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Carburants

La hausse à la pompe fait tache d’huile

30 septembre 2026, 16:00

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La hausse à la pompe fait tache d’huile

■ Depuis le 29 septembre, le litre d’essence coûte Rs 77,70 et le diesel Rs 78,35. En sept mois, les deux carburants ont enregistré une hausse cumulée d’environ 33 %.

Du 25 mars à ce jour, le prix de l’essence a augmenté de Rs 19,25 et celui du diesel de Rs 19,40. Désormais, l’essence est vendue à Rs 77,70 le litre et le diesel à Rs 78,35. Le gouvernement invoque notamment la hausse des cours internationaux des produits pétroliers et la situation du Price Stabilisation Account (PSA). Mais chez les consommateurs comme dans plusieurs secteurs d’activité, les inquiétudes se multiplient face aux répercussions de ces augmentations.

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que la nouvelle hausse du prix des carburants fasse réagir. Sur les réseaux sociaux, dans les commerces et dans les discussions de rue, la question revient : jusqu’où les consommateurs et les entreprises pourront-ils absorber ces augmentations successives ?

Le litre d’essence est passé de Rs 70,65 à Rs 77,70, soit une hausse de Rs 7,05. Le diesel passe, lui, de Rs 71,25 à Rs 78,35, soit Rs 7,10 supplémentaires. Cette nouvelle révision porte ainsi à Rs 19,25 l’augmentation cumulée de l’essence depuis mars et à Rs 19,40 celle du diesel, soit environ 33 % dans les deux cas. Le ministre du Commerce et de la protection des consommateurs, Michaël Sik Yuen, a défendu cette nouvelle révision dans une vidéo. Il explique que celle-ci intervient dans un contexte marqué par la hausse des cours internationaux des produits pétroliers et par la situation du PSA, dont le déficit était estimé à Rs 3,63 milliards au 28 septembre. Le ministre insiste également sur les conséquences qu’aurait une pression accrue sur ce compte, notamment pour certains produits subventionnés. «Nous avons fait beaucoup de stabilisation et nous craignons l’effet domino», a-t-il expliqué, citant notamment le riz «ration», la farine et le gaz ménager.

Pour illustrer cette situation, il a avancé plusieurs scénarios. Selon ses exemples, un sac de cinq kilos de riz qui coûte Rs 56 pourrait atteindre un prix de vente de Rs 153. Le prix du gaz ménager pourrait, lui, dépasser Rs 500, contre Rs 250 actuellement, tandis que la farine de 2,5 kilos, dont le coût est de Rs 26, pourrait atteindre Rs 56.

Ces chiffres ont été avancés par le ministre pour illustrer les effets potentiels du mécanisme de stabilisation et ne constituent pas une annonce de nouveaux prix de vente.

Sur le plan technique, la State Trading Corporation (STC) indique que, pour cette révision, le prix de référence a été calculé à partir des prix réels de juillet à septembre 2026 et des prix projetés d’octobre à décembre. Selon la STC, le calcul aboutissait à une hausse supérieure à 10 %, mais la hausse appliquée à la pompe a été plafonnée à 10 %, conformément à la réglementation.

Les indépendants s’interrogent

Pour Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress (MLC), cette nouvelle augmentation risque d’avoir des conséquences bien au-delà de la facture des automobilistes. «L’augmentation du prix du carburant pèsera lourdement sur le panier des Mauriciens et entraînera inévitablement une cascade d’augmentations», estime-t-il, citant notamment le transport, l’alimentation, la livraison, l’agriculture, la pêche, le commerce et les services.

Le MLC plaide pour une réduction temporaire de certaines taxes et contributions sur les produits pétroliers, estimant qu’une telle mesure pourrait limiter les répercussions de la hausse sur les ménages et les entreprises. Haniff Peerun demande également davantage de transparence sur la composition du prix à la pompe, et sur les différentes taxes et contributions payées par les consommateurs, y compris celles liées à l’approvisionnement de Rodrigues.

Pour le MLC, une réduction temporaire de certaines taxes ne devrait pas être considérée uniquement comme une perte de recettes publiques, mais également comme un moyen de soutenir le pouvoir d’achat et l’activité économique.

Chez les travailleurs indépendants, la hausse suscite également des inquiétudes. Stephane Maurymoothoo, représentant du Regrupman Artizan Morisien, s’interroge sur la capacité des petites et moyennes entreprises à absorber cette nouvelle augmentation. «Est-ce que ce sera la fin des petites et moyennes entreprises ? C’est la question que les travailleurs indépendants se posent», lance-t-il.

Il rappelle que les carburants constituent seulement l’un des postes de dépenses auxquels doivent faire face les professionnels. Assurance, pneus, entretien et réparations viennent également alourdir leurs charges.

Pour ceux qui doivent se déplacer plusieurs fois par semaine dans le cadre de leur activité, la hausse des carburants représente donc une dépense supplémentaire difficile à éviter. Stephane Maurymoothoo évoque notamment les conséquences possibles pour les marchands ambulants, les vendeurs de dholl puri ou encore les professionnels utilisant leur moto pour travailler.

