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Interview de...
Nuvin Proag : «La Mauritius Ju-Jitsu Federation est le governing body du jiu-jitsu brésilien à Maurice»
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Nuvin Proag : «La Mauritius Ju-Jitsu Federation est le governing body du jiu-jitsu brésilien à Maurice»
■ Avocat de profession, Nuvin Proag est le président de la MJJF, vice-président de la Ju-Jitsu International Federation (JJIF) et président de la Ju-Jitsu African Union (JJAFU). (Photos : Stéphane Benoît)
Depuis peu, un débat oppose la Mauritius Ju-Jitsu Federation (MJJF) et la Mauritius Brazilian Jiu-Jitsu Federation (MBJJF) autour d’une question centrale : laquelle est le governing body du jiu-jitsu brésilien à Maurice ? Président de la MJJF, vice-président de la Ju-Jitsu International Federation (JJIF) et président de la Ju-Jitsu African Union (JJAFU), Nuvin Proag, avocat de profession, défend la position de sa fédération, documents à l’appui. Il revient sur l’origine du jiu-jitsu brésilien, son appellation, la position de la JJIF et surtout sur la distinction juridique entre National Sports Federation et Sports Organisation.
⚫ La confusion vientelle du fait que Mitsuyo Maeda et les frères Gracie ont développé au Brésil une forme de jiu-jitsu devenue suffisamment particulière pour être considérée aujourd’hui comme une discipline brésilienne ?
Il faut d’abord revenir au terme «Jiu-Jitsu». C’est un nom japonais. Le ju-jitsu est un art complet qui comprend les frappes, les projections et le travail au sol, appelé ne-waza, qui signifie technique au sol. Mitsuyo Maeda, un Japonais, est ensuite allé au Brésil où il a transmis son art aux Brésiliens, notamment à Hélio Gracie. Les Gracie ont développé davantage l’aspect du travail au sol. Il n’y a aucun problème à le reconnaître. Mais, au départ, ils n’appelaient pas cela brazilian jiu-jitsu. Ils parlaient simplement de Jiu-Jitsu.
L’appellation «brazilian jiu-jitsu» s’est développée par la suite, notamment aux États-Unis, où des Brésiliens ayant émigré pour promouvoir cette discipline ont commencé à utiliser ce terme pour se distinguer des autres formes de jiu-jitsu.
⚫ Pourtant, aujourd’hui, tout le monde parle de brazilian jiu-jitsu.
Oui, parce que cette appellation est devenue populaire. Mais le fait qu’elle soit populaire ne change pas l’origine de la discipline. On ne peut pas dire que le brazilian jiu-jitsu est d’origine brésilienne. Il a été développé au Brésil à partir d’un art d’origine japonaise.
C’est d’ailleurs pour cette raison que la JJIF utilise le terme jiu-jitsu. Même l’IBJJF s’appelle International Brazilian Jiu-Jitsu Federation, mais dans son règlement elle parle de jiu-jitsu. La Sports Jiu Jitsu International Federation ( la SJJIF à laquelle est rattachée la MBJJF) utilise également le terme jiu-jitsu.
⚫ Pourquoi la JJIF utilise-t-elle quand même le terme «brazi- lian jiu-jitsu» ?
Nous considérons qu’il s’agit de la même discipline. Le problème est que certaines personnes veulent présenter le jiu-jitsu, ne-waza et le brazilian jiujitsu comme des disciplines différentes. C’est faux. Pour être clair avec le public, nous pouvons utiliser BJJ, parce que c’est le nom sous lequel cette forme de jiu-jitsu est populairement connue. Mais si un consensus se dégage pour ne plus utiliser «brazilian jiu-jitsu», nous sommes pour. La différence n’est pas celle entre deux sports comme le football et le volley-ball. C’est la même discipline.
⚫ Vous dites également que les règlements permettent de le constater ?
Absolument. Allez sur les sites de l’IBJJF (International Brazilian Jiu Jitsu Federation, de la SJJIF et de la JJIF et regardez leurs rulebooks. On retrouve le même travail au sol et les mêmes principes.
Il y a toutefois une différence importante concernant les systèmes de grades. À la SJJIF, le Graduation System indique les ceintures, mais les techniques ne sont pas standardisées. Chaque académie peut avoir son propre cursus.
À la JJIF, nous avons un système commun. Pour les différents grades, les techniques sont définies. Il existe donc une standardisation au niveau de nos membres.
⚫ Venons-en à Maurice. Depuis peu, la question de savoir qui est le governing body du jiujitsu brésilien oppose la MJJF et la MBJJF. Quelle est votre position ?
La distinction fondamentale est celle entre une National Sports Federation et une Sports Organisation. La MJJF est une National Sports Federation, alors que la MBJJF est une Sports Organisation. Ce sont deux statuts différents, avec des droits et des obligations différents.
Une National Sports Federation ne bénéficie pas seulement de droits exclusifs. Elle est également soumise à davantage d’obligations, notamment en matière d’antidopage, de structures régionales et d’affiliation à une fédération internationale reconnue par le mouvement olympique.
Il ne faut donc pas simplement dire : «Nous sommes une National Sports Federation, nous avons des droits.» Il faut aussi accepter les obligations qui viennent avec ce statut. Les Sports Organisations prévues par la Sports Act ont un autre statut.
⚫ Vous estimez donc que la MBJJF ne peut pas exercer les mêmes prérogatives que la MJJF ?
Exactement. Une Sports Organisation peut coexister avec une National Sports Federation, mais elle ne peut pas s’arroger les droits et pouvoirs de cette dernière.
C’est d’ailleurs ce qui ressort, selon moi, de l’affaire All Mauritius Karate Federation v Bundhoo. Dans cette affaire, il a été clairement établi qu’une autre organisation peut coexister à côté de la National Sports Federation, mais que seule cette dernière peut représenter le pays.
Ici, c’est la première fois qu’une Sports Organisation s’arroge les droits et pouvoirs d’une National Sports Federation. J’ai donc écrit au ministère pour lui demander d’intervenir.
(NDLR : À Maurice, la Mauritius Ju-Jitsu Federation (MJJF) est reconnue officiellement sous la Sports Act 2016 comme la seule fédération nationale pour encadrer le Ju-Jitsu Fighting, le JiuJitsu / Brazilian Jiu-Jitsu (BJJ), avec et sans kimono (Gi et No-Gi), également appelé Ne-Waza au niveau international ; le Contact Ju-Jitsu ; le Duo Show ; le Para Jiu-Jitsu).
⚫ Comment expliquez-vous alors que le ministère ait pu présenter la MJJF et la MBJJF sur une même page consacrée aux fédérations et organisations sportives ?
Il y a eu quelques maladresses du ministère des Sports, mais je pense qu’elle est de bonne foi. Sur son site, le ministère présente les National Sports Federations et les Sports Organisations sur une même page. Cela peut créer de la confusion parce qu’on ne voit pas immédiatement la distinction entre les deux.
Il aurait fallu deux rubriques différentes : une pour les National Sports Federations et une autre pour les Sports Organisations.
Parce qu’un jeune qui veut pratiquer le jiu-jitsu et qui cherche une National Sports Federation peut tomber sur cette page et croire que la MBJJF est une fédération nationale. Alors que ce n’est pas le cas, selon le cadre que je viens d’expliquer.
⚫ Quelle est alors la conséquence pour un athlète ?
Elle est importante. Lorsqu’un athlète participe à des compétitions dans le cadre d’une National Sports Federation, il peut bénéficier du cadre réservé aux sportifs concernés : la High Level Sports Unit, les cash prizes, les allocations et, pour les étudiants, le Trust Fund for Excellence in Sports, selon les conditions applicables.
La question est aussi celle de la représentation de Maurice. Lorsqu’une National Sports Federation engage des athlètes, ceuxci représentent officiellement Maurice et portent le drapeau mauricien dans le cadre prévu par la loi.
⚫ Vous soulevez également la question de l’utilisation du mot «Mauritius» dans le nom de la MBJJF.
Oui. La MBJJF existait avant la Sports Act de 2016. À cette époque, le cadre était moins réglementé. Mais la Sports Act de 2016 a changé les choses.
■ Athlètes lors d’une compétition nationale organisée par la MJJF à Côte-d’Or.
Selon la loi, c’est la National Sports Federation qui doit utiliser le mot «Mauritius» dans son appellation. Les autres organisations doivent avoir une autorisation spéciale du Prime Minister’s Office.
Dans l’affaire AMKF, l’officier du Registrar a également expliqué que seule la National Sports Federation devait porter le nom «Mauritius». Le Registrar of Associations aurait donc dû revoir les appellations après l’entrée en vigueur de la nouvelle loi.
J’ai l’intention de saisir également le Registrar of Associations avec les éléments dont nous disposons.
⚫ Le président de la République a récemment reçu la MBJJF à la State House et salué publiquement le «champion du monde» de cette organisation. Vous avez réagi sur les réseaux sociaux. Pourquoi ?
Avec tout le respect que je dois à la présidence, je me devais de clarifier un point de droit important.
La MBJJF n’est pas, selon le cadre légal que j’ai exposé, une National Sports Federation au sens de la section 4 de la Sports Act 2016. Ses activités et ses résultats peuvent exister dans son propre cadre, mais cela ne signifie pas que la MBJJF ou ses athlètes peuvent officiellement représenter l’État de Maurice au niveau international ou porter le drapeau mauricien au nom de l’État.
La Cour suprême a récemment rappelé, dans The All Mauritius Karate Federation v Bundhoo & Anor [2025 SCJ 495], que seule une National Sports Federation peut représenter officiellement Maurice au niveau international.
Je suis convaincu que la présidence n’avait pas connaissance de cette distinction et qu’elle a agi de bonne foi sur la base des informations qui lui avaient été communiquées. Mon objectif était simplement de faire en sorte que le cadre légal soit correctement compris.
⚫ Au-delà de cette bataille entre fédérations, que dites-vous aux jeunes pratiquants mauriciens de BJJ qui veulent simplement atteindre le plus haut niveau ?
Notre priorité reste les athlètes mauriciens. Notre cœur bat pour eux et nous voulons les emmener le plus haut possible. La MJJF travaille déjà dans ce sens avec les moyens dont elle dispose.
Si vous voulez pratiquer le jiu-jitsu ou le brazilian jiu-jitsu et représenter véritablement Maurice, il faut comprendre quelle est l’instance reconnue au niveau international et quelles compétitions permettent d’obtenir ce statut.
La JJIF regroupe des fédérations nationales reconnues par leurs ministères ou leurs comités nationaux olympiques. Le niveau de compétition est donc très élevé.
Et les athlètes issus d’une National Sports Federation peuvent bénéficier des dispositifs prévus pour les sportifs de haut niveau, notamment la HLSU et, pour les étudiants, le TFES, selon les critères applicables.
Nous sommes là pour accueillir les athlètes, les guider et leur permettre d’atteindre le plus haut niveau dans des compétitions reconnues.
JJIF contre SJJIF : l’argumentaire international de Proag
Pour Nuvin Proag, la différence entre la JJIF (auquel est affiliée la MJJF) et la SJJIF (auquel est affiliée la MBJJF) se situe notamment au niveau de leur reconnaissance internationale. Il souligne que la JJIF est membre de SportAccord et de l’Alliance of Independent Recognised Members of Sport (AIMS), l’une des quatre organisations faîtières de SportAccord. Il met également en avant son appartenance à l’International World Games Association (IWGA), sa reconnaissance par l’Olympic Council of Asia (OCA) et son affiliation à la FISU.
AIMS constitue par ailleurs une voie d’accès au mouvement olympique pour les fédérations internationales qui cherchent à y entrer. Son processus de candidature est géré avec SportAccord, avec la participation d’un représentant du Comité international olympique (CIO) à la commission chargée d’évaluer les dossiers. La reconnaissance par le CIO demeure toutefois une procédure distincte, relevant de ses propres critères.
Nuvin Proag insiste aussi sur l’antidopage. Il affirme que la JJIF est signataire du World Anti-Doping Code de la World Anti-Doping Agency (WADA/AMA) et que l’International Testing Agency (ITA) gère son programme antidopage. Selon lui, la SJJIF n’est ni signataire du Code ni partenaire de l’ITA.
Il évoque enfin la demande de reconnaissance de la SJJIF auprès de la GAISF, ancienne appellation de SportAccord. Selon Proag, cette démarche avait été mise en attente en 2016 en raison du conflit avec la JJIF, déjà membre de cette structure.
Aujourd’hui, la JJIF figure toujours parmi les membres d’AIMS, tandis que la SJJIF n’apparaît pas dans la liste actuelle des membres publiée par AIMS.
Pour Nuvin Proag, ces éléments confortent donc la position de la JJIF comme governing body international du jiu-jitsu et des disciplines qui lui sont affiliées.
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