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Recherches généalogiques
Registres de l’esclavage sur le site Ancestry : une copie des collections des Archives nationales
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Recherches généalogiques
Registres de l’esclavage sur le site Ancestry : une copie des collections des Archives nationales
L’annonce a été officialisée le mardi 22 septembre dernier. La multinationale Ancestry – dont le quartier-général est dans l’Utah aux États-Unis – a annoncé avoir numérisé, indexé et mis en ligne près de quatre millions de documents concernant des personnes esclavées, dans 20 anciennes colonies britanniques, incluant Maurice. Ces documents ont été numérisés à partir de registres conservés aux Archives nationales du Royaume Uni. Mais saviez-vous que les Archives nationales à Coromandel détiennent également ces recensements du temps de l’esclavage ? Chez nous aussi ces registres ont été numérisés et constituent le «slave database» du Centre Nelson Mandela pour la culture africaine, un portail accessible à tous ceux qui souhaitent reconstruire leur arbre généalogique. Stéphan Karghoo, historien-chercheur, directeur du Centre Nelson Mandela, relativise l’annonce de la société Ancestry, mais analyse surtout un document fondateur pour les recherches généalogiques : le recensement des esclaves de 1826.
Accueillir les annonces avec du recul. C’est ce que Stéphan Karghoo, historien-chercheur, directeur du Centre Nelson Mandela pour la culture africaine, situé à La Tour Koenig, nous invite à faire. La multinationale Ancestry a émis un communiqué le 22 septembre dernier déclarant qu’elle avait numérisé, indexé et mis en ligne des documents d’archives concernant des personnes esclavées dans 20 anciennes colonies britanniques, dont Maurice. Réaction à La Tour-Koenig : «Ce n’est pas une révélation. Des originaux des recensements des personnes réduites en esclavage sont conservés aux Archives nationales à Coromandel», rappelle le directeur du centre culturel, qui fêtera ses 40 ans d’existence, en novembre. «C’est la série T71 qui a déjà été numérisée chez nous.» Les documents de l’ère coloniale étaient réalisés en double copie, dont une conservée dans la colonie et une autre envoyée à Londres, puis gardée aux Archives nationales britanniques.

Depuis 2011, année qui correspond au lancement du Genealogy Research Project du Centre Nelson Mandela, les registres de l’esclavage ont été compilés pour créer sa slave database. C’est un portail en ligne utile à tous ceux qui souhaitent reconstituer leur arbre généalogique.
Chronologiquement, 2011, c’est aussi l’année de soumission du rapport de la Commission Justice et Vérité. Parmi les 20 principales recommandations de la commission figurait la création d’un National Genealogy Centre, «afin d’aider les familles dont beaucoup sont des descendants d’esclaves et de travailleurs engagés, dans leur quête d’identité et dans la reconstitution de leur arbre généalogique. Mais aussi fournir gratuitement toutes les données nécessaires à la reconstitution de cet arbre généalogique, en reconnaissance des nombreuses difficultés rencontrées par les Mauriciens ordinaires pour recueillir des données pertinentes et exactes concernant leur histoire familiale». Contrairement au Musée de l’esclavage intercontinental (dont la création a aussi été recommandée par la Commission Justice et Vérité), le centre de généalogie n’a pas vu le jour.
L’annonce de l’accessibilité des registres des esclavés de la série T71 (1813-1840) par Ancestry concerne donc des doubles des recensements de personnes réduites en esclavage dans 20 anciennes colonies britanniques (Maurice, Jamaïque, Barbade, etc.), compilés pour contrôler la traite illégale dans ces territoires. «Un nom durant la période de l’esclavage sert à administrer un individu que le système considère comme une propriété. Le nom est une rupture avec l’appellation d’origine de l’individu esclavé. Le nom peut aussi devenir un espace de résistance et de continuité. Il peut survivre, s’adapter et se transmettre. Il faut aller plus loin que le nom inscrit dans le registre, pour retrouver l’histoire que ce nom raconte», plaide Stéphan Karghoo. «Retrouver un nom, c’est retrouver une dignité.»
Rendre des registres du 19e siècle accessibles gratuitement en ligne, cela ne résout pas d’office les recherches généalogiques, prévient Stéphan Karghoo. Il explique avoir navigué sur le site d’Ancestry. «Si vous entrez votre nom, vous aurez plusieurs correspondances. Reste à établir le lien avec ces correspondances. Ce qui différencie la généalogie de l’ADN, c’est qu’elle est une histoire.» La recherche généalogique ne commence véritablement qu’en remontant les générations grâce aux actes de naissance et de décès. Retrouver le nom de son père, de son grand-père, de son arrière-grandpère n’est pas évident dans toutes les familles. Démontrer son lien avec les esclavés recensés portant le même nom n’est pas aisé, compte tenu des altérations du nom au fil du temps. «À l’époque, au bureau de l’état civil, l’employé écrivait parfois les noms comme il l’entendait. Aujourd’hui, la personne qui fait des recherches n’a pas accès directement aux registres. C’est un employé de l’état civil qui cherche et qui indique s’il a trouvé ou pas.»

