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Que sont-ils devenus ?

Alan Kaupp : du «trou» à la gloire momentanée

27 septembre 2026, 10:40

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Alan Kaupp : du «trou» à la gloire momentanée

Le concert «Tiroir aux Souvenirs 4», qui s’est déroulé sur deux jours, le week-end dernier, a notamment vu la participation d’un chanteur mauricien établi en France, qui a touché du doigt le succès au milieu des années 80. Il s’agit de Mario Calou-Michel dont le nom de scène est Allan Kaupp. Avec une voix rappelant beaucoup celle de Richard Sanderson dans «Reality», générique du film «La Boum», son single intitulé «Never be a stranger», sorti sous le label Carrère, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires alors que les deux autres qui ont suivi ont connu un succès d’estime. Il aurait pu renouer avec la gloire mais n’était pas prêt à accepter n’importe quelles propositions. Il poursuit son petit bonhomme de chemin.

Mario Calou-Michel, vêtu tout de blanc, nous accueille chez son frère à Pointe-aux-Piments par un «Ki manier ?», signe qu’il n’a pas oublié son Kreol Morisien (KM), même après 37 années passées en France. Quand on le lui fait remarquer, il réplique : «Si Alan Kaupp blie so KM, sa le dir so latet pa bon !»

Avant de connaître le succès, cet homme de 64 ans a galéré. Il le dit d’ailleurs en ces termes : «je suis sorti du trou à la gloire.» Mario Calou-Michel, qui est très émotif, est issu d’une famille modeste, originaire de Port-Louis. Son père travaillait sur la sucrerie de St-Antoine et les Calou vivaient dans une maison sur le camp sucrier. La mère de notre interlocuteur, avait enfanté huit enfants dont deux sont morts et ne pouvait travailler. En 1974, le père de notre interlocuteur meurt subitement. Mario Calou-Michel a à l’époque 12 ans. Sa maman trouve un emploi au sein de la Mauritius Family Planning Association mais les ressources sont maigres.

Jimmy, son frère de quatre ans son aîné, est alors obligé d’abandonner l’école et de prendre de l’emploi sur la sucrerie afin que la famille ne se retrouve pas à la rue. L’évocation de l’énorme sacrifice consenti par son frère Jimmy le fait pleurer. Il est obligé de nous laisser quelques instants, le temps pour lui de retrouver une contenance et poursuivre son récit.

Il fréquente le collège Friendship. Un jour, en regardant le ciel, il croit voir un ange dans un nuage et une petite voix qui lui dit qu’il doit chanter. «Je n’avais jamais chanté de ma vie jusque-là.» Il intègre un groupe de musiciens plus âgés que lui. Avec ce groupe, il se met à chanter et ils se produisent lors de kermesses mais aussi dans les hôtels. Son rêve est de travailler dans l’hôtellerie mais à l’époque, n’y entre pas qui veut. Grâce au bassiste du groupe, il est présenté au responsable des Ressources humaines du groupe Accor, le Suisse Gilles Honegger. Conscient de la situation précaire de la famille Calou-Michel, celui-ci lui fait obtenir un emploi dans un des hôtels du groupe à Abu Dhabi aux Emirats arabes unis.

Premier départ

A 22 ans, il quitte Maurice pour Abu Dhabi. On est en 1984. Il travaille à l’hôtel et réussit à envoyer de l’argent à ses proches. Mais il a du mal à s’acclimater au pays. Au bout de six mois, il regagne Maurice et décide de tenter sa chance en France. Il quitte l’île en 1988 avec un visa de touriste et vivote chez un ami mauricien dans le 13e arrondissement parisien. Lui et cet ami, qui est musicien proposent leurs services d’animation à des restaurants qui les embauchent pour une ou deux soirées. Comme son visa a expiré, il est obligé de se cacher dès qu’il voit des policiers.

Il se dit que ce n’est pas une vie et prie ses ancêtres disparus pour que sa situation change. La Providence écoute sans doute ses prières puisqu’un jour, ses pas l’entraînent devant La Maison de la Radio et de la Musique dans le 16e arrondissement de Paris. Comme il ne manque pas d’audace et qu’il sait qu’il n’a rien à perdre, il pousse la porte de cet établissement.

A sa stupéfaction, il est presque saisi au collet par un employé qui le prend pour un candidat de l’émission de télé-crochet Music-Chance, animée par Guy Lux. «Il m’a dit : ‘vous êtes en retard’ et m’a propulsé dans les coulisses où l’on m’a maquillé. Je ne comprenais pas trop ce qui se passait mais je me suis laissé faire. Une fois devant les caméras et devant l’orchestre, on m’a demandé ce que j’allais chanter. La seule chanson qui m’est venue à l’esprit est ‘Reality’ de Richard Sanderson. Dès que l’orchestre a joué les premiers accords, je suis entré totalement dans la chanson. Au final, j’ai été chaudement applaudi par le public.»

