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Plumes engagées

Inscriptions ouvertes

6 octobre 2026, 11:38

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Inscriptions ouvertes

Ashwin Sharma Ramparsad.

À l’heure du tout à l’image et du buzz sans suite, «l’express» souhaite faire découvrir la plume de poètes, de chanteurs, d’écrivains et de tous ceux qui jettent leur âme sur le papier, et qui mettent en mots des réflexions profondes.

Tant de mois de repos, disent les experts-comptables, du fond de leur bureau climatisé où le pire drame de la journée est une imprimante en panne. Des ours en hibernation, nous. Sauf que l’ours ne répond pas aux parents sur WhatsApp à l’heure du dîner ou à l’élève inspiré qui a besoin de clarifications à 23 h 30, la veille des examens. L’ours n’a jamais eu à justifier son sommeil devant un chef d’établissement qui, lui, n’a pas mis les pieds dans une classe depuis 20 ans.

Le traumatisme, l’investissement, le stress posttraumatique sont tels que même en vacances, un whisky à la main, on pense encore à eux. Ces enfants. Qui ne sont même pas les nôtres. Vous, on vous demande de garder le vôtre un week-end et vous appelez déjà ça un sacrifice sur Facebook.

8 h 10 à 14 h 30, dites-vous. Une demi-journée, quoi. Voyons les chiffres, faisons le calcul, puisque vous aimez tant compter et si peu le reste : sept périodes minimum, 35 à 40 élèves par classe. Multipliez. 280 visages, 280 mentalités, 280 vies à porter en même temps – et vous, une demi-journée de télétravail vous achève déjà, entre deux pauses café et un appel qui aurait pu être un e-mail que vous n’auriez de toute façon pas lu.

Debout. Toute la journée. À répéter la même notion sept fois, de sept manières différentes – parce qu’à la septième, quelqu’un comprend enfin. Un vrai stage militaire, sans les honneurs, ni la retraite à 45 ans ni même le respect qu’on doit à un soldat. Les six autres tentatives ? Perdues. Comme nos genoux, nos reins, nos cordes vocales et toute illusion qu’on sera un jour remerciés pour autre chose qu’un cliché envoyé par WhatsApp en fin d’année, par nos supérieurs hiérarchiques. Vous oubliez aussi les copies, qui commencent quand la classe s’arrête et qui ne s’arrêtent jamais vraiment.

Vous oubliez les épreuves d’examen qu’il faut rédiger, corriger, valider, refaire – pendant que vous jurez, du fond de votre canapé, qu’on recycle les mêmes questions depuis dix ans, vous qui n’avez pas ouvert un livre depuis la nuit des temps. Et la paperasse : des schémas de travail, des fiches, des rapports, des formulaires pour justifier des formulaires – inventés par des gens qui n’ont jamais tenu une craie ou un feutre de leur vie et qui appellent ça la gestion de la qualité.

Un congé de pluie et vous voilà offusqués – comme si rester chez soi sous un cyclone était un privilège et pas juste... rester en vie. Continuez, on adore vous entendre défendre le droit sacré des enfants à se noyer sur le trajet de l’école pour que votre planning ne bouge pas d’une virgule.

Alors oui, riez. Moi aussi, j’en ris – de ma paye. Des incréments qu’on ne voit jamais. De la reconnaissance qui n’arrive jamais. On dit que l’éducation n’a pas de prix. C’est vrai. Parce que si elle en avait un, on l’aurait touché depuis longtemps et vous, vous seriez bien trop pauvres pour vous la payer, vous qui devez déjà tout à celui qui vous l’a enseignée gratuitement.

Mais voilà ce qu’on ne vous dit pas non plus.

On ne nous paie pas seulement pour enseigner le français, les maths ou l’histoire. On nous demande, en plus, de porter l’enfant tout entier – son cerveau, son cœur et, parfois même, ses parents, qui eux non plus n’ont pas eu de formation pour ça et qui nous la font payer en retour. Le programme national le dit noir sur blanc : l’éducation doit être «globale», «holistique». Traduction : occupez-vous de tout et taisez-vous si vous n’y arrivez pas. L’orthographe, l’anxiété, l’estime de soi, le divorce à la maison, le téléphone confisqué, la crise existentielle d’un ado de 15 ans – tout, dans le même horaire, pour le même salaire. Un forfait tout compris. Sans les vacances all-inclusive et sans le service client non plus, apparemment – celui-là, c’est nous.

Et malgré tout ça, c’est noble. C’est le seul métier où l’on construit, chaque jour, quelqu’un d’autre que soi – pendant que d’autres démolissent leur crédibilité en une story Instagram et appellent ça une carrière. La noblesse ne paie pas le loyer. Mais au moins, elle, on ne peut pas nous la couper pour absentéisme.

Alors si c’est si facile – venez. Le formulaire est en ligne. Postulez. Arrêtez de le dire à table, un verre à la main : faites-le. On vous attend en salle, un lundi matin, à 8 h 10 – avec vos grandes théories et votre petit courage. Et oui, soyez à l’heure, parce que la ponctualité est la politesse des rois et vous en êtes un. N’est-ce pas ? Sinon, on l’enseigne à vos enfants.

Vous nous direz, dans trois mois, si vous avez encore la force de rire. Ou même de vous lever. Un whisky ?

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Bio

Ashwin Sharma Ramparsad

Enseignant de français à Maurice et doctorant en éducation à l’Open University, il mène des recherches sur le professionnalisme et l’autonomisation des enseignants dans le secondaire. Ce texte a été écrit pour la Journée mondiale des enseignants, célébrée ce lundi 5 octobre.

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