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Nitish Monebhurrun : Un juriste… expert engagé sans frontières
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Portrait
Nitish Monebhurrun : Un juriste… expert engagé sans frontières
Nitish Monebhurrun, docteur en droit international.
L’itinéraire de ce juriste mauricien au parcours académique et professionnel hors du commun témoigne d’une curiosité intellectuelle exceptionnelle, d’une grande capacité de travail et d’une volonté constante de se dépasser.
Titulaire d’un master en droit international de l’université JeanMoulin Lyon 3, suivi d’un master en droit international économique et d’un doctorat en droit international, de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Nitish Monebhurrun a également étudié à l’Académie de droit international de La Haye et effectué des recherches postdoctorales à la Sorbonne et au Centre universitaire de Brasília. Il est professeur invité dans plusieurs universités étrangères, notamment en Colombie et en France, et intervient régulièrement dans des conférences internationales.
■ Lors d’une plaidoirie devant la Cour interaméricaine des droits humains.
Il était très actif au sein de la délégation mauricienne pour la COP30 à Belém au Brésil en 2025. Chercheur prolifique, il travaille notamment sur le droit des investissements internationaux, l’arbitrage, les droits humains, le développement et le droit de la mer. À travers cette accumulation de diplômes, de responsabilités, de recherches et d’activités universitaires, Nitish Monebhurrun apparaît comme un esprit d’une rare vivacité, dont le parcours illustre autant le talent que l’effort et la discipline.
Du 10 au 21 novembre 2025, Nitish Monebhurrun a l’insigne honneur de participer à la 30ᵉ Conférence des parties des Nations unies sur les changements climatiques (COP30), à Belém au Brésil, au sein de la délégation mauricienne dirigée par le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful. Il y fait une brillante intervention sur Les enjeux climatiques propres aux petits États insulaires – les problèmes liés à la montée du niveau de la mer, aux cyclones, aux grands bouleversements climatiques, aux pertes et dommages et surtout au financement de l’adaptation. Il a le sentiment d’aider son pays qu’il a quitté en 2003 pour de brillantes études en France d’abord et qui lui permettent depuis de parler d’une voix autorisée au sein de l’élite scientifique mondiale. À la tribune de cette plateforme onusienne dans son pays d’adoption, le Brésil, Nitish Monebhurrun réalise le chemin qu’il a parcouru et, surtout, il se plaît à s’étonner du hasard de la vie.
■ En Colombie.
Jeudi dernier, 24 septembre, Nitish Monebhurrun est dans un avion d’Emirates Airlines, qui quitte Brasília vers São Paulo pour rallier, après une escale à Dubaï où il passe une nuit de repos, Dar es Salaam. Cette fois-ci, il fait partie du Pool of Experts of the United Nations for the Regular Process for Global Reporting and Assessment of the State of the Marine Environment, including Socioeconomic Aspects. Ces experts sont appelés sur demande pour évaluer l’état de la mer et de l’océan avec leurs compétences respectives. Dans le cas de Nitish Monebhurrun, le droit international et la gouvernance des océans en Tanzanie. C’est dire que ses compétences ne connaissent pas de frontières ! Il ne sera de retour chez lui que le 4 octobre prochain.
Pour l’heure, dans l’avion qu’il prend comme le métro, il se dit que le hasard fait bien les choses et qu’il y a des destins qui sont tracés bien en amont. En 2001, alors qu’il n'avait que 17 ans, son collège, le St-Joseph, avait été invité à représenter Maurice dans le cadre d’un projet de la francophonie intitulé Planète Notre Maison. Il avait eu la chance de faire partie de la délégation. Une partie du projet était consacrée à l’environnement. «Nous avions notamment participé à une opération d’assainissement de l’îleaux-Aigrettes. La rencontre avait lieu à Paris. C’était la première fois que je m’y rendais. Toute la francophonie y était représentée et j’y rencontrai des jeunes du monde entier de cultures et d’horizons très différents. Avec le recul, cette expérience m’apparaît comme précurseure. Pour la première fois, je me retrouvais véritablement plongé dans un cadre international et interculturel, au contact de personnes venues de pays différents, avec d’autres histoires, d’autres références et d’autres façons de voir le monde. Je ne pouvais évidemment pas le savoir à l’époque, mais cette expérience annonçait déjà, d’une certaine manière, ce qui allait devenir des années plus tard le quotidien de ma vie professionnelle : travailler dans le domaine du droit international et évoluer constamment dans des environnements où se rencontrent des personnes, des langues et des cultures du monde entier.»
