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57 ans du MMM

Rajesh Bhagwan : «Quel jeune de la génération 70 n’a pas été séduit par le charisme de Bérenger ?»

27 septembre 2026, 10:00

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Rajesh Bhagwan : «Quel jeune de la génération 70 n’a pas été séduit par le charisme de Bérenger ?»

Rajesh Bhagwan, secrétaire général du Mouvement militant mauricien. © Beekash Roopun

À l’occasion des 57 ans du Mouvement militant mauricien (MMM), Rajesh Bhagwan revient sur le départ de Paul Bérenger, la situation du parti et les interrogations autour de son futur leadership. Le secrétaire général défend le choix du MMM de rester au gouvernement et assure que sa base militante lui est toujours fidèle.

Le MMM célèbre ses 57 ans sans Paul Bérenger. Est-ce le début d’une nouvelle histoire ou la fin d’une époque pour le parti ?

Non, ce n’est ni le début d’une nouvelle histoire ni la fin d’une époque. C’est la continuité d’un combat commencé il y a 57 ans et qui continuera tant qu’il y aura des militants pour défendre ces valeurs.

Le MMM est devenu aujourd’hui une institution qui survivra au-delà des hommes et des femmes. L’institution qu’est devenu le MMM le restera, et les valeurs sont intemporelles. Ceci dit, le départ de Paul Bérenger du MMM est certainement une des plus grandes épreuves qui ont attristé de nombreux dirigeants et militants.

Je peux vous assurer que nous avons tout fait pour éviter qu’on en arrive là, mais comme vous le savez, les choses se sont déroulées avec la conclusion que l’on connaît. Ce n’est pas la première fois que des dirigeants du parti partent pour aller tenter leur aventure ailleurs, sur d’autres plateformes, et comme le dit notre slogan : «la lutte continue».

Pourquoi avoir choisi précisément «Hier, aujourd’hui, demain» comme thème ? Est-ce parce que le MMM est à un tournant de son histoire ?

Un anniversaire, c’est toujours une occasion de jeter un regard dans le rétroviseur sur les années passées, ainsi qu’une prospection de ce qui nous attend demain. Nous avons choisi ce thème pour inviter la grande famille militante à réfléchir à la contribution du MMM dans la construction du pays.

Ce n’est pas le MMM qui est à un tournant de son histoire, mais le pays, qui doit être remis sur les rails sur les plans économique et social, si nous voulons offrir un avenir aux jeunes de ce pays.

Qu’est-ce qui doit concrètement changer après ce congrès ?

Après les secousses qu’a traversées le MMM au début de l’année, ayant mobilisé l’ensemble de l’appareil du parti, ceux qui ont choisi de continuer le combat au sein du gouvernement maintiennent un contact permanent avec la base, face aux campagnes calomnieuses menées contre ceux qui ont choisi de rester.

Le devoir des ministres, des junior ministers, des parlementaires, des membres du parti est de redonner espoir au pays après 10 ans de règne du MSM. Le MMM assumera sa responsabilité jusqu’au bout de son mandat.

Ce congrès sera-t-il avant tout une célébration ou une démonstration de force destinée à Paul Bérenger et au FMP ?

Si certains, au sein de la faune politique de l’opposition, pensent que c’est le cas, ils se trompent. Il est évident que certains vont comparer, et cela, on ne peut pas les en empêcher.

Un anniversaire, comme je l’ai dit, c’est un moment fort qui est aussi une occasion de porter un regard critique sur hier et aujourd’hui, et de préparer demain. Ce n’est pas une démonstration de force entre partis politiques dont la population a besoin pour le moment.

C’est surtout une démonstration de force synergique de tout un pays face aux défis comme la prolifération de la drogue et les crimes contre l’environnement.

Quel serait, pour vous, le signe dimanche (NdlR : aujourd’hui), que le MMM a réellement survécu à la plus importante rupture de son histoire récente ?

Nous nous attendons à ce que nos militants des 20 régionales et de toutes les instances marquent leur présence à l’occasion de cet anniversaire, en dépit de la secousse passée.

Le véritable signe que le MMM aura réellement survécu à cette épreuve réside dans sa capacité à influencer positivement la gouvernance du pays et à peser de tout son poids sur la prise de décisions stratégiques du pays. Le MMM sera là à chaque fois qu’il sera nécessaire de faire entendre sa voix dans les instances appropriées.

