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Approvisionnement en eau

Mare-aux-Vacoas : «Il faut être proactif et non réactif»

3 octobre 2026, 12:00

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Mare-aux-Vacoas : «Il faut être proactif et non réactif»

Le taux de remplissage du principal réservoir du pays pourrait tomber à 20 % d’ici fin novembre et le gouvernement met en avant le manque de pluie. Le professeur Prem Saddul, consultant en hydrogéologie, livre une autre lecture. Pour lui, le problème tient surtout à l’eau que le pays laisse s’échapper.

Le constat ne le surprend pas. «Chaque année, à pareille époque, le réservoir de Mare-aux-Vacoas fait grise mine», explique le professeur Prem Saddul, qui rappelle que le taux de remplissage y passe régulièrement sous les 45 % d’une capacité de 25,89 m³. Le niveau le plus bas, selon lui, date de novembre 2011, lorsque le réservoir affichait 29 %.

Pour comprendre, le consultant en hydrogéologie invite à regarder sous l’eau. Mare-aux-Vacoas est une dépression marécageuse profonde de 48 mètres, étendue sur 13 km², née de l’effondrement d’une caldeira il y a 5,5 millions d’années et bordée par trois ou quatre appareils volcaniques. «Le problème de Mare-aux-Vacoas est multidimensionnel», dit-il.

Il y a d’abord la fracture N20, qu’il décrit comme «l’épine dorsale de nos 23 volcans» et qui traverse le fond du réservoir. «Il est donc fort probable que l’eau suinte tout au long de cette ligne de fracture et se perde dans une nappe souterraine qui alimente la rivière Tamarin et forme également des marécages au sud.» L’eau pourrait aussi s’échapper vers une dépression formée par une ligne de subsidence, au sud du réservoir, là où l’on observe une extension des marécages.

Des mini-réservoirs le long des rivières

Au-delà de Mare-aux-Vacoas, Prem Saddul revient à ce qu’il répète depuis des années. Le pays compte plus de 50 rivières et, chaque année, plus de 100 m³ d’eau douce de surface se perdent dans la mer, auxquels s’ajoutent plus de 10 m³ par voie souterraine. «Il est primordial d’augmenter notre capacité de stockage», insiste-t-il. Il propose de construire plusieurs mini-réservoirs de 5 000 à 6 000 m³ le long des rivières et préconise aussi des châteaux d’eau dans plusieurs régions de l’île. Lorsqu’il évoque ceux qui décident, il affirme : «Jusqu’à maintenant, nos décideurs ont montré un manque de vision et de courage politique» mais il ajoute : «Il n’est jamais trop tard.»

Reste le réseau de la Central Water Authority (CWA). «La CWA perd Rs 450 millions par mois. C’est énorme.» Ce manque à gagner, il l’attribue aux pertes d’eau traitée, avec des fuites allant jusqu’à 62 % dans certaines régions, un taux qu’il présente comme le plus élevé en Afrique. Remplacer les vieux tuyaux percés est à ses yeux primordial pour préserver un grand volume d’eau potable.

Le dessalement, «non viable»

Sur le dessalement, que le gouvernement veut mener de front avec la réparation des fuites, Prem Saddul ne bouge pas. Le procédé par osmose inverse, alimenté à l’énergie fossile, est selon lui «économiquement et écologiquement non viable pour Maurice». Il s’in- quiète pour le lagon. «Nos lagons sont hautement vulnérables et hautement sensibles. Les rejets de saumure, avec une salinité quatre ou six fois plus dense, seront néfastes à nos écosystèmes marins et les dégâts seront irréversibles.» Le coût de production, ajoute-t-il, est trop élevé.

Dans l’immédiat, il en appelle aux consommateurs, dont la collaboration «en ce moment difficile» est importante. Le Mauricien consomme en moyenne 174 litres d’eau potable par jour, davantage qu’à Singapour ou en Europe. «On a tendance à utiliser l’eau potable d’après nos désirs et non d’après nos besoins.» Il plaide pour l’éducation et la sensibilisation, et juge urgent de planifier un programme de reboisement de grande envergure autour de Mare-aux-Vacoas. Sa conclusion vise la méthode. «Chaque année à pareille époque, on parle de stress hydrique. Pour moi, il faut être proactif et non réactif.» Les mesures, dit-il, doivent être prises à partir d’avril ou mai, quand les réserves sont au maximum, «et pas quand nos réservoirs et nos nappes souterraines se vident».

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