■ Les arts martiaux que Nitish pratique depuis l’âge de 10 ans.
Serge Ng Tat Chung, adjoint de feu le recteur Daniel Koenig (1986-1992), recteur du collège St-Joseph de 1992 à 2012 et auteur d’une autobiographie intitulée Le temps d’un regard en 2024, se souvient de cet événement et surtout du jeune Nitish : «Nitish faisait partie d’une génération d’élèves très prometteurs. D’ailleurs, la plupart d’entre eux pour ne pas dire tous, ont réussi leur parcours : médecins, banquiers, artistes, juristes universitaires, entre autres. Au collège, Nitish était du genre élève tranquille, timide, effacé, l’air un peu en retrait, mais à sa manière pleinement présent dans la vie du collège. Il était attentif, curieux de tout, indifférent à rien. Il avait fait partie d’une délégation d’élèves du collège St-Joseph ayant remporté un concours francophone sur le thème écologique Planète Notre Maison avec à la clef un séjour à Paris. Cela a peut-être dû laisser une trace sur la formation de ceux qui ont vécu cette époque. Le voyage fortifie et prépare ainsi des destins hors du commun.»
Il est bon de préciser qu’un tel parcours a pris son élan au sein d’un cercle familial propice de toute évidence depuis sa naissance le 27 août 1984. Le père de Nitish, Dayanand Monebhurrun, né le 3 mai 1956, ancien employé à la comptabilité de FUEL, veille au grain sur lui ; sa mère Sushila (Neela), née Ramkhelawon le 30 novembre 1961, est femme au foyer. Nitish a une sœur cadette, Jinny, mère d’un enfant, qui travaille dans une banque.
■ Membre de la délégation mauricienne à la COP30 en 2025 à Belém au Brésil.
Nitish fréquente l’école primaire Hugh Otter Barry de la localité. Le moins qu’on puisse dire, malgré ses pudeurs sur la question, il n’en a pas gardé un souvenir impérissable : «Je garde de cette période scolaire le souvenir d’une éducation très compétitive, rigoureuse, parfois violente et peu respectueuse de l’enfance. Mais ce fut aussi le temps de la découverte, grâce aux livres, d’autres horizons qui ont beaucoup compté dans ma formation.» Ces éléments feront la trame de son premier ouvrage Face au tableau noir. (Voir plus loin)
À dix ans, Nitish pratique les arts martiaux sous la houlette d’un coach exigeant, Alain Uppiah. Il cultive toujours cette passion : «Je pratique les arts martiaux, notamment le karaté, depuis l’âge de dix ans. Je le pratique encore aujourd’hui ; c’est, à vrai dire, davantage une philosophie de vie qu’un simple sport. Au collège, je jouais également au football et au handball. J’ai eu une adolescence très studieuse et très sportive. Je ne sais pas si l’on peut qualifier la lecture de simple loisir car, dans mon cas, elle a fait partie de ma vie.»
■ Les parents de Nitish, Dayanand et Sushila Monebhurrun.
