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Rappel historique

«Quo Vadis» Rodrigues…

7 octobre 2026, 19:54

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«Quo Vadis» Rodrigues…

Ce papier se situe dans la perspective de la visite annoncée à Rodrigues du Premier ministre de la République de Maurice, Navin Ramgoolam. Il est apparu dans cette perspective la nécessité de remettre à plat les enjeux à l’occasion de la «Journée de Rodrigues», qui sera commémorée le 12 octobre pour marquer les 24 ans de la mise en place de la Rodrigues Regional Assembly Act. Cette dernière loi constitutionnelle, adoptée à l’unanimité de l’Assemblée nationale en 2002, constituait une volonté d’avancer sur des chemins menant à une plus grande responsabilisation politique et citoyenne des Rodriguaises et Rodriguais dans le processus de développement de leur île. Ceci en ciblant des projets mieux adaptés à leurs attentes et leurs besoins dans le quotidien. Cette dernière, certes partie intégrante du territoire de la République de Maurice, avait, en raison de son histoire, et de son peuplement, développé une culture spécifique et des interactions témoignant de besoins et des spécificités propres.

Ainsi, de «dépendance» ou dixième district, Rodrigues était gérée directement de PortLouis, avec des commissaires résidents répondant aux dirigeants de l’Hôtel du gouvernement. À une époque où l’île ne disposait que d’un bureau de Cable & Wireless pour communiquer avec mainland Mauritius. Une situation qui a été pendant (trop ?) longtemps source de malentendus, de frustrations et, disons-le, d’une approche paternaliste de Maurice vis-à-vis de sa Cendrillon des Mascareignes, laissée pour compte dans plusieurs secteurs de la vie de tous les jours.

Une situation qui est devenue le terreau d’une culture de triyangaz qui, au fil du temps, se traduisit par une apologie de la corruption à tous les niveaux. Celle-ci touchant les officiers du fret, des douanes, des terres, de la pêche, de l’eau et de l’administration en général, qui perdure à ce jour, mais à plus grande échelle. Sans compter l’éloignement qui impactait l’acheminement de vivres et de fournitures, de même que les échanges commerciaux dans un sens comme de l’autre.

• Politique et évolution vers la dévolution

Les Rodriguais ont exercé leur droit de vote pour la première fois lors des élections de 1967. Mais la conscience politique remontait à des décennies : la pétition royale de Rodrigues fait référence à une démarche historique entreprise par les habitants de l’île pour réclamer une reconnaissance politique auprès de la Couronne britannique. Bien que parfois associée aux réformes administratives du début du XXe siècle (comme les modifications du tribunal et de la magistrature en 1905), la célèbre pétition royale avait été officiellement signée le 4 novembre 1915 et adressée au roi George V.

Absence de représentation politique : contrairement à d’autres districts plus petits de l’île Maurice, Rodrigues avait été totalement exclue des circonscriptions électorales lors de la révision de la Constitution de 1885. Ce document historique a été signé par 79 notables rodriguais. La revendication principale : les habitants demandaient officiellement une représentation directe de Rodrigues au sein du Conseil colonial de l’époque. Ils souhaitaient également un rattachement plus direct ou une attention accrue de la part de l’Angleterre pour rompre l’isolement et la négligence administrative dont souffrait l’île vis-àvis du gouvernement colonial basé à Maurice.

Cette pétition est malheureusement restée sans suite immédiate en raison du désintérêt des autorités coloniales britanniques. Elle a néanmoins posé les toutes premières pierres de la longue quête rodriguaise vers l’autonomie régionale. En 1967, les Rodriguais se prononcèrent massivement contre l’Indépendance et pour l’association à la GrandeBretagne. En raison d’une campagne émotionnelle et malsaine, s’ensuivit une sécheresse terrible pendant les années 70, qui mit à mal les traditions agricoles et d’élevage de l’île. Lors des élections de 1976, l’île témoigna de l’émergence d’une formation politique locale avec l’Organisation du peuple de Rodrigues (OPR). Ce furent les premiers pas de la quête d’une autonomie administrative et politique de l’île autour d’un Island Council.

