15 dernières années, et qui aujourd’hui risque des sanctions extrêmement lourdes après sa condamnation par une commission indépendante relativement à 114 infractions financières, devrait être considéré comme une étude de cas à un moment où Maurice se prépare en vue du prochain exercice d’évaluation mutuelle de l’Eastern and Southern Africa Anti-Money Laundering Group (ESAAMLG).
Remontons à la genèse du scandale. En novembre 2018, Rui Pinto, l’homme derrière les Football Leaks et les Luanda Leaks, transmet des milliers de documents confidentiels incluant des courriels et des rapports financiers piratés à partir du système informatique de Manchester City au magazine allemand Der Spiegel. La publication de ces informations dûment authentifiées provoque une onde de choc. En substance, ces documents révèlent un stratagème bien huilé de la part d’Abu Dhabi United Group (ADUG), société appartenant à Cheikh Mansour et propriétaire de Manchester City, pour contourner les règles du fair-play financier édictées par la Premier League et l’UEFA. Ces règles stipulent clairement qu’un club de football est sujet à un plafond de dépenses sur le marché de transfert. Cela veut dire que sa capacité de dépense doit être proportionnelle aux revenus générés. Or, quand Manchester City est rachetée à £200 millions par ADUG en novembre 2008, elle est très loin d’avoir la force de frappe, ainsi que le rayonnement du trio Manchester United-Arsenal-Liverpool, que ce soit d’un point de vue financier ou en termes de base de fans internationalement.
L’astuce trouvée par ADUG pour transformer Manchester City en un géant du foot en un temps record est double : gonfler les contrats de sponsoring et réduire artificiellement les dépenses en termes de masse salariale. Concernant le second stratagème, il est avéré que les émoluments de Roberto Mancini, l’ancien entraîneur des Sky Blues, étaient versés via le centre financier mauricien.
Pour revenir aux contrats de sponsoring, le tripatouillage des comptes est effarant. En résumé, les contrats de sponsoring, notamment d’Etihad, n’ont rapporté que £123 millions pour la période de 2009 à 2018. Or, officiellement, ce sont £1,009 milliard qui ont été comptabilisées dans les livres. Car environ £886 millions étaient apportées par ADUG par la porte de derrière. Autrement dit, c’est le propriétaire de Manchester City lui-même qui alimentait constamment le club en capitaux frais. Ce savant montage financier, avec en toile de fond des related-party transactions, s’est effondré tel un château de cartes grâce à Rui Pinto.
Cette affaire ayant une portée géopolitique manifeste est susceptible de nuire aux relations entre le Royaume-Uni et les Émirats arabes unis. Déjà, le Premier ministre, Andy Burnham, qui était aussi l’ancien maire de la ville de Manchester, s’est brûlé les doigts en touchant à ce dossier fumant. Dans le même temps, les Émirats arabes unis ont clairement fait comprendre qu’ils cesseraient leurs investissements au Royaume-Uni si jamais le jugement de la commission indépendante était confirmé en appel.
Cette affaire devrait intéresser à plus d’un titre nos gouvernants. D’abord, parce que l’offshore mauricien est relié à ce scandale. Les émoluments de Roberto Mancini d’un montant de 1,9 million d’euros par an pour ses 4 jours de travail à titre de consultant pour le club Al Jazeera étaient facturés par Sparkleglow et ISS, deux sociétés offshore domiciliées à Maurice. Comme dans le cas des Luanda Leaks – autre leak attribué au lanceur d’alerte Rui Pinto – où Maurice est cité dans l’hébergement des fonds suspects d’Isabel dos Santos, l’affaire des paiements fictifs à Robert Mancini révèle que des carences existaient dans notre mécanisme de lutte contre le blanchiment d’argent avant l’épisode de notre inclusion sur la liste noire de l’Union européenne. Clairement, nous étions laxistes sur les procédures de due diligence avec pour conséquence que les transactions frauduleuses traversaient à travers les mailles du filet.
Avec le tollé autour de l’affaire Manchester City, la question se pose avec encore plus d’insistance : la juridiction mauricienne est-elle toujours un conduit pour les pratiques fiscales et financières dommageables ? Les Management companies font-elles plus de prudence dans l’analyse des transactions financières et se montrent-elles rigoureuses quand il s’agit de signaler des transactions suspectes à la Financial Services Commission ? Et qu’en sera-t-il de la National Crime Agency, la superagence appelée à prendre la relève de la Financial Crimes Commission ? Saura-t-elle convaincre les gendarmes financiers quant à notre volonté de durcir la lutte contre la criminalité financière sous toutes ses formes. Déjà, il y a des craintes à l’effet que cet organisme pourrait être instrumentalisée à des fins politiciennes.
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