Au collège St-Joseph pour ses études secondaires, il choisit une filière composée de l’économie, la comptabilité ainsi que les littératures française et anglaise. Il y travaille ensuite comme enseignant avant son départ pour l’université. Il se souvient de quelques enseignants et quelques amis : «M. Tico Soopayah ; M. Seeburun ; Mme Yan ; Mme Radegonde ; M. Kooshna ; M. Naidoo ; M. Jumeen, entre autres. Je garde toujours contact avec de nombreux amis de cette époque, qui vivent à Maurice ou à l’étranger et travaillent dans des domaines variés - finance, banque, tourisme d’affaires, arts, enseignement et recherche universitaire.»
Puis, c’est la grande aventure universitaire. Il quitte Maurice en 2003 pour poursuivre ses études en France. Une première année de dur apprentissage, mais compensée par de grandes découvertes : «Ma première année à l’université a été un véritable apprentissage. À mon arrivée à Lyon en 2003, j’étais très confiant dans ma capacité de travail, mais j’ai rapidement compris que réussir en droit ne consistait pas seulement à lire, comprendre et mémoriser. Dès les premiers cours, je me suis senti en décalage avec les méthodes françaises d’enseignement et de raisonnement. Il m’a fallu apprendre une nouvelle manière de penser le droit et, progressivement, trouver ma place. Cette difficulté initiale a finalement été l’un des apprentissages les plus importants de mon parcours. Ce fut aussi la découverte de magnifiques bibliothèques et librairies, et surtout d’une profusion de livres auxquels je n’avais jusque-là jamais eu accès.»
■ Nitish (2ᵉ à partir de la gauche) dans une délégation du collège St-Joseph à Paris en 2001.
Après, rien ne l’arrêtera. Il obtient une licence en droit à l’université Lumière Lyon 2, puis un master 1 en droit international à l’université JeanMoulin Lyon 3. Il poursuit ses études à l’école de droit de la Sorbonne à Paris, où il obtient un master 2 en droit international économique, un doctorat en droit international, puis il effectue un postdoctorat. Il bénéficie aussi d’une bourse pour son master et son doctorat.
Résumons ses états de service, qui pourraient garnir le mur de son bureau : doctorat en droit international – Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris ; professeur de droit – centre universitaire de Brasília, Brésil ; arbitre – CAMESC/ALAM (deux organismes liés à l’arbitrage et au règlement des différends, notamment en Amérique latine) ; expert – Division des affaires océaniques et du droit de la mer, Organisation des Nations unies ; professeur invité – Universidad de La Sabana, Bogota ; chercheur associé – Département d’études latino-américaines, université de Brasília ; chercheur associé – Observatoire des migrations internationales, Brésil ; et rédacteur en chef – Brazilian Journal of International Law.
**■ Nitish et sa famille au sein de la tribu indigène Pataxó au Brésil. **
Heureusement, il trouve du temps pour se marier. Il épouse, le 4 août 2012, Carina, une Brésilienne de la même promotion que lui à l’université, dans l’ancienne capitale mythique Rio de Janeiro. C’est ainsi qu’il se dit «importé» au Brésil. De cette union, naîtra une fille, Taina, aujourd’hui âgée de huit ans. Elle connaît bien le pays natal de son papa, qui comme on le sait est un globe-trotteur : «Depuis le début de l’année, je me suis rendu en France, au Vietnam, en Colombie pour le travail et je suis en Tanzanie en ce moment jusqu’au 4 octobre. J’étais aussi à Maurice en juillet. J’ai encore quelques déplacements professionnels jusqu’à la fin de l’année, notamment en France et peut-être en Éthiopie. Et je fais pas mal de conférences dans tout le Brésil de janvier à décembre, ce qui requiert des voyages en avion, le pays étant un continent.»
Créations littéraires
Malgré son agenda hyperbooké – entre ses cours, conférences et voyages – Nitish Monebhurrun fait de l’écriture un rendez-vous quotidien incontournable. Sans mentionner que «la lecture est son carburant». Il est réconfortant de constater que malgré les années, la distance et le fuseau horaire (Maurice ayant sept heures d’avance), Nitish est habité par son pays natal. L’île Maurice est la principale source d’inspiration de ses créations littéraires. Pas moins de quatre ouvrages en témoignent. «J’écris depuis que je suis enfant. L’écriture est pour moi quelque chose d’organique, presque une manière naturelle d’être. J’ai toujours plusieurs projets littéraires en cours et je commence habituellement mes journées de travail en écrivant», dit Nitish.