Quand des militants sont présents en grand nombre à n’importe quelle manifestation du parti, c’est en effet un grand encouragement pour les dirigeants à poursuivre leur engagement pour une société meilleure.

Ce n’est pas la foule qui est déterminante, mais la pertinence de nos propositions et notre capacité à influencer les stratégies de gouvernance qui montreront que le MMM demeure une force incontournable.

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Vous avez travaillé aux côtés de Paul Bérenger pendant plusieurs décennies. Avec le recul, quelle est, selon vous, la véritable raison de son départ du MMM ?

C’est vrai que j’ai travaillé pendant de nombreuses années avec Paul Bérenger, et que j’ai été un de ses plus proches collaborateurs. Après tout ce temps passé à ses côtés, j’ai appris à bien connaître la personne, ses qualités et ses défauts. Mo bien kone kan li bien amerde ou kan li pe fer sanblan.

Pour avoir été ministre dans un gouvernement à trois reprises avec Paul Bérenger, je sais comment il opère. Je sais quelles sont ses priorités et comment il procède.

Dans ce cas précis, depuis le début, j’ai observé et j’ai partagé mes analyses avec Paul Bérenger lui-même et d’autres collègues du parti. Pour connaître véritablement les raisons de son départ, il faudra laisser le temps au temps et aux historiens le soin de donner une réponse honnête à cette question.

Paul Bérenger est-il parti pour une divergence politique profonde ou parce qu’il n’acceptait plus de ne pas être suivi par la majorité du parti ?

Paul Bérenger a, à maintes reprises, étalé en public les raisons de ses désaccords avec la façon dont le gouvernement opérait. Son analyse de la situation a fait l’objet de plusieurs discussions au sein des instances du parti et, au fil des discussions, il devenait de plus en plus clair que la majorité ne suivait plus la ligne proposée par son leader d’alors.

Après plusieurs semaines de discussions, il fallait trancher et on est arrivé au vote. Il y a eu un vote sans appel pour que le MMM reste au sein du gouvernement dirigé par Navin Ramgoolam. Quelque part, c’est lui-même, Paul Bérenger, qui a créé les conditions de son départ.

Y a-t-il aujourd’hui encore une blessure personnelle chez Rajesh Bhagwan après le départ de celui qui a été son leader pendant autant d’années ?

Comme je le rappelle tout le temps, j’ai été élu sous une seule bannière, dans la même circonscription, pendant dix élections. J’ai en quelque sorte un contrat non signé avec l’électorat de la circonscription n° 20, où j’ai tissé des relations ; j’ai vu des enfants naître, grandir et devenir des adultes. Je profite de l’occasion pour leur dire un grand merci et je suis confiant qu’ils continueront à soutenir le parti.

Ceci dit, je ne mélange pas la politique et mes relations personnelles, mais c’est l’intérêt du pays et celui du parti qui doivent primer en toute circonstance. Il faut mettre de côté nos divergences personnelles et rester focalisés sur les enjeux nationaux.

Ayant côtoyé de nombreux amis à travers le pays pendant toutes ces années, j’ai noué de solides relations auxquelles je tiens beaucoup. Cela dit, je reste un homme de parti et, croyant fermement en la démocratie interne, j’ai toujours suivi la ligne du parti.

Vous rendez hommage à sa contribution au MMM tout en affirmant aujourd’hui qu’il s’est trompé. Qu’est-ce qui vous sépare politiquement de Paul Bérenger désormais ?

Vous n’allez quand même pas me reprocher mon objectivité. Tout le monde connaît la contribution de Paul Bérenger, ainsi que celle de nombreux militants, à la lutte du MMM. Quel jeune de la génération 70 n’a pas été séduit par le charisme de Bérenger ?

Mais une contribution, aussi colossale soit-elle, n’est en aucune façon un vaccin protégeant contre les erreurs que l’on peut commettre. Avoir un passé riche n’est pas une garantie ki pa kapav fane dan lavenir.

La politique, tout comme la société, étant dynamique, on ne peut pas dormir sur des dogmes immuables ki pa kapav bouze. Chacun a son appréciation des faits et peut être amené à prendre des positions différentes. C’est ce qui s’est passé, et la ligne de la majorité a primé.