Une fois l’arbre généalogique patiemment reconstitué, la correspondance avec le registre des esclavés va éventuellement indiquer qui est l’ancêtre dont descend la famille, la plantation où il travaillait, le nom du propriétaire de la plantation, une origine géographique telle que Créole de Maurice, des Seychelles, Mozambique ou Malgache.
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Recensement de 1826 : Un document incontournable
En 1826, la traite négrière est déjà abolie dans les colonies britanniques. À ne pas confondre avec l’abolition de l’esclavage en 1834. Mais après l’abolition de la traite, le commerce de nouvelles personnes réduites en esclavage se poursuit dans l’illégalité. Pour contrôler la population des esclavés dans la colonie, les autorités britanniques donnent aux propriétaires d’esclavés l’obligation de les recenser.
Le samedi 26 septembre dernier, Stéphan Karghoo a livré une analyse détaillée du recensement des esclavés de 1826, lors d’une table-ronde sur la Sinifikasion e sinbolism nom dan lesklavaz, organisée au Musée de l’esclavage intercontinental.

■ Stephan Karghoo, directeur du Centre Nelson Mandela, le 1er février dernier au Morne.
Le recensement de 1826 contient plus de 75 000 entrées individuelles de personnes réduites en esclavage, avec le nom, le prénom, le sexe, le métier, les signes physiques distinctifs, la couleur de peau, le nom du propriétaire. Le document montre aussi les liens familiaux. «On ne fait plus seulement que compter les gens. Ce registre permet de reconstruire des identités.»
Parmi, il y a environ 66 000 entrées qui concernent Maurice et environ 7 000 qui concernent les Seychelles (alors un territoire dépendant de Maurice) et d’autres dépendances.
Cette population esclavée est constituée d’environ 62 % d’hommes et environ 38 % de femmes.
L’âge moyen des esclavés tourne autour de 27 ans.
D’après ce recensement il y a environ 15 000 enfants de moins de 15 ans. «Cela permet d’étudier non seulement les individus importés par l’esclavage mais aussi les générations nées à Maurice.»
Il y a environ 32 000 Créoles de Maurice et environ 22 000 individus enregistrés comme «Mozambique». «Cela ne veut pas nécessairement dire qu’ils sont originaires du Mozambique, mais qu’ils ont été embarqués depuis le Mozambique.» Il y environ 12 000 individus enre- gistrés comme Malgaches. «On retrouve aussi des Créoles des Seychelles, Créole de Rodrigues, Agaléga, des Malabar, des Malais, Anjouan, Guinée et Goa, entre autres.»
Certains noms conservent une trace de l’Afrique : huit sont recensés comme Maravi, sept s’appellent Yambane, six portent le nom Assane, 57 s’appellent Macondé. «Mais on ne peut pas être totalement sûrs que ceux qui portent ces noms sont effectivement originaires de ces tribus.»
Le métier d’environ 62 000 individus est indiqué. La majorité, environ 28 000 c’est «pioche», donc laboureur. «Pioche» est le métier d’environ 18 000 hommes mais aussi d’environ 9 000 femmes. «Cela montre le travail productif des esclavées qui est souvent moins visible.» Il y a aussi des domestiques, charpentiers, gardiens, cuisiniers, couturières, marins, maçons et forgerons, etc.
Il y a plus de 33 000 entrées indiquant un lien de parenté : plus de 10 000 mentions de «fils de», plus de 10 000 «fille de» et presque 8 000 références à «mère de».
Ce qui a été enregistré comme «surname» ne correspond pas toujours à ce que l’on comprend aujourd’hui comme «nom de famille». Des noms chrétiens, comme Marie, Rose, Louise, Jean, Jacques, Pierre ou Sophie deviennent des noms. Sur environ 75 000 entrées, il y a environ 800 Marie, environ 500 Louise, environ 400 Rose. «Il y a une forte présence de formes nominales françaises, chrétiennes et européennes. Cela ne permet pas de déduire l’origine géographique ou culturelle de l’esclavé portant ce nom.»
Ce recensement compile des noms désignant une caractéristique, une qualité ou un jugement moral, avec environ 300 Labonne, environ 400 Lebon, environ 230 Bonne, 198 Labonté. Sont aussi recensés 25 Sanspeur, 2 Malheur, dix Malheureux.
Des noms renvoient à des lieux : 62 individus sont recensés comme Bourbon, 19 comme Seychelles. «C’est la géographie coloniale qui rentre dans la construction d’un nom.» l Les métiers sont donnés comme nom de famille : 20 individus sont recensés sous le nom Marin, 17 s’appellent Chasseur, 15 s’appellent Matelot. «Il ne faut pas confondre ces noms avec les vrais métiers de ces individus.»
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Réaction
«La perspective de poursuites contre les institutions»