■ Avec son épouse Carina et sa fille Taina.
Et nul ne s’étonne qu’il ait écrit son premier ouvrage intitulé Face au tableau noir (2022) pour évoquer notre système d’éducation, «compétitif, rigoureux, parfois violent et peu respectueux de l’enfance», mais ce temps «de découverte, grâce aux livres et d’autres horizons» formateurs. Ce livre, qui s’intitulait au départ Oisiveté, retraçait le rapport à l’oisiveté dans la société mauricienne. Son éditrice lui a alors fait remarquer que, peut-être inconsciemment, il écrivait surtout sur l’école et l’éducation, dont les thèmes constituaient en réalité le socle de l’ouvrage.
C’est dans ce contexte qu’est né Face au tableau noir. «Ce livre est avant tout un récit littéraire avec en toile de fond le système éducatif mauricien tel que je l’ai connu dans les années 1990. L’exercice d’écriture reste d’abord littéraire. Le lecteur est ensuite libre d’aborder le livre sous l’angle qu’il souhaite : comme une critique du système éducatif, comme un tableau de l’enfance et de l’école à Maurice dans les années 1990, ou autrement encore. Mais, du point de vue de l’auteur, c’est le travail littéraire et le style qui priment. Autrement, il s’agirait davantage d’un essai ou d’une étude académique», précise Nitish.
■ Son premier ouvrage.
L’Archipel en moi est également un récit littéraire, mais avec, cette fois, la religion, les questions identitaires et les différentes communautés de Maurice en filigrane. «L’idée de l’archipel renvoie à un territoire fragmenté en une constellation d’îles. De la même manière, une identité peut être multiple, diverse, parfois même fragmentée. Tout dépend alors des points de connexion qui permettent de relier entre eux les différents îlots qui la composent. Je souhaitais également aborder ces questions d’identité d’une manière relativement légère, en privilégiant là encore le registre littéraire», explique Nitish.
Ensuite, Kaya est mort ! «La démarche est ici assez proche. Il s’agit d’adopter un registre littéraire pour aborder une question de société, en l’occurrence la mort de Kaya. Les trois livres – Face au tableau noir, Kaya est mort ! et L’Archipel en moi – abordent respectivement l’éducation, la mort de Kaya et les questions liées à l’identité mauricienne, chaque fois à travers le regard d’un enfant. Le livre ne cherche pas à porter un jugement et n’a pas non plus de vocation normative en disant ce qui aurait dû être ou ce qui devrait être. Il propose plutôt un regard et une observation, que la littérature permet de restituer d’une manière différente.»
■ «Un roman sur l’exil, le travail invisible et le prix d’un rêve qu’on vous a vendu.» Son quatrième ouvrage qui paraîtra bientôt.
Son quatrième ouvrage, Coolie, sortira des presses très bientôt. L’auteur nous en donne un avantgoût : «Coolie n’est pas un ouvrage sociopolitique, mais un roman qui sera publié par Joëlle Betsey Maestracci aux éditions Pielo. Il porte sur le phénomène des nouveaux travailleurs étrangers à Maurice. Il s’agit donc d’un livre de fiction, mais qui s’inspire de cette réalité contemporaine qu’est la présence croissante de travailleurs étrangers chez nous.»
Nitish Monebhurrun incarne cette génération d’intellectuels pour qui le savoir n’est jamais une fin en soi. Juriste, chercheur, enseignant et homme d’engagement, il met ses compétences au service du droit, de la culture, de la transmission et surtout de son pays. Son parcours témoigne d’une curiosité sans frontières et d’une remarquable exigence intellectuelle.
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