Vous affirmez que l’électorat MMM n’a pas suivi Paul Bérenger. Sur quoi vous basez-vous concrètement pour l’affirmer ?

L’électorat du MMM, depuis ses premières élections générales de 1976 jusqu’à maintenant, a beaucoup évolué, tantôt des hauts et des bas, tantôt des avancées, tantôt des reculs dans certaines régions.

Les dix ans du MSM, de 2014 à 2024, ont été du jamais-vu pour le pays. Un traumatisme sans pareil pour nos libertés et les institutions. Jamais depuis l’indépendance on n’aura vu autant d’atteintes à nos libertés, autant de mainmise sur nos institutions et nos ressources, et je comprends pourquoi l’électorat inn vot avek laraz kont MSM.

Quand Bérenger quitte le gouvernement et que, le lendemain, il commence à faire l’éloge du MSM de SAJ, la population a tout de suite conclu que, quelque part, li pe donn serom a sa parti kinn rwinn nou pei, et qu’il commence à préparer sa future alliance. Et, le connaissant, il a déjà commencé à dessiner ses plans et ses différentes options sur papier.

Alors, les militants ont fait preuve de discernement, et c’est pourquoi je dis que, quand je fais le tour des circonscriptions, la majorité est restée fidèle au parti et à notre emblème. Je vois mal comment les ministres du MMM auraient pu continuer leur mandat gouvernemental sans le soutien de la base militante.

Les vieux militants qui ont connu le MMM de Paul Bérenger reconnaissent-ils encore leur parti dans le MMM actuel ?

Un vrai militant ne suit pas un homme ou un leader. Un vrai militant reste d’abord fidèle à ses convictions et à son idéologie. Les hommes et les femmes viennent et partent, mais la lutte continue, au gouvernement comme dans l’opposition.

Le militant se reconnaît dans le MMM s’il voit qu’on défend les valeurs du parti avec la même vigueur et qu’on poursuit notre œuvre de construction nationale avec la même énergie. C’est cela la marque de fabrique du MMM.

Sur le terrain, qu’est-ce que les militants vous disent réellement ?

Sur le terrain, tout le monde, indistinctement, se félicite qu’on ait pu déboulonner un régime qui faisait peur et qui était devenu incontrôlable. Qu’est-ce que les gens nous disent ? De trouver des solutions durables à des problèmes qui ont trop duré.

Ce que les militants nous demandent, c’est : pa perdi letan ar palab. Retrous lamans ek travay de fwa plis. Et que la vérité finisse par triompher sur ce qui a appauvri la population, sur tous les scandales. Redresser le pays, oui, mais que ceux qui ont volé, pillé, rendent des comptes.

Reza Uteem vient d’appeler ceux qui ont pris leurs distances à «retourn lakaz mama». Est-ce l’aveu que le MMM a perdu une partie de sa base depuis la rupture ?

C’est un fait que, dans le sillage du départ de Paul Bérenger, il y a eu quelques départs au sein des régionaux. Les portes du MMM resteront toujours ouvertes aux militants sincères, et l’appel de Reza Uteem va dans ce sens. C’est loin d’être un aveu de faiblesse.

Si la grande majorité des militants est effectivement restée avec vous, pourquoi faut-il aujourd’hui multiplier les congrès régionaux pour remobiliser la base ?

Ces mobilisations se font dans le cadre du congrès anniversaire du parti. C’est une tradition au MMM de garder contact avec sa base et de réunir ses régionales selon les différents événements.

Rajesh Bhagwan-lexpressmu-l

Si le Comité central vous demandait demain de prendre la direction du parti, accepteriez-vous ?

Comme le poste de leader figure dans la constitution du MMM, la question a bien sûr été évoquée dans les instances du parti, après le départ de Paul Bérenger.

Dans un premier temps, ce qui se dessinait, c’était l’absence de précipitation pour désigner un leader, alors que d’autres penchaient pour la tradition des partis de gauche, en se demandant s’il fallait avoir un leader.

En tout cas, ce n’est pas la priorité de l’heure. D’ailleurs, les instances se rencontrent et fonctionnent sans leader. Certains ont leur opinion. S’il est besoin d’un leader, le moment venu, le MMM prendra la décision qui s’impose.

