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Lutte contre la drogue
De la dispersion des unités à la reconquête de l’ADSU, les saisies ont explosé de 2024 à juin 2026
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Lutte contre la drogue
De la dispersion des unités à la reconquête de l’ADSU, les saisies ont explosé de 2024 à juin 2026
■ Les saisies de l’ADSU incluent de la cocaïne, du cannabis, de l’héroïne et des drogues synthétiques.
Depuis 2021, la lutte antidrogue reposait sur une multiplication des unités spécialisées à Maurice. Lors du mandat de l’ex-commissaire de police (CP), Anil Kumar Dip, sous le régime d’alors, la création de la Special Striking Team, en août 2022, était venue modifier profondément l’architecture des opérations policières. Présentée comme une force d’intervention rapide, cette unité dirigée par le surintendant de police Ashik Jagai avait occupé une place centrale dans les grandes opérations, aux côtés de la Flying Squad. Il ne faut pas oublier l’assistant surintendant de police Rajcoomar Seewoo, qui n’était pas un inconnu dans les rangs de la police. Sous le mandat de l’ex-CP Dip, il avait dirigé une unité spéciale de la Special Support Unit, régulièrement mobilisée lors d’opérations à haut risque dans un contexte marqué par la réorganisation des structures opérationnelles de la police.
Mais derrière cette stratégie, plusieurs sources policières estiment que le rôle historique de l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) s’étaient dilué. Les différentes unités étaient alors encouragées à réaliser leurs propres opérations antidrogue, entraînant une dispersion des ressources, des renseignements et, parfois même, des résultats. Depuis 2023, cette unité ne recevait plus de reward money ni de source fund pour fonctionner. Certaines langues se délient maintenant pour expliquer qu’il n’y avait plus de motivation pour réaliser des saisies comme cela se faisait dans le passé, lorsque le Deputy Commissioner of Police Choolun Bhojoo était à la tête de la brigade.
Le changement de cap intervenu après les élections de novembre 2024 et la dissolution de certaines unités spéciales a marqué un tournant. L’ADSU s’est retrouvée de nouveau au cœur du dispositif national de lutte contre les stupéfiants. Une réorganisation qui semble aujourd’hui se refléter dans les chiffres. Dans les rangs policiers, plusieurs sources estiment que la disparition progressive de certaines unités parallèles a permis à l’ADSU de retrouver une cohérence opérationnelle. Les enquêteurs spécialisés disposent désormais d’une plus grande visibilité sur les renseignements et les filières ciblées.

Entre 2022 et 2023, les infractions enregistrées ont diminué de 6,6 %, passant de 4 502 à 4 205 cas. La valeur marchande des drogues saisies est, elle, restée relativement stable, oscillant autour de Rs 1,2 milliard. L’année 2024 a toutefois marqué une inversion de la tendance. Les infractions sont reparties à la hausse avec 4 373 cas enregistrés et une valeur des saisies atteignant Rs 1,56 milliard.
Cependant, c’est surtout en 2025 que la rupture est nettement apparue. Le nombre d’infractions a grimpé à 4 913, soit une hausse de 12,3 % en une année. Plus spectaculaire encore, la valeur marchande des drogues saisies a bondi à Rs 9,33 milliards. Même en ne tenant pas compte de la saisie exceptionnelle de 433 kilogrammes de cocaïne réalisée en haute mer, les montants sont largement restés supérieurs à ceux observés durant les années précédentes.
Sur les saisies de drogues de janvier à juin 2026, la tendance est demeurée soutenue avec 1 560 infractions enregistrées, pour une valeur marchande estimée à Rs 1,3 milliard. Ainsi, sur seulement les six premiers mois de cette année, le montant des saisies a déjà dépassé ceux enregistrés sur les années complètes de 2022 et de 2023. Ces chiffres montrent que malgré une période d’observation encore partielle, les saisies de drogues continuent de représenter des montants importants en 2026.
Le cannabis reste dominant, la cocaïne devient la plus rentable
L’analyse des dossiers enregistrés montre que le cannabis demeure la substance la plus fréquemment impliquée dans les affaires de drogue. En 2022, 43 % des infractions concernaient le cannabis. Cette proportion s’établissait à 38,6 % en 2023, avant de remonter à 40,9 % en 2024 et à 41,9 % en 2025. La drogue synthétique occupe désormais la deuxième place, représentant 27,6 % des affaires en 2024 et 28,1 % en 2025.
L’héroïne, longtemps considérée comme la principale menace du marché local, suit une trajectoire inverse. Sa part est passée de 30 % des infractions en 2022 à seulement 10,2 % en 2025.
■ La part du cannabis dans les saisies de drogues de 2022 à juin 2026.
En 2026, le cannabis (plantes, graines, huile) reste la substance avec la plus grande quantité de saisies, représentant près de 66 % du poids total des drogues confisquées, loin devant l’héroïne, la cocaïne ou le haschisch. Si le cannabis domine en volume, la cocaïne s’impose désormais comme la drogue générant les plus fortes valeurs marchandes. La saisie record réalisée en 2025 a, à elle seule, représenté plus de Rs 6,6 milliards.
Une ADSU recentrée sur son cœur de métier
Les chiffres ne permettent pas à eux seuls d’établir un lien de causalité direct. Ils montrent toutefois une réalité difficile à ignorer : depuis la réorganisation des structures policières et le recentrage des opérations antidrogue autour de l’ADSU, les saisies enregistrées connaissent une progression continue, tant en nombre d’affaires qu’en valeur marchande. Une évolution qui reflète autant l’intensification des opérations policières que la sophistication croissante des réseaux de trafic opérant dans la région.
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