À l’issue des élections de 1976 et à la suite d’un arrangement post-électoral entre le Parti travailliste et le PMSD, il fut créé un «ministère de Rodrigues», dont la mission première était de coordonner les actions des différents ministères à destination de Rodrigues. En parallèle, l’OPR ratissait le terrain et structurait sa base au niveau de la société civile et du monde associatif. Ce travail de fourmi allait porter ses fruits lors des élections de 1982 où l’OPR remporta les deux sièges à pourvoir et le leader historique Serge Clair devint ministre de Rodrigues. Les actions se focalisèrent sur une nécessaire rodriganisation des cadres et du personnel de l’administration et l’aspiration à une plus grande dévolution des pouvoirs et un rapprochement du centre de décision vers les besoins et enjeux de la population se mirent en campagne.

Cette dernière aboutit au vote de la Rodrigues Regional Assembly (RRA) Act et son entrée en vigueur en 2002. À l’époque sous la férule d’Antoinette Prudence – avec Robert Ahnee et Serge Clair –, l’icône s’il en fut de la réflexion articulée autour de ce projet majeur de la République, hélas disparue trop tôt, le mot d’ordre étant «anou pans pei avan pans parti» au sein du Front pour l’avancement de l’autonomie de Rodrigues (FAAR). Ces dernières années, et même au-delà, cette dernière décennie même, l’absence d’action sociale en vue d’une plus grande responsabilisation des Rodriguais vis-à-vis de leur destinée au sein de la République de Maurice se fait grandement ressentir.

• Constat

La vision des pères de l’autonomie semble s’être limitée, au gré des querelles d’ego partisans, le slogan «pans pei avan panse parti» lancé par un mouvement initié par le FAAR, semble avoir marqué le pas, et cela atteint des proportions dramatiques. La dévolution des pouvoirs rendue possible dans plusieurs secteurs ne s’est pas traduite par une prise de conscience collective non partisane afin de promouvoir la notion du bien commun si importante pour la communauté insulaire dans sa globalité. Où est passée la force de propositions et de réflexion d’un Rodrigues Council of Social Services, ou encore celle du Centre Carrefour, fer de lance de la réflexion pour l’action au profit de l’ensemble des Rodriguais ? Sans mentionner le sens de l’entraide et du volontariat.

La dévolution de certains pouvoirs s’est traduite par des budgets alloués, canalisés vers des coteries partisanes de part et d’autre. L’enrichissement de cer tains est criard et inversement proportionnel à une situation administrative et économique qui pousse les forces vives de la jeunesse loin de leur île, quand ce n’est pas vers la course à l’argent facile des paradis artificiels des faubourgs de mainland Mauritius. Qu’est-il advenu de ce qui fut jadis connu comme le «grenier» de Maurice, sa source de poisson et autres fruits de mer ?

Le Rodriguais aurait-il perdu le sens de l’effort et de la satisfaction du travail bien fait au profit de quémandes budgétaires , encore et toujours plus importantes ? Pour certains et rien pour les autres… Cette dernière attitude ressassée par des politicards en mal de vision et de projet, en perte de leur crédibilité, s’époumonant à faire croire que «Maurice ki pe blok bidze proze», omettant de préciser les quelques centaines de millions renvoyés vers le gouvernement central par manque de rigueur et de suivi dans l’allocation et la réalisation de ces projets qui apporteraient un peu de bien-être aux habitants de l’île. Et puis il y a le fait que le paradigme, que ce soit à Port-Louis comme à Port-Mathurin, demeure marqué par le syndrome de la dépendance ou du dixième district que l’on entretient et que l’on finance par à-coups quand la marmite est au bord de l’ébullition…

Il est grand temps que se mette en place dans les rapports entre les deux îles la vision des fondateurs de la RRA et des législateurs : soit une relation de partenariat et de complémentarité entre les deux îles, chacune conservant son cachet, son caractère, sa spécificité, mais partageant une vision commune du développement. La relance de l’agriculture et de l’élevage en vue de l’autosuffisance alimentaire et l’exploitation du supplément de notre plateau continental devraient faire l’objet de commissions mixtes à parité entre Rodrigues et Maurice.

Ainsi, comme le prévoit la RRA, le chef commissaire de Rodrigues devrait être amené à siéger au Conseil des ministres pour pouvoir apporter la sensibilité, la spécificité et l’angle de vision tel qu’il existe du côté de Rodrigues et des attentes de sa population pour faire adopter des clauses pour améliorer son bien-être par le dialogue, la persuasion et, surtout, le respect mutuel.

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