Avant qu’il ne quitte La Maison de la Radio et de la Musique, il apprend qu’il a remporté le télé-crochet et qu’il va recevoir 25 000 francs anciens. «C’était beaucoup d’argent à l’époque. Guy Lux est venu me féliciter et m’a demandé d’où je venais et si je voulais continuer à chanter. J’ai dit oui. Et dès qu’il a su que je n’avais pas de papiers, il a téléphoné au maire de Paris, qui était à l’époque Jacques Chirac et lui a dit qu’il y avait un talentueux chanteur mauricien qui n’avait pas de papiers. Jacques Chirac était un amoureux de Maurice et a fait des démarches et m’a fait obtenir une carte de séjour renouvelable.»

Les choses se sont alors enchaînées pour Mario Calou-Michel. Guy Lux l’a présenté à Claude Carrère qui a accepté de le produire sous son label mais aussi au compositeur de musique Tony Rallo et à l’auteure-compositrice et parolière Michaëla qui composait pour Dalida, Frédéric François, Shake et bien d’autres artistes français. Ce sont eux qui lui ont trouvé son nom de scène Alan Kaup. Tony Rallo a composé la musique de «Never be a stranger» et les paroles ont été trouvées par Michaëla. Dès sa sortie, ce titre a séduit.

La belle vie

Alan Kaupp a alors été invité à chanter ce single sur plusieurs plateaux de télévision, notamment dans les émissions de Jacques Martin, de Fabrice, Patrick Sébastien, Jean-Pierre Foucault, pour ne citer que ceux-là. Et même s’il n’a pas atteint le Top 50, ce single s’est vendu, selon lui, à plus d’un million d’exemplaires.

Il a alors connu la belle vie. «J’étais adulé. C’était les fêtes, les grands restaurants, l’alcool, les femmes, la grande vie, le tam-tam.» Un univers souvent intense où l’héroïne et la cocaïne n’étaient jamais très loin mais auxquelles, précise-t-il, il a toujours refusé de toucher. Ce single a été suivi par deux autres intitulés «Don’t walk away from love» et «All that you are», qui ont connu un succès d’estime.

Tout s’est un jour arrêté pour lui en 1992. «Je n’étais pas prêt à faire n’importe quoi pour réussir. Je refusais d’accepter les propositions qui ne me correspondaient pas», dit-il en ne voulant pas élaborer sur le sujet. Toujours est-il que le téléphone a arrêté de sonner pour lui. Depuis, il est retourné dans l’hôtellerie, travaillant comme Guest Relations dans de grands palaces parisiens et allant chanter au cours de son temps libre quand il était sollicité pour le faire dans des fêtes privées et des mariages. Son manager se nomme Victoria.

En 2006, il est venu passer des vacances à Maurice et a été interviewé par Marie-Michèle Etienne sur les ondes de la radio nationale. Il s’est aussi produit en cabaret à la discothèque Le Palladium. Mais personne ne lui avait jamais demandé de monter sur scène pour chanter. Du moins jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance sur le Net de Michel Kwon, chanteur de succès rétro, qui a longtemps vécu en Australie, avant de regagner Maurice, et qui participe régulièrement au concert Tiroir aux Souvenirs. Par l’intermédiaire de Michel Kwon, il a pu rencontrer Andy Banan, une des têtes pensantes de ce concert qui lui a proposé de se produire le week-end dernier au théâtre du Caudan.

Les deux concerts programmés affichaient complet. Pour la première fois, il est monté sur une scène à Maurice et a interprété deux de ses chansons dont «Never be a stranger.» «C’était fantastique de monter sur une scène locale après 30 ans. J’étais très émotionné mais j’ai pu retenir mes larmes car autrement, le public se serait dit : ki kouyonad ça !»

Installé en banlieue parisienne, il repart vendredi prochain. Il veut faire aboutir un projet qui n’a pu se réaliser jusqu’à présent car son producteur, le chef d’orchestre et compositeur Charles Orieux, est mort avant. «Charles Orieux m’avait fait entrer en studio pour enregistrer plusieurs chansons aux styles variés, allant du rhythm and blues aux balades sentimentales. Avant que nous ne puissions sortir un album, il est mort.» Mario Calou-Michel pense reprendre ces titres et les remettre au goût du jour, à ses frais, pour en faire un album et essayer de renouer avec le succès. «C’est mon big project.»

Il dit ne rien regretter de son parcours. «Mo pa kontan extravagans. Mo kone kot mo sorti. Mo pena aukenn regret. Zordi avec Tiroir aux souvenirs 4, bann Morisien ki pa ti konn moi inn konn moi ek sa fer moi enn gran plezir…»

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