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Chagos : après Trump, qui paie, qui contrôle, qui décide ?

1 octobre 2026, 08:30

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Le déplacement de Navin Ramgoolam à Londres intervient à un moment où le «ménage à trois» des Chagos vient de changer de nature. Moment qualifié de déterminant par la partie mauricienne : le Premier ministre mauricien doit rencontrer Jonathan Powell, conseiller à la sécurité nationale d’Andy Burnham et interlocuteur déjà familier du dossier chagossien. La rencontre intervient après l’entretien téléphonique entre Ramgoolam et Burnham, mais surtout après la rencontre, à New York, entre Burnham et Donald Trump.

Trump a qualifié l’accord anglo-mauricien de «terrible» et Londres reconnaît désormais que sa mise en œuvre doit tenir compte de la position américaine. Le problème n’est donc plus seulement celui d’un accord entre Maurice et le Royaume-Uni. Diego Garcia est devenu le troisième côté du triangle : Maurice détient la souveraineté, Londres porte l’accord, mais Washington, DC, détient une capacité de pression stratégique que personne ne peut ignorer.

C’est précisément la raison pour laquelle la rencontre avec Powell est importante. Il ne s’agit pas simplement d’un diplomate britannique de plus. Powell est le National Security Advisor du Premier ministre Burnham et a été l’interlocuteur britannique central sur les négociations chagossiennes. La question est désormais de savoir si le modèle qui vient d’être trouvé entre Washington, DC, Copenhague et Nuuk peut inspirer le «ménage à trois» de l’océan Indien.

Le parallèle est intéressant. Dans l’accord signé le 22 septembre dernier sur le Groenland, Washington, DC, obtient une extension considérable de ses droits militaires : modernisation de la base de Pituffik, possibilité d’établir de nouvelles zones de défense, liberté d’accès et de mouvement militaire, et mécanismes permettant de limiter certaines présences militaires ou certains investissements considérés comme stratégiquement sensibles. En contrepartie, le Danemark conserve sa souveraineté et le Groenland son droit à l’autodétermination.

Le principe pourrait donc être transposable à Diego Garcia : davantage de garanties opérationnelles et sécuritaires pour Washington, DC, sans transfert de souveraineté. Mais les deux situations ne sont pas identiques. L’accord groenlandais établit notamment des dispositions de très longue durée et des restrictions visant les puissances tierces. Maurice devrait donc mesurer soigneusement ce qu’elle accepterait en matière d’accès militaire, d’investissements stratégiques, de présence de puissances extérieures et de liberté de décision future.

La difficulté est d’autant plus grande que Trump semble vouloir davantage qu’une simple garantie de fonctionnement de la base. Diego Garcia constitue un actif militaire majeur dans une région qui relie MoyenOrient, Afrique et Asie. Dans le contexte actuel, sa valeur stratégique ne se mesure plus seulement à sa position sur la carte, mais à ce que Washington peut en faire.

Mais il existe un autre angle, beaucoup moins spectaculaire : l’argent. C’est ici que l’analyse de Rama Sithanen apporte une distinction essentielle au débat. Les £35 milliards régulièrement brandis dans la controverse britannique correspondent à l’addition nominale des paiements sur 99 ans. Ce n’est pas leur valeur économique aujourd’hui. Le gouvernement britannique utilise une valeur actualisée nette d’environ £3,4 milliards, après prise en compte de l’inflation et de la valeur temps de l’argent. Autrement dit, nous explique l’ancien grand argentier et gouverneur de la Banque centrale, £35 milliards sur 99 ans ne valent pas £35 milliards aujourd’hui. Pour un investisseur ou une banque, la question serait : combien paieriez-vous aujourd’hui pour recevoir cette série de paiements pendant près d’un siècle ? La réponse serait nécessairement très inférieure au total nominal.

C’est peut-être là que se trouve une partie de la sortie de crise. Si Washington, DC, veut davantage de sécurité, Londres davantage de garanties et Maurice la reconnaissance pleine et entière de sa souveraineté, la négociation peut porter sur les conditions opérationnelles du bail – et non sur la souveraineté. Le modèle Groenland montre qu’un tel compromis est théoriquement possible. Il ne démontre pas qu’il serait acceptable pour Maurice. C’est précisément le sujet que Ramgoolam doit désormais porter à Londres : comment transformer les exigences stratégiques américaines en garanties opérationnelles, sans transformer la souveraineté mauricienne en variable d’ajustement – et sans laisser la bataille financière être gagnée par un chiffre de £35 milliards qui confond somme nominale et valeur économique.

C’est là que le «ménage à trois» devient une négociation à trois dimensions : souveraineté pour Maurice, sécurité pour Washington, et valeur du bail pour les finances mauriciennes.

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