Il n’est pas question uniquement des noms que vous avancez. Il y a aussi d’autres militants et militantes qui peuvent aspirer au poste de leader. Quoi qu’il en soit, le choix final sera celui des militants.

Écoutez, quand un entraîneur de foot quitte son équipe, il est normal qu’il y ait des appréhensions concernant son successeur. La comparaison est inévitable, mais ce n’est pas cela qui devrait empêcher l’histoire de suivre son cours.

Certains affirment que sans Paul Bérenger, «le MMM est fini». Qu’est-ce qui vous permet aujourd’hui de démontrer le contraire ?

Ceux qui osent l’affirmer n’ont jamais compris le fonctionnement et l’idéologie du MMM, qui a toujours mis en avant son idéologie, son mode de fonctionnement et la vitalité de ses instances.

Le MMM est un mouvement patriotique, fanatique de la démocratie, de la liberté, ancré dans l’ADN de beaucoup de Mauriciens. Avec ou sans Paul Bérenger, l’idéologie et les valeurs du MMM transcendent et vivent dans le cœur des militants.

Le MMM est-il aujourd’hui suffisamment puissant au sein du gouvernement pour imposer ses idées, ou est-il devenu un partenaire junior du Parti travailliste (PTr) ?

Nous n’avons eu aucune raison de nous plaindre jusqu’à présent. S’il y a des choses sur lesquelles nous ne sommes pas d’accord, nous savons comment et où le dire.

Mais ce que j’ai appris, en tant que ministre pour la troisième fois, c’est que le plus grand ciment qu’il puisse y avoir dans une alliance, c’est le respect des différents partenaires. Ce n’est pas une question de junior ou de senior, mais, comme les cinq doigts d’une main, une seule équipe.

Vous affirmez être respectés par Navin Ramgoolam. Mais où se situe la ligne rouge au-delà de laquelle le MMM pourrait quitter le gouvernement ?

Semaine après semaine, nous nous rencontrons au Conseil des ministres, où nous avons des échanges francs, où nous étalons nos différences en tant que ministres, pour en sortir comme une seule équipe après notre réunion.

Paul Bérenger avait choisi de partir. Vous avez choisi de rester. Six mois plus tard, quel fait concret vous permet de dire aux militants que vous avez fait le bon choix ?

Malgré ce départ imprévu, le gouvernement assume chaque jour ses responsabilités, sur plusieurs dossiers. C’est vrai que nous ne sommes pas au bout de toutes nos peines, mais nous avons un mandat pour honorer notre programme et nos engagements.

Le MMM peut-il encore critiquer ouvertement une décision du gouvernement dont il fait partie ?

Cela ne fait pas partie de ma définition du rôle de ministre. Comme je vous l’ai dit plus tôt, nous avons des forums appropriés, un Conseil des ministres où l’on étale nos différences et d’où nous ressortons collectivement motivés.

Existe-t-il aujourd’hui un risque que le MMM perde progressivement son identité politique en restant dans l’Alliance du changement ?

Le MMM a fait partie de nombreuses alliances et il est sorti plus mauve que jamais. Le MMM a une identité. Le MMM a une histoire.

Aux prochaines élections générales, le MMM se présentera-t-il encore avec le PTr ou doit-il retrouver son autonomie électorale ?

Il est encore trop tôt pour parler des prochaines élections générales. Beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts d’ici là.

Et si Paul Bérenger vous écoute aujourd’hui, quel message Rajesh Bhagwan souhaite-t-il lui adresser pour les 57 ans du parti ?

Je dirai simplement à Paul Bérenger que cette cassure a été l’un des moments les plus tristes de ma vie politique, mais que la démocratie interne du parti n’est pas à géométrie variable. Nous avons aussi été très blessés par des propos tenus non pas par Paul Bérenger lui-même, mais par des gens autour de lui.

Nous avons été blessés par des propos hargneux et par tous les qualificatifs dont nous avons été traités, alors que, pour autant que je sache, je n’étais pas dans une secte où il y avait un chef à suivre lizie ek labous ferme. Je suis, par contre, dans un parti politique qui se réunit régulièrement et où, en tout temps, il y a des débats et des décisions prises par consensus.

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