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Mémoire culturelle

200 ans d’histoire de l’art lyrique et de la musique classique à Maurice

5 octobre 2026, 20:00

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200 ans d’histoire de l’art lyrique et de la musique classique à Maurice

Ce court inventaire de l’art lyrique et de la musique classique occidentale couvre la période du 19ᵉ siècle jusqu’au début du 21ᵉ siècle. Ce survol est loin d’être exhaustif mais donne une idée de ce qui s’est passé durant cette période et quelles en furent certaines des parties prenantes parmi les plus connues.

Le Théâtre de Port-Louis a été Inauguré en 1822 par le premier gouverneur britannique de l’île, Sir Robert Farquhar, cela dix ans après la conquête Anglaise. Le Théâtre de Port Louis fut un des premiers théâtres, sinon le premier, à être construit dans l’Hémisphère Sud. Comme il n’y avait pas de climatisation à cette époque, la saison lyrique avait lieu durant l’hiver austral. Les troupes venaient en navires à voile en contournant l’Afrique et restaient plusieurs mois. Elles arrivaient avec leurs chanteurs et un effectif orchestral minimum et utilisaient ce qui s’appelle des réductions d’orchestre permettant à quelque vingt ou vingt-cinq musiciens d’accompagner un opéra au lieu d’un grand orchestre. Cette pratique dura tout le long du 19ᵉ siècle. Les opéras en vogue à Paris nous arrivaient à Port-Louis pour le bonheur de toute une population. Deux revues culturelles, avaient été créées (on les appelle aujourd’hui : magazine) C’était «Port-Louis Mondain» et «Maurice Théâtre» Ils assuraient une couverture médiatique de la saison culturelle. Des trains de nuit étaient même mis à disposition des amateurs d’opéra afin de leur permettre de rentrer chez eux après les représentations.

CARMEN OLD ■ Carmen produit en 1957 au Plaza par Joseph Le Roi.

Au début du 20ᵉ siècle, des changements majeurs interviennent, la création de l’orchestre de la police, la construction du Plaza à Rose-Hill en 1930 et l’intérêt accru des Mauriciens pour jouer de la musique classique. Des ensembles à cordes furent créés et se produisirent en concerts privés ou publics. Beaucoup de maisons avaient un piano.

Dans les années 1920, le gouverneur Sir Hesketh Bell prend l’initiative de créer un orchestre professionnel. Un militaire de carrière et excellent musicien, M. Rolfe a donc été mandaté dans ce but. Il fit le décompte des musiciens mauriciens disponibles, les intégra dans la force policière et compléta les effectifs par des Britanniques et les répétitions commencèrent.

ROLF ET MPB ■ Le Police Band avec au premier plan le chef d’orchestre Anglais M. Rolf.

L’orchestre était à cet époque basé à Rose-Hill et M. Rolfe arrivait, de Vacoas, dans sa belle voiture conduite par un King African Rifle (KAR) de grande taille, ce qui impressionnait tout le monde. L’orchestre abordait avec brio des symphonies et concertos, notamment un concerto de Mozart ou l’ouverture de Guillaume Tell. On les entendait dans des kiosques, au Champ de Mars, au Pleasure Ground (maintenant Jardin Robert Edward Hart) aussi à Rose-Hill. Ils se produisaient au Trafalgar Hall (aujourd’hui le Théâtre Serge Constantin).

Philippe Ohsan, le tournant

Le grand développement de cet orchestre vint avec l’arrivée de Philippe Ohsan. Né en 1913, il démontre très jeune son gout pour la musique et joue du violon en autodidacte. A cette époque, le cinéma était muet et il était usuel d’avoir un petit orchestre qui jouait la musique du film pendant la projection. Philippe Ohsan, encore adolescent, s’était joint à l’orchestre.

PHIL OHSAN UNIFORM ■ Philippe Ohsan.

Plus tard, il intégra la force policière et ses compétences musicales furent vite reconnues des Anglais qui l’envoyèrent à Londres pour des études de direction d’orchestre. A son retour, il va prendre la direction de la Mauritius Police Band. Il avait alors 35 ans.

Avec lui se développa l’aspect social de l’orchestre. Roger Augustin, un des pionniers du séga postindépendance, bénéficiera de l’accompagnement de cet ensemble, tout comme Serge Lebrasse et d’autres. Il est évident que le séga contemporain a amplement bénéficié de cet apport.

Philippe Ohsan dit avoir joué de toutes les musiques : indienne, chinoise, sega, musique classique, musique légère, musique lyrique. Il souligne que toutes les musiques se valent et ont leur propre valeur. Il jouait de plusieurs instruments et encourageait ses musiciens de la Police à faire de même. Dans les années 1950, l’orchestre qui comportait quelque soixante-dix musiciens, se produisait régulièrement au Plaza. On avait pu entendre un Concerto pour clarinette de Mozart. L’orchestre accompagnait aussi de nombreux opéras, notamment Aida, Faust etc.

FAUST ■ Faust produit en 1959 par Joseph Le Roi.

Philippe Ohsan avait pris prématurément sa retraite à 51 ans et a été fait MBE par la Reine Elisabeth II. Il s’occupa alors de ProMusica durant plus de 10 ans. Cet orchestre a donné des concerts en églises et au Plaza, notamment, deux symphonies de Beethoven, la première et la huitième très applaudies.

Certaines répétitions eurent lieu chez la famille Némorin à la rue Poivre à Beau Bassin. Hilda Nemorin (née Pouzet) était pianiste et ses filles étaient en tête de la formation Pro Musica avec Veronique Zuël, Jean Yves Clarisse, Yves Roblet, Claude Armandine.

Quelques années plus tard, Lucien Pouzet monta une pièce de Gilbert et Sullivan, Le Mikado, avec le concours des mêmes personnes mais aussi d’Henry Wilden, ténor. La soprano était Gladys Félix.

1957, une date lyrique

Il faut noter que la petite fille d’Hilda Némorin, Sophie Némorin, fait en ce moment une carrière au conservatoire François Mitterrand où elle est chef de choeur, pianiste, violoncelliste et surtout mezzo-soprano. Bon sang ne saurait mentir.

CARMEN OM CHEVAUX ■ Carmen produit en 2010 par Opera Mauritius.

En 1957 Joseph Le Roi produit Samson et Dalila de Camille SaintSaëns et Carmen de Georges Bizet. Cette double production simultanée a marqué l’histoire lyrique de l’île en s’appuyant sur les talents de la Société Chorale de Curepipe et de solistes. Dalila etait Maria Ferès une Française, Samson était Giuseppe Bertinazzo, un italien, membre de La Scala de Milan. Les autres solistes étaient tous Mauriciens Philippe Boullé, Philippe Le Breton, Eddy Bathfield, José Ducray, Raymond de Robillard, Michel Adam. Serge Constantin inventait, bâtissait et peignait les somptueux décors de ces pièces. La musique était assurée par le Police Band sous la direction de Philippe Ohsan. Joseph Le Roi produisit aussi Aida et Faust en 1959.

Voici quels autres noms connus de cette époque, Bousic Noël, Betty Noël. Max Moutia, qui de retour d’une carrière à Bruxelles et Paris, produisait des opérettes et opéras dans lesquels il chantait lui-même souvent comme ténor. Sa carrière mérite d’être mieux reconnue.

Henry Wilden, un autre ténor, eut beaucoup de succès dans Le Pays du Sourire au Plaza, avec May BaxMayer. Parti en Australie, il a été un des chanteurs retenus pour l’inauguration de l’Opéra de Sydney et a été le partenaire de Dame Joan Sutherland, la plus célèbre soprano d’Australie à cette époque.

Luc Legris avait à son actif plusieurs saisons d’opérette avec des artistes Français et Mauriciens. Le Conservatoire François Mitterrand produisit L’Enfant et les Sortilèges au Théâtre de Port-Louis et plus tard le Fantôme de l’Opéra au J&J Auditorium.

En 2009 Opera Mauritius produisit Les Pêcheurs de Perles avec l’orchestre Sud-Africain Cape Philharmonic au complet. Ensuite ce fut Carmen en 2010, La Traviata en 2012 et d’autres opéras. En 2018, l’opérette La Veuve Joyeuse, accompagnée d’un orchestre Allemand, jouait au J&J auditorium et avait ravi le public.

MAX MOUTIA SOURIRE ■ Max Moutia dans Le Pays du Sourire.

En 2024 et 2026 nous avons accueilli l’orchestre Philharmonia de Londres au Caudan Arts Centre. Évènement majeur qui a réveillé l’engouement du public pour la musique symphonique avec une performance du plus haut niveau. Au début de l’an prochain, ils vont nous offrir un grand festival avec les neuf symphonies de Beethoven. Dans la 9ᵉ il y aura la participation du choeur Francis Thomé du Conservatoire François Mitterrand et de Island Voices.

La place manque pour citer tous ceux qui ont contribué à l’essor de l’art lyrique et de la musique symphonique à Maurice. Cependant, il est intéressant de noter un engouement nouveau pour la belle musique au Conservatoire François Mitterrand, sous la direction de Marie-Christine Clarisse. Pour preuve, le concert symphonique qui aura lieu ce 28 octobre au Caudan Arts Centre, principalement une collaboration entre le Conservatoire François Mitterrand et Opera Mauritius.

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