Les opérateurs d’autobus sous pression

Le secteur du transport collectif fait lui aussi part de ses préoccupations. Sunil Jeewoonarain, secrétaire de la Mauritius Bus Owners Cooperative Federation, affirme que la hausse du diesel exerce une pression supplémentaire sur les opérateurs. «Plus le diesel augmente, le gouvernement donne un subside, mais l’écart que nous dépensons en réalité devient plus important», explique-t-il.

Il évoque également le coût du renouvellement des véhicules. Un autobus neuf peut représenter un investissement d’environ Rs 5 millions, souligne-t-il, alors que sa mise en circulation nécessite une planification financière sur plusieurs années. La succession des hausses du diesel complique, selon lui, cette planification et affecte la rentabilité des opérateurs.

Sunil Jeewoonarain estime également que certains opérateurs pourraient être amenés à revoir l’utilisation de leurs autobus sur les lignes enregistrant une faible fréquentation. Il prévient que si aucune solution n’est trouvée lors des discussions avec le gouvernement, les conséquences pourraient également se faire sentir pour les usagers.

Suttyhudeo Tengur, président de l’Association for the Protection of the Environment and Consumers (APEC), porte pour sa part le débat sur le fonctionnement du mécanisme de fixation des prix. Pour l’association, le système actuel n’aurait pas suffisamment protégé les consommateurs. L’APEC relève que l’essence a augmenté de Rs 19,25 depuis mars, soit environ 33 %, tandis que le diesel a progressé de Rs 19,40.

L’association conteste notamment la méthode utilisée pour déterminer le prix de référence. Elle relève que le calcul prend en considération des prix effectivement observés ainsi que des projections pour les mois à venir. Selon l’APEC, cette méthode signifie qu’une partie du calcul repose sur des prévisions et non uniquement sur des coûts déjà supportés. L’association estime également que le mécanisme pourrait réagir davantage aux hausses qu’aux baisses des cours internationaux.

L’APEC soulève aussi des interrogations sur la structure fiscale du prix à la pompe, et sur les différentes taxes et contributions qui y sont intégrées. Elle réclame davantage de transparence afin que les consommateurs puissent comprendre précisément la composition du prix final. L’association demande par ailleurs un audit indépendant du PSA, la publication détaillée des éléments entrant dans le calcul du prix de référence ainsi qu’une révision du mécanisme actuel.

Les plaisanciers dans la tourmente

La hausse touche également les professionnels de la mer. Prem Beerbul, porte-parole de l’association des plaisanciers, explique que certains opérateurs consacrent entre Rs 3 000 et Rs 4 000 par jour au carburant. «Nous demandons au gouvernement de nous faciliter les choses», soutient-il.

Il évoque notamment une éventuelle réduction de certains permis ainsi que la mise en place de facilités permettant aux opérateurs nautiques de travailler dans de meilleures conditions. Il estime également que des investissements dans les infrastructures liées aux activités nautiques pourraient contribuer à alléger certaines contraintes du secteur.

Les chauffeurs de taxi sont eux aussi directement concernés. Pour Asraf Ali Ramdin, secrétaire de la General Taxi Owners’ Union, les fluctuations du prix des carburants sont devenues une réalité à laquelle le secteur doit s’adapter. «Le prix de l’essence monte et baisse, et nous ne pourrons rien y faire», observe-t-il. Tout en reconnaissant l’impact de la situation internationale et notamment de la guerre, il estime qu’il faut désormais rechercher des moyens de limiter les conséquences de ces hausses au niveau local. Pour lui, la réponse doit être collective. «Il faut que tout le monde arrive à coopérer car tout le monde est embarqué dans cette affaire», affirmet-il. Asraf Ali Ramdin estime également que le gouvernement doit chercher des solutions permettant de faciliter non seulement la vie des chauffeurs de taxi, mais aussi celle du public en général. Il appelle ainsi à examiner la situation dans sa globalité et à rechercher des mesures concrètes «sans entrer dans le jeu politique des uns et des autres».

Automobilistes, travailleurs indépendants, transporteurs, entreprises et professionnels de la mer : chacun mesure désormais l’impact de la nouvelle hausse à l’aune de son activité.

Le gouvernement met en avant l’évolution des marchés internationaux et la nécessité de préserver les mécanismes de stabilisation des produits essentiels. Les syndicats, organisations professionnelles et associations de consommateurs demandent, eux, davantage de mesures pour limiter l’impact de la hausse sur les ménages et les entreprises.

Au-delà des prix affichés dans les stations-service, c’est donc toute une chaîne qui est concernée. Transport, livraison, production, commerce et services pourraient être affectés par l’évolution des coûts de fonctionnement. À Rs 77,70 le litre d’essence et Rs 78,35 le litre de diesel, la question n’est plus uniquement celle du prix à la pompe. Elle porte désormais sur la capacité des ménages et des différents secteurs économiques à absorber ces hausses successives.

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