Jocelyn Chan Low, historien, nous met en garde contre une idée fausse : l’initiative du site Ancestry ne correspond pas à une déclassification des registres de l’esclavage. Cela fait de nombreuses années que les documents anciens comme ces registres ont été déclassifiés et numérisés. Au Royaume-Uni les documents d’intérêt public sont transférés aux Archives après 20 ans. Aujourd’hui, les archives du monde ont le projet de tout numériser. Aux Archives à Coromandel, le processus est continu. «Dans un futur assez proche, tous ces documents seront mis en ligne pour des questions de préservation et pour faciliter la recherche.» Pour les chercheurs, il n’y aura plus lieu de se déplacer là où les archives sont conservées. «Dans le temps, je l’ai fait. Je sais combien ça coûte.»
L’historien attire l’attention sur une innovation technologique : la numérisation puis la mise en ligne des archives signifie que les intelligences artificielles ont elles aussi accès à ces documents anciens. La numérisation des archives permet de constituer une base de données. L’annonce d’Ancestry en date du 22 septembre a été précédée par la publication, une semaine auparavant du Register of British Slave Traders, un projet de recherche mené sur trois ans qui a révélé l’ampleur considérable de l’implication de la Grande-Bretagne dans la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage. Le registre a identifié jusqu’à 10 500 personnes ayant investi dans la traite des Africains réduits en esclavage pendant près de 250 ans.«La situation est intéressante, à la fois les propriétaires et les anciens esclaves sont en ligne.»
Jocelyn Chan Low rappelle que l’esclavage a été reconnu comme un crime contre l’humanité. L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies l’a proclamé en mars de cette année, après une résolution déposée par le Ghana. «Le crime contre l’humanité est imprescriptible. Il n’y a aucun délai pour entamer des poursuites.» Il précise : les poursuites ne peuvent pas viser un individu. «On ne peut rendre un individu responsable de crime commis par un ancêtre.» Mais il y a continuité, souligne-t-il, dans deux cas : celui de l’État et celui des compagnies, comme les banques ou les universités. «Ce sont des entités qui peuvent être poursuivies en justice. Par exemple, la Couronne britannique pourrait être poursuivie en tant qu’institution.»
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Il a dit

«Ce n’est pas une nouveauté. Ces recensements étaient déjà disponibles. Depuis plusieurs années déjà, on pouvait s’inscrire et avoir accès à Ancestry. J’ai été surpris par cette annonce. Nicolas Couronne dans ses recherches sur l’enfant esclavée déportée en Australie, Constance Couronne, a consulté Ancestry. Il a publié l’histoire dans «Le regard de l’ancêtre esclave» (NdlR, Prix Jean-Fanchette 2025). Avant d’aller sur Ancestry, il faut d’abord commencer par ses ascendants directs. Les registres de l’esclavage sont intéressants pour ceux qui ont déjà progressé dans leurs recherches et sont arrivés au niveau de leur ancêtre esclave ou affranchi. Le bémol, c’est qu’on ne retrouve pas l’ascendance des personnes dans ces registres.»
Henri Médan, président du Cercle de généalogie Maurice-Rodrigues (CGMR), réagissant à l’annonce des registres d’esclavage mis à disposition en ligne par Ancestry. Le site du CGMR héberge aussi une base de données constituée à partir d’une série de documents d’archives numérisés, dont des registres de cimetières.
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