Publicité

La crise énergétique s’amplifie

30 septembre 2026, 09:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

La nouvelle majoration des prix de l’essence et du diesel de l’ordre de 10 % nous rappelle que nous sommes embourbés dans une crise énergétique et que la traversée du désert pourrait être beaucoup plus longue qu’anticipé.

Les chiffres communiqués par le ministère du Commerce sont implacables : au 25 septembre, la hausse effective des prix de l’essence et du diesel était de 18,12 % et de 18,36 % respectivement. Ce, en se basant sur la dernière cargaison de carburants livrée par le tanker MT Torm Splendid, le 23 septembre. Concrètement, cela signifie que les prix de l’essence et du diesel auraient dû potentiellement augmenter à Rs 85,30 et 89,40 le litre. Grâce au mécanisme du Petroleum Pricing Committee, leurs prix ont été quelque peu contenus. Mais jusqu’à quand ? Pour le moment, les pourparlers entre l’Iran et les États-Unis pour la réouverture du détroit d’Ormuz, par lequel transite plus de 20 % du pétrole mondial, bute inlassablement sur une pierre d’achoppement. Aux dernières nouvelles, Washington refusait catégoriquement le plan de Téhéran pour le déblocage du détroit d’Ormuz. Ce plan est assorti d’une série de conditions, dont le dégel des avoirs remontant à l’époque de la Révolution de 1979 ou encore la levée des sanctions économiques et financières à l’encontre de l’Iran.

Ce tug-of-war auquel se livrent les parties belligérantes dans cette guerre folle qui tient le monde en otage depuis fin février dernier place les marchés dans une situation d’extrême nervosité. Lundi, le marché pétrolier s’emballait avec le Brent grimpant jusqu’à 106,80 dollars le baril avant de se stabiliser autour de 99 dollars. C’est, du reste, le cours moyen du Brent depuis fin juillet. Nous sommes aujourd’hui dans une conjoncture où les analystes les plus aguerris ne sont plus capables de prédire comment les cours des produits pétroliers vont évoluer.

La crise énergétique risque de s’étaler. En tant qu’importateur net d’énergies fossiles, Maurice est dans une situation pour le moins critique. La State Trading Corporation n’a plus la capacité d’absorber le choc. Au 25 septembre, le Price Stabilisation Account affichait un déficit de Rs 3,64 milliards. Au train où vont les choses, la note risque d’être salée pour les automobilistes lors des mois à venir, avec les prix à la pompe devant se rapprocher de la barre des Rs 90 le litre, si les conditions géopolitiques actuelles persistent.

Avant le début de l’opération «Fureur épique» déclenchant les hostilités avec l’Iran, à Maurice, le prix de l’essence affichait Rs 55,75, alors que le diesel se vendait à Rs 41. En l’espace de sept mois, l’augmentation se situe donc autour de 40 % pour l’essence et de 90 % pour le diesel.

Sur le plan macroéconomique, la flambée des prix des carburants, de l’huile lourde et du carburant avion Jet A-1 ne sera pas sans conséquence. La perspective d’une facture pétrolière avoisinant les Rs 100 milliards en 2026 implique une nette dégradation de la balance courante. Cet indicateur affichait un déficit de 7,1 % l’année dernière. Qui dit renchérissement de la facture pétrolière dit aussi impact sur l’effet multiplicateur. Cela veut dire qu’au lieu de créer de la richesse en circulant dans l’économie, les devises étrangères se perdront, à l’image d’un robinet qui fuit bêtement dans l’importation de carburants.

Mais l’effet le plus immédiat reste sur les prix. À la lumière de la révision du prix du diesel, un impact est attendu sur l’inflation. Techniquement, toute majoration du diesel d’une roupie se traduit par un relèvement de 0,2 % de l’inflation. Ainsi, on s’attend à ce que Statistics Mauritius revoie ses estimations pour l’inflation dans les prochaines livraisons du Consumer Price Index. Début septembre, l’institut calculait l’inflation en glissement annuel à 4,9 % et l’inflation globale à 4 % en août. Des taux qui ne semblent pas refléter l’augmentation réelle des prix comme le vivent au quotidien les consommateurs et les entreprises.

Par ailleurs, Business Mauritius se dit interpellée par la crise énergétique. Pour l’association patronale, si la hausse des prix des carburants se prolonge, il y aura des répercussions directes sur les entreprises, que ce soit en termes de coûts de transport et de production. Parallèlement, la flambée des coûts de fret vient renchérir les marchandises importées. Face à l’urgence de la situation, Business Mauritius préconise deux remèdes : des mesures d’économie d’énergie et l’accélération du processus de transition énergétique.

Publicité