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Transport public

Un réseau sous tension, des passagers à bout de patience

4 octobre 2026, 17:00

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Un réseau sous tension, des passagers à bout de patience

■ Les longues attentes aux arrêts d’autobus et les perturbations du service ravivent le débat sur l’avenir du transport public.

Les autobus se font attendre, les passagers s’impatientent et les acteurs du secteur réclament un dialogue plus soutenu. Après le «go-slow» de lundi dernier à la Compagnie nationale de transport (CNT), les difficultés du transport public remettent sur la table la question d’une réforme globale du système.

Sur les routes, le constat devient difficile à ignorer : lorsque le nombre d’autobus disponibles diminue, la pression monte rapidement. Le «go-slow» a rappelé la fragilité d’un réseau dont dépendent chaque jour des milliers de voyageurs.

Pour ceux qui se rendent au travail, à l’école ou à leurs rendez-vous, une perturbation transforme vite un trajet ordinaire en une longue attente. Dans certaines régions, l’intervalle entre deux passages d’autobus s’allonge, tandis que les véhicules disponibles absorbent davantage de voyageurs. Résultat : arrêts plus longs et, par effet domino, retards répercutés sur les véhicules suivants.

Quand le réseau public est perturbé, les opérateurs privés sont eux aussi davantage sollicités. Une situation qui remet au premier plan les difficultés structurelles du secteur et les conditions dans lesquelles travailleurs et opérateurs assurent le service.

Les travailleurs au cœur du malaise

Pour Ashvin Gudday, négociateur de l’Union of Bus Industry Workers (UBIW), le transport public traverse une période difficile, et les conditions de travail des employés en sont l’un des éléments. «À plusieurs reprises, nous avons évoqué le fait que l’on n’a pas révisé les conditions de travail, notamment les salaires et les autres conditions quotidiennes qui leur permettent de faire un travail de qualité. Il y a un problème à ce niveau», affirme-t-il.

Selon lui, les difficultés des travailleurs finissent par se répercuter sur le service. Il évoque aussi le manque d’investissement dans certaines compagnies et des négociations qui restent bloquées. Il plaide pour une réflexion plus large, qui ne se limite pas aux conflits sur les heures supplémentaires ou les rémunérations. «Il faut s’asseoir et revoir tout le système», soutien-t-il, réclamant davantage de dialogue entre le gouvernement, les opérateurs et les syndicats.

Les travailleurs du transport sont parmi les premiers à entrer en action chaque matin : «Ils sont les starters de l’économie», dit-il en reprenant une expression du président de l’UBIW, Saleem Bacsoo. Il souligne aussi que travailleurs et usagers font face à la même hausse du coût de la vie, source de stress et de malaise pour les uns comme pour les autres.

Autre dossier en attente : la révision du Remuneration order. «Depuis des années, cela n’a pas été fait», déplore-t-il. Du côté des opérateurs privés, le constat est tout aussi préoccupant. Sunil Jeewoonarain, secrétaire de la Mauritius Bus Owners Cooperative Federation, réclame davantage de concertation avec le ministère du Transport. «Nous avons demandé des réunions et il [le ministre] tarde à nous les accorder. Dans les décisions qui sont prises, nous ne sommes pas consultés», affirme-t-il.

Selon lui, plusieurs difficultés des opérateurs ne figurent pas dans le mémorandum d’entente signé avec les autorités. «Nous sommes déçus. Nous partageons les mêmes problèmes que les autres compagnies de transport en commun», ajoute-t-il.

La situation financière et opérationnelle du secteur impose, à ses yeux, des discussions approfondies : «Avec le budget qui nous est alloué pour faire rouler un autobus, nous allons devoir revoir notre manière d’opérer.»

GPS, contrôle et sanctions Le coût du carburant pèse aussi. Certains trajets peu fréquentés pourraient nécessiter une réorganisation afin d’éviter des dépenses jugées inutiles. «Le carburant vaut de l’or actuellement. On demande au gouvernement de nous accorder du temps pour que l’on puisse s’asseoir et discuter. En tout cas, il y a un gros malaise dans le secteur du transport», dit-il.

Le gouvernement, lui, a annoncé plusieurs mesures pour améliorer le suivi du service. En août dernier, le ministre du Transport, Osman Mahomed, avait évoqué les retards et irrégularités constatés dans certains services d’autobus. Il avait annoncé que le futur Bus Services Bill pourrait renforcer les sanctions contre certains opérateurs, avec des suspensions pouvant aller jusqu’à plusieurs mois et, dans certaines circonstances prévues par la loi, la révocation d’un permis. Il avait aussi évoqué le cas d’autobus transformés en véhicules «spéciaux», une activité parfois plus rentable pour certains opérateurs.

L’installation de GPS dans les autobus est une autre évolution attendue. Sunil Jeewoonarain affirme que les opérateurs y sont favorables et dit avoir proposé des pistes pour accompagner sa mise en place. Il regrette toutefois l’absence, à ce stade, de procèsverbal d’une réunion tenue avec les autorités. «Nous voulons suivre ce qui se passe», expliquet-il, estimant que les opérateurs ont besoin de visibilité sur les changements à venir. Le «go-slow» de lundi aura remis sous les projecteurs un malaise qui, selon les représentants des travailleurs et des opérateurs, dépasse largement cet épisode. Au bout de la chaîne, ce sont les passagers qui en subissent les conséquences attentes prolongées, autobus chargés, retards et incertitudes.

Pour les acteurs du secteur, le constat est partagé : sans dialogue entre les parties et sans réflexion globale sur le modèle du transport public, les difficultés continueront de se répercuter sur ceux qui n’ont d’autre choix que de prendre l’autobus chaque matin.


Des chauffeurs désertent le privé, le ministère parle de coïncidence

Les difficultés rencontrées lundi par la CNT auraient eu des répercussions dans le secteur privé. Selon les opérateurs, des chauffeurs et receveurs de compagnies privées auraient quitté leur poste pour rejoindre l’opérateur national, après avoir été contactés à la suite de leur candidature. Plusieurs autobus privés seraient restés à quai depuis mardi, faute de personnel. Au ministère, on parle toutefois d’une simple coïncidence.

Sunil Jeewoonarain, secrétaire de la Mauritius Bus Owners Cooperative Federation, explique que plusieurs employés du privé avaient postulé à la suite d’un appel à candidature de la CNT. «La majorité de ceux qui ont postulé viennent des compagnies privées. Et lundi, alors que la CNT se trouvait face à un problème, les responsables auraient appelé les chauffeurs et receveurs qui avaient fait acte de candidature», affirme-t-il. «Comme on leur a demandé de venir tout de suite au bureau concerné, ils ont déserté leurs autobus et se sont rendus à la CNT», soutient-il.

Pour les opérateurs, c’est la manière qui pose problème, et non le recrutement. Les employés auraient dû, selon lui, donner un préavis. «Nous comprenons que c’est une réaction humaine face aux avantages que la personne va recevoir, mais cela n’est pas une raison de quitter les autobus dans les gares et de partir», fait-il valoir. Il affirme que plusieurs autobus ne circulent plus depuis mardi, faute de personnel.

Certains employeurs n’auraient même pas été informés de ces départs, alors qu’ils s’acquittent des obligations de leurs salariés auprès de la Mauritius Revenue Authority. «Il fallait nous donner le temps de nous organiser», estime-t-il.

Du côté du ministère, la lecture est différente. Mardi, 89 personnes – mécaniciens, électriciens, chauffeurs, contrôleurs et cleaners – ont été embauchées par la CNT. Selon le ministère, «la procédure pour l’embauche a débuté en mai dernier. Les applications et les entretiens ont été respectés, et ils ont été recrutés ce mardi», indique-t-on.

La concomitance avec le «go-slow» de lundi relèverait donc du hasard du calendrier, et non d’une réaction aux difficultés du jour.

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