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Cancer du sein
Dépister tôt, accompagner mieux, briser le silence
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Cancer du sein
Dépister tôt, accompagner mieux, briser le silence
Laura Siem (à g.) et Shamima Patel (à. dr.).
À Maurice, le cancer du sein demeure au cœur des préoccupations de santé publique, avec environ 700 nouveaux cas de cancer du sein rapportés chaque année, selon les chiffres évoqués par Breast Cancer Care Mauritius. Parmi eux, quelque 566 concernent les femmes. La maladie reste également meurtrière, avec environ 220 décès féminins annuels attribués au cancer du sein. Derrière ces chiffres se trouvent des parcours marqués par le diagnostic, les traitements, les difficultés financières, mais aussi par le poids du tabou et le manque d’information. Pour les associations et professionnels engagés dans ce combat, un même message revient : la sensibilisation et la détection précoce peuvent changer le parcours des patientes.
Pour Laura Siem, survivante du cancer du sein, philanthrope et fondatrice de la Siem Together Foundation, cette mission est profondément personnelle. Son propre parcours a été particulièrement éprouvant. «Tout ce qui pouvait mal tourner a mal tourné», raconte-t-elle. Une prise en charge qui aurait dû durer environ huit mois s’est finalement étendue sur deux ans. Elle a subi plus de 20 opérations, après des complications, des infections et une réponse initiale insuffisante à la chimiothérapie.
Mais les difficultés avaient commencé avant même le traitement. Diagnostiquée alors qu’elle vivait en Allemagne, Laura Siem explique avoir eu du mal à trouver un médecin qui prenne ses symptômes au sérieux. En arrivant à Maurice, une question s’est alors imposée : si l’accès à l’information et au diagnostic avait été compliqué en Allemagne, qu’en était-il sur l’île ?
Ses recherches l’ont convaincue que la sensibilisation constituait l’un des principaux leviers. «L’information est vraiment essentielle et elle manque partout dans l’île», souligne-t-elle. Selon elle, la mobilisation ne doit pas se limiter au mois d’octobre, traditionnellement consacré à la sensibilisation au cancer du sein. «Peut-être qu’en octobre les femmes en parlent, mais ensuite c’est terminé», observe-t-elle.
L’auto-examen au cœur du message
Pour Laura Siem, l’un des principaux défis reste d’encourager les femmes à connaître leur corps et à pratiquer régulièrement l’auto-examen des seins. Son propre parcours en est l’illustration. Elle explique avoir passé une mammographie avant de découvrir, cinq semaines plus tard, qu’elle était atteinte d’un cancer agressif. Au moment du diagnostic, la maladie était déjà au stade 3 et avait atteint ses ganglions lymphatiques.
«Si je n’avais pas fait correctement mon auto-examen sous la douche, je ne serais pas assise ici», affirme-t-elle.
Son message est donc clair : ne pas attendre le mois d’octobre ou l’apparition de symptômes pour s’intéresser à la santé de ses seins. L’objectif est de développer une habitude mensuelle, de reconnaître les changements inhabituels et de consulter rapidement en cas de doute.
C’est précisément dans cette logique que s’inscrit PinkPulse, une application numérique développée pour Breast Cancer Care Mauritius. Soutenue financièrement par la Siem Together Foundation et médicalement par C-Care, l’application sera officiellement lancée demain, le 1er octobre, premier jour du mois de sensibilisation au cancer du sein.
PinkPulse : la prévention au bout du téléphone
L’idée de PinkPulse est née d’une volonté de dépasser les campagnes traditionnelles de sensibilisation. Nishna Purrunsing, de Vikali Ltd, spécialisée dans le marketing digital, la publicité et la communication, est à l’origine du concept. Le développement technologique a ensuite été assuré par Yann Prudent, de Codexa Technologies.
Disponible sur Android et iOS, PinkPulse est destinée aux femmes comme aux hommes. L’application propose des informations éducatives sur la santé du sein, accompagne l’utilisateur dans l’auto-examen et présente les signes et symptômes à surveiller. Elle permet également de localiser des centres de dépistage et d’obtenir des informations sur les services disponibles, notamment la mammographie et l’échographie.
L’application comprend également un système de rappel. L’utilisateur renseigne certaines informations et reçoit une notification pour effectuer régulièrement son auto-examen. Des indications visuelles expliquent les gestes à effectuer et les changements à surveiller.
Pour Shamima Patel, fondatrice et présidente de Breast Cancer Care Mauritius, cette initiative répond à un manque qu’elle avait elle-même constaté lors de son traitement. Survivante du cancer du sein, elle explique avoir suivi une partie de ses soins dans le privé, tout en se rendant à l’hôpital pour la radiothérapie. Elle y avait rencontré des patientes qui, selon elle, disposaient de très peu d’informations sur leur maladie et leur parcours de soins. «J’étais préparée à tout. Et voir ces personnes ne rien savoir m’a profondément choquée», témoigne-t-elle. Cette expérience l’a poussée à créer Breast Cancer Care Mauritius afin d’apporter aux patientes une information et un accompagnement plus complets.
Au-delà du traitement : accompagner la personne
Pour Shamima Patel, le cancer du sein ne se limite pas à une maladie nécessitant des traitements médicaux. Le diagnostic bouleverse également la vie familiale, sociale et émotionnelle. «Tout est un problème», résume-t-elle lorsqu’elle évoque le parcours des patientes, de l’annonce du diagnostic jusqu’au retour à une vie normale. Le manque de communication, les difficultés financières, les traitements lourds et les conséquences psychologiques peuvent s’ajouter à la maladie. Le cancer du sein demeure également entouré de tabous, notamment parce qu’il touche une partie intime du corps.
Breast Cancer Care a ainsi intégré un accompagnement psychologique à son travail. L’organisation suit les patientes dès l’annonce du diagnostic et tente également d’impliquer leurs familles. Des groupes de soutien et différentes activités permettent aux femmes de partager leur expérience et de parler ouvertement de leurs difficultés. Pour Shamima Patel, il faut notamment combattre les sentiments de culpabilité et de honte. «Il est tellement important de pouvoir exprimer ce que l’on ressent et d’en parler», insiste-t-elle.
Un financement pour des soins concrets
La sensibilisation s’accompagne aussi d’un soutien financier. La Sagena Bank Charity Classic Swing, organisée avec le soutien de la Siem Together Foundation, a permis de récolter Rs 5,3 millions pour Breast Cancer Care Mauritius, contre près de Rs 3 millions lors de la première édition en 2025. Laura Siem souligne que ces fonds ne se limitent pas à des campagnes de communication. Ils servent notamment à financer des dépistages, des opérations, des traitements de chimiothérapie et un soutien financier aux patientes qui ne peuvent pas assumer seules certains coûts.
La fondation finance également des structures mobiles destinées à rapprocher les services des populations. Un troisième conteneur doit ainsi être installé à Tamarin l’année prochaine. La Siem Together Foundation souligne par ailleurs le rôle de Marcel Siem, joueur de golf du DP World Tour et six fois vainqueur. Selon Laura Siem, plus de 70 % des fonds récoltés lors de ces événements proviennent de l’étranger. Elle tient ainsi à remercier son époux et son public pour leur soutien à la mission menée à Maurice.
Un continuum de soins
C-Care, partenaire de Breast Cancer Care Mauritius depuis plusieurs années, entend pour sa part renforcer le lien entre sensibilisation, dépistage, diagnostic et prise en charge. «Nous voulons contribuer à renforcer le continuum de soins : de la sensibilisation et du dépistage au diagnostic, à la consultation spécialisée, au traitement et au suivi», explique l’établissement.
Dans le cadre de PinkPulse, C-Care prévoit notamment des tarifs préférentiels sur certains examens de dépistage et de diagnostic, dont la mammographie et certains tests sanguins, ainsi qu’un accès à des évaluations médicales complémentaires lorsque cela est indiqué. Pour C-Care, PinkPulse constitue ainsi un outil complémentaire aux services médicaux existants, permettant de guider les femmes nécessitant des examens supplémentaires vers les prochaines étapes de leur parcours de soins.
Briser le tabou
Pour Laura Siem comme pour Shamima Patel, la prévention passe enfin par un changement de mentalité. Le cancer du sein ne doit pas être considéré comme un sujet honteux ou une maladie dont on évite de parler. «Ce n’est pas quelque chose que l’on souhaite ou que l’on choisit. C’est quelque chose qui arrive, que l’on le veuille ou non», rappelle Laura Siem. Shamima Patel insiste également sur le fait que les hommes peuvent eux aussi développer un cancer du sein. L’objectif, selon elle, est que la maladie soit détectée suffisamment tôt pour permettre une prise en charge plus efficace et éviter autant que possible les interventions lourdes.
Avec PinkPulse – Tat to TT, le message est désormais accessible directement sur smartphone : connaître ses seins, reconnaître les changements, effectuer régulièrement son auto-examen et consulter en cas d’anomalie. Le lancement prévu demain entend ainsi donner une nouvelle dimension à la sensibilisation au cancer du sein à Maurice.
Pour les deux survivantes, l’enjeu des prochaines années sera de faire de cette vigilance une habitude durable. «Parler, détecter tôt, soutenir», résume Laura Siem. Car derrière chaque campagne, chaque application et chaque collecte de fonds, demeure une ambition commune : que l’information arrive avant que la maladie atteigne un stade avancé et que chaque personne confrontée au cancer puisse être accompagnée, médicalement